Comment la guerre et les sanctions risquent de ruiner les efforts de l’Europe pour lancer sa propre production de puces électroniques

Afin de faire sa part pour résorber la pénurie généralisée de microprocesseurs que traverse la planète, et surtout de réduire sa dépendance aux grands producteurs asiatiques et américains, l’Union européenne veut créer ses propres lignes de fabrication. Et elle possède d’ailleurs les outils pour le faire, le leader mondial de l’assemblage de machines capables de créer des puces de précision étant néerlandais. Mais ce qui lui manque le plus, ce sont les matières premières. Or, les sources de celles-ci risquent d’être fort perturbées par la guerre en Ukraine et les sanctions à l’égard de la Russie.

Une situation qui, d’ailleurs, risque bien d’impacter aussi les pays producteurs traditionnels, en premier lieu les États-Unis. Car l’assemblage de microprocesseurs nécessite obligatoirement trois ressources capitales : le néon, un gaz inerte issu de l’industrie métallurgique, le palladium, une forme rare et légère du platine, et enfin le Hexafluorobutadiène – ou C4F6 – un gaz utilisé en tant qu’agent de gravure en microélectronique.

La Russie à la source des ressources

Or, pour assurer l’approvisionnement de ces trois éléments, il est illusoire de vouloir contourner les secteurs industriels russes et ukrainiens, parfois d’ailleurs interconnectés, signale Euractiv. Le néon par exemple, un gaz essentiel au fonctionnement des lasers pour la gravure des puces et qui est utilisé presque exclusivement à cette fin, est un sous-produit de l’industrie sidérurgique qui est ensuite acheminé vers l’Ukraine, où il est extrait et purifié pour être exporté. Une filière qui risque bien de se retrouver coupée.

La Russie est également l’un des principaux producteurs mondiaux de palladium : le pays assure 37 % de l’offre mondiale, juste derrière l’Afrique du Sud (40 %), alarme le spécialiste en études de marché Techcet, basé à San Diego. « La chaîne d’approvisionnement en semi-conducteurs est déjà mise à rude épreuve en raison de l’augmentation de la demande de puces », rappellent les experts de Techcet. « Toute perturbation de l’approvisionnement en matériaux peut avoir un impact négatif sur la production de puces dans les 6 à 12 prochains mois. La situation devrait donc certainement ralentir la trajectoire de croissance que l’industrie européenne des puces espère voir ». D’autant que la Russie peut très bien interrompre ses exportations vers l’Europe en réaction aux différentes sanctions imposées au pays.

Un secteur en croissance où l’UE est de plus en plus petite

Le secteur des microprocesseurs appelle toutefois au calme : si le risque de pénurie de matières premières existe, il ne s’est pas encore manifesté, et pour l’heure les matériaux arrivent toujours.  » À ce jour, aucun de nos fournisseurs n’avait signalé d’impact potentiel. Nous continuons à suivre de près la situation avec nos fournisseurs et partenaires « , a déclaré à Euractiv un porte-parole de STMicroelectronics, l’un des champions européens du secteur.

Au-delà de la question de l’approvisionnement en matériaux, l’Europe s’est progressivement placée dans une situation de dépendance électronique : alors que l’UE représentait 44% de la production en 1990, et encore 24% en 2000, sa part dans cette industrie a chuté à seulement 10%. Et dans un marché ultraconcurrentiel qui pèse 500 milliards de dollars – et on estime qu’il doublera d’ici 2030 – difficile de faire machine arrière.

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