L’organisme de surveillance nucléaire chinois a accordé une licence d’exploitation pour la construction d’un premier réacteur au thorium. C’est ce que rapporte le South China Morning Post.
La Chine donne son feu vert au premier réacteur au thorium : bientôt de l’énergie nucléaire pratiquement sans déchets ?

Pourquoi est-ce important ?
Alors que le monde se tourne vers des sources d'énergie à faible teneur en carbone, l'énergie nucléaire fait l'objet d'une attention croissante. Mais cette technologie pose encore des problèmes importants, notamment en ce qui concerne l'élimination des déchets nucléaires. Les partisans des réacteurs au thorium pensent qu'ils pourraient apporter une solution. Ils seraient plus sûrs et ne produiraient pratiquement pas de déchets nucléaires. De plus, le thorium est abondant sur terre, ce qui n'est pas le cas de l'uranium.L’essentiel : la Chine a commencé à construire le réacteur en 2018 dans le désert de Gobi, près de la ville de Wuwei, dans la province centrale de Gansu.
- Initialement prévue pour durer six ans, la construction du réacteur a été achevée en 2021. Il a toutefois fallu attendre deux ans avant qu’il ne soit autorisé à fonctionner, car l’autorité chinoise de surveillance de l’environnement a dû procéder à toutes sortes d’inspections pour garantir la sécurité de l’exploitation.
- Le réacteur est désormais prêt à être mis en service. Au cours des dix prochaines années, il produira une puissance de deux mégawatts (MW), soit une fraction d’un réacteur nucléaire classique. Mais si la technologie s’avère efficace, des réacteurs plus grands seront construits dans les années 2030, avec une capacité allant jusqu’à 373 MW.
- L’Institut de physique appliquée de Shanghai, l’université qui exploite le réacteur, veut avant tout démontrer que la technologie est viable. Plus tard, un petit réacteur modulaire (SMR) expérimental sera également construit sur le même site, ainsi qu’une installation de recherche sur les sels fondus, l’agent de refroidissement utilisé dans les réacteurs au thorium.
Les avantages
Les réacteurs au thorium pourraient résoudre les problèmes les plus importants auxquels est confrontée l’énergie nucléaire conventionnelle, estiment les partisans de cette technologie.
- Les réacteurs nucléaires actuels fonctionnent par fission de l’atome d’uranium. Cette opération s’effectue sous très haute pression. Bien que de nombreuses précautions soient prises pour garantir la sécurité et que les accidents soient relativement rares, il existe toujours un risque de fusion.
- Les réacteurs au thorium, en revanche, sont dits « à l’épreuve de la fusion ». Si la température monte trop, un bouchon fondant situé au fond du réacteur se liquéfie, faisant ainsi couler le combustible dans un réservoir souterrain. Le réacteur s’arrête donc automatiquement dès qu’un problème survient.
- La technologie offre également une solution à la pénurie de combustible nucléaire. En effet, l’offre mondiale d’uranium est limitée et n’est importée que d’une poignée de pays, dont la Russie. Or il y a trois fois plus de thorium que d’uranium sur Terre.
- En outre, les réacteurs au thorium produisent théoriquement une masse de déchets nucléaires des dizaines de fois plus petite. De plus, ces déchets peuvent être réutilisés comme combustible, ce qui pourrait résoudre le problème du stockage. Les réacteurs à l’uranium produisent eux des déchets hautement radioactifs, qui doivent être stockés en toute sécurité pendant des milliers d’années.
Les inconvénients
Le thorium présente également des inconvénients.
- Le thorium lui-même n’est pas fissile et ne peut donc pas être utilisé directement comme combustible. Lorsqu’il est bombardé de neutrons, dans un réacteur à uranium, il peut être converti en isotope d’uranium, l’uranium 233, qui est à son tour fissile.
- Les réacteurs classiques utilisent de l’uranium 235, un combustible moins efficace que l’uranium 233. Cependant, ce dernier isotope est plus dangereux à traiter chimiquement et il est par ailleurs plus difficile d’en fabriquer des barres de combustible.
- En outre, l’industrie nucléaire n’a jusqu’à présent que très peu d’expérience de cette substance ou de cette technologie, alors que les réacteurs à l’uranium bénéficient d’une grande expertise. La production de barres de réacteur au thorium nécessitera encore d’importants investissements.
(JM)