Il est délicat pour les banques centrales de concilier le ciblage de l’inflation et la croissance économique. Désormais, elles doivent jouer aux échecs en 3D, puisqu’une troisième dimension s’est invitée au problème : la stabilité financière.
Dans l’actu : la Banque centrale européenne (BCE) maintient la hausse des taux d’intérêt de 50 points de base qu’elle avait annoncée malgré les turbulences bancaires, mais ajoute qu’elle est prête à aider les banques en mettant rapidement de l’argent à leur disposition si nécessaire.
Littéralement : « En tout état de cause, les instruments de politique monétaire de la BCE sont pleinement équipés pour fournir un soutien en liquidités au système financier de la zone euro en cas de besoin et assurer la bonne transmission de la politique monétaire », peut-on lire dans le communiqué de presse.
Ce qu’il faut comprendre : la BCE et la Réserve fédérale américaine, son homologue, ont déjà tenté de trouver un compromis entre le ciblage de l’inflation et la croissance économique au cours des derniers mois. Mais les choses se compliquent encore davantage aujourd’hui.
- Une hausse des taux refroidit l’inflation en rendant l’emprunt plus cher, ce qui freine la demande économique. Il s’agit d’un exercice d’équilibre délicat : si la banque centrale augmente trop fortement les taux d’intérêt, la croissance économique risque de s’arrêter.
- En augmentant fortement les taux d’intérêt, la BCE indique clairement que la lutte contre l’inflation reste sa priorité numéro un.
- Les récentes turbulences bancaires ajoutent une troisième dimension, celle de la stabilité financière.
- En effet, en cas de crise aiguë autour d’une banque, une mesure courante consiste pour la banque centrale à fournir une garantie de liquidité. En Suisse, il s’est avéré que Credit Suisse a immédiatement tiré parti de cette situation – et pour la somme considérable de 50 milliards de francs suisses.
- Un soutien débridé à la liquidité est évidemment en contradiction avec les politiques de resserrement monétaire. La première peut être nécessaire pour stabiliser le système financier, tandis que la seconde est nécessaire pour lutter contre l’inflation.
- Il existe cependant une « aubaine » pour les banquiers centraux : une crise bancaire peut conduire à une réduction des prêts par les banques, ce qui entraînera automatiquement un resserrement monétaire, sans intervention de la banque centrale.
Un discours apaisant : la présidente Christine Lagarde a déclaré lors de sa conférence de presse que la BCE n’avait pas besoin de faire de choix difficiles pour le moment. « Nous ne ferons pas de compromis entre la stabilité des prix et la stabilité financière ». Son message semble être le suivant : les banques de la zone euro vont bien, tout se passe comme d’habitude.
C’est en partie de leur faute
De plus : la situation actuelle des banques est encore plus délicate pour les banques centrales que d’habitude, car les problèmes ont été en partie causés par leurs propres politiques de taux d’intérêt.
- Silicon Valley Bank, et peut-être d’autres banques, sont certainement confrontées à un problème de surinvestissement dans des obligations d’État à faible taux d’intérêt. À la suite des fortes hausses de taux décidées par les banques centrales, ces titres d’État à long terme ont soudain perdu beaucoup de leur valeur.
- Si, pour des raisons de liquidité, la banque doit vendre ce portefeuille plus tôt que prévu sur le marché, elle ne peut le faire qu’au prix d’une lourde perte d’investissement.
Autre dilemme : si, en tant que banque centrale, vous adaptez votre politique de taux d’intérêt à une crise bancaire, vous confirmez que la crise est grave. Et si vous faites comme si la crise n’existait pas, vous risquez d’être accusé de ne pas être à la hauteur et de ne pas réagir.
- D’où peut-être la voie médiane choisie par la BCE : s’en tenir à sa politique de taux d’intérêt, avec des déclarations explicites de soutien au secteur bancaire.
À suivre : Richard Clarida, conseiller chez le géant de l’investissement Pimco, pense que l’approche de la BCE est un bon indicateur de ce que fera la Fed la semaine prochaine.
(OD)