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Les BRICS ou l’illusion de l’unité

Les BRICS ou l’illusion de l’unité
Luiz Inacio Lula da Silva, Cyril, Narendra – Photographe : Leon Sadiki/Bloomberg via Getty Images

Alors que les 5 puissances émergentes se réunissent en ce moment à Johannesburg, il parait bien difficile de trouver un lien qui unit ces 5 pays, à l’exception du rejet du dollar. L’expansion du groupe aux 40 prétendants voulue par Xi Jinping ne rencontre pas beaucoup d’enthousiasme de la part du Brésil et de l’Inde. Du côté russe, on semble surtout vouloir montrer qu’on n’est pas totalement isolé.

Pourquoi est-ce important ?

N'est pas le G7 qui veut. Certes, le PIB des BRICS dépasse désormais le PIB des 7 plus grandes puissances occidentales, mais avec une population bien plus large et sans réelle homogénéité. Les pays du BRICS forme un bloc par opposition plutôt que par union.

Dans l’actu : la Chine pousse pour un élargissement du BRICS.

  • Contrairement au président brésilien Lula, au Premier ministre indien Narendra Modi et à son homologue sud-africain Cyril Ramaphosa, Xi Jinping n’a pas participé à la conférence, lors du sommet à Johannesburg qui se déroule entre 22 au 24 août. Pas plus que le président russe Vladimir Poutine, qui fait l’objet d’un avis de recherche de la Cour internationale de justice, dont l’Afrique du Sud fait partie.
  • Pourtant, la Chine pousse pour un élargissement du groupe. 40 pays seraient intéressés à rejoindre les BRICS. La moitié a déposé une demande officielle, dont l’Arabie saoudite, l’Iran ou encore le Bélarus.
  • La Chine veut élargir son influence et constituer un bloc fort, en raison de la guerre commerciale qui l’oppose aux États-Unis. Elle est logiquement rejointe par la Russie qui veut à tout prix montrer qu’il lui reste des alliés.
  • L’Inde est nettement moins chaude et ne veut pas d’adhésion précipitée. Le désormais pays le plus peuplé du monde multiplie ses liens commerciaux avec l’Occident et reste un rival géopolitique et économique de la Chine.
  • Du côté du Brésil, on se dit ouvert à des adhésions, surtout en Amérique du Sud, mais le président Lula a également peur que cela dilue son influence. En outre, le président brésilien a été assez clair à Johannesburg : « Nous ne voulons pas être un contrepoint au G7, au G20 ou aux États-Unis. Nous voulons juste nous organiser. »
  • Quant à l’Afrique du Sud, il s’agit certes de l’économie la plus développée d’Afrique, mais cela reste un petit pays à l’échelle internationale.
  • Sur le plan géopolitique, d’ailleurs, les États-Unis ne se font pas trop de soucis : « Il s’agit d’un ensemble de pays très divers (…) avec des divergences de vues sur des questions cruciales », a déclaré le conseiller à la sécurité nationale de la Maison Blanche, Jake Sullivan, ce mardi.
  • Concrètement, aucune adhésion ne devrait être annoncée lors de ce sommet, a fait savoir un diplomate argentin en charge des négociations, à Reuters.

L’essentiel : la seule chose qui unit les BRICS est leur aversion au dollar.

  • Dans un article d’opinion qui date de 2021, intitulé « Les BRICS vont-ils un jour grandir« , l’ancien ministre britannique au Trésor, Jim O’Neill, résumait assez bien la situation : « Au-delà de la création de la Banque BRICS, désormais connue sous le nom de Nouvelle Banque de Développement, il est bien difficile de voir ce que le groupe a réalisé, mis à part se réunir chaque année. »
  • La NBD, sorte d’alternative à la Banque mondiale, a annoncé à l’occasion du sommet qu’elle commencerait à prêter en réal brésilien, en rand sud-africain et en roupie indienne. Le but est de s’affranchir petit à petit du dollar, dont les pays du BRICS ne maîtrisent pas la politique monétaire.
  • « Le processus objectif et irréversible de dédollarisation de nos liens économiques prend de l’ampleur », a déclaré le président russe Poutine dans une déclaration préenregistrée, visiblement optimiste.
  • Il est vrai que les démarches se multiplient pour tenter de diminuer l’influence du dollar, mais les pays du BRICS ne se font pas pour autant confiance mutuellement. Comment faire par exemple confiance au yuan, avec une politique chinoise si opaque ? Et ne parlons même pas du rouble.
  • Dans les faits, les organisateurs sud-africains ont affirmé qu’il n’y aura aucune discussion sur une monnaie commune des BRICS, une idée maintes fois mise sur la table, comme alternative à la dépendance au dollar.

Le détail : La NBD, qui comprend les membres du BRICS ainsi que le Bangladesh, l’Égypte et les Émirats arabes unis, a jusqu’à présent approuvé un peu plus de 30 milliards de dollars de prêts depuis sa création en 2015. À titre de comparaison, la Banque mondiale a engagé plus de 100 milliards de dollars, rien que sur l’année 2022.

Zoom arrière : les BRICS ont pourtant du potentiel.

  • Pour l’heure, les BRICS représentent 31,5 % du PIB mondial (en parité de pouvoir d’achat) pour un peu plus de 40 % du total de la population. Si tous les pays candidats étaient acceptés, les BRICS représenteraient au total autour de 40 % du PIB mondial et plus de 50 % de la population, a calculé Le Grand Continent.
  • Le PIB des BRICS a dépassé celui du G7 en parité de pouvoir d’achat. En valeurs nominales, le G7 pèse toutefois encore 45% du PIB mondial. Même si on est loin des 70% des années 90.
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