Avions de chasse F-35 : comment la technologie américaine crée une dépendance stratégique


Principaux renseignements

  • Le F-35 sert d’outil de la politique étrangère américaine en créant une dépendance stratégique grâce à des logiciels et à une logistique gérés par les États-Unis.
  • Les préoccupations liées à la souveraineté nationale poussent certains pays à opter pour des alternatives indépendantes comme le Saab Gripen.
  • Les partenaires mondiaux contournent désormais Washington pour développer des avions de sixième génération.

Le F-35 Lightning II de Lockheed Martin est plus qu’un simple avion de combat. L’appareil constitue également un élément important de la coopération de défense américaine avec ses alliés. Cet avion de cinquième génération a été développé dans le cadre du programme Joint Strike Fighter et combine furtivité, capteurs avancés et fusion de données. Le programme compte désormais 20 pays ayant choisi le F-35.

Le F-35 existe en trois variantes. Le F-35A est conçu pour les opérations conventionnelles depuis des bases terrestres. Le F-35B peut effectuer des décollages courts et des atterrissages verticaux. Le F-35C est quant à lui adapté aux opérations depuis des porte-avions.

Demande mondiale et obstacles opérationnels

La flotte mondiale continue de croître rapidement. Lockheed Martin indique que près de 1 300 F-35 étaient déjà en service à la fin de 2025. L’entreprise a livré 191 appareils cette année-là, un record pour le programme. À plus long terme, le programme prévoit la production de plus de 3 500 avions.

L’achat de l’appareil n’est toutefois qu’une première étape. Les utilisateurs doivent également investir dans les infrastructures, la maintenance, la formation du personnel et la logistique. Le Government Accountability Office américain a par ailleurs signalé des problèmes persistants concernant la disponibilité des pièces de rechange et les coûts de maintenance.

L’écosystème de la dépendance stratégique

Le F-35 fonctionne au sein d’un vaste écosystème international. Son approvisionnement et son soutien reposent notamment sur des stocks mondiaux de pièces détachées et sur un réseau de fournisseurs. Les utilisateurs dépendent ainsi d’une infrastructure commune pour assurer la disponibilité de leurs appareils.

Les logiciels jouent également un rôle important. Les mises à jour et les modernisations font partie du cycle de vie du F-35. La dépendance à l’égard des États-Unis peut donc aller au-delà de l’achat initial de l’avion.

Cela ne signifie toutefois pas que Washington dispose d’un « kill switch » permettant de désactiver directement les appareils. Le gouvernement néerlandais a notamment indiqué que les Pays-Bas conservent leur souveraineté opérationnelle sur les systèmes d’armes américains. Une interruption de l’approvisionnement en pièces de rechange pourrait toutefois avoir des conséquences sur la disponibilité et la capacité à maintenir les appareils en service.

La recherche d’une plus grande autonomie nationale

La dépendance à l’égard des technologies américaines joue également un rôle dans les discussions sur les avions de combat alternatifs. Le Canada examine par exemple toujours son projet d’achat de 88 F-35. Le gouvernement étudie également d’autres options, dont le Saab Gripen suédois. En avril 2026, le ministre canadien de la Défense David McGuinty indiquait qu’aucune décision définitive n’avait encore été prise.

Le Gripen est présenté par la Suède comme un système reposant sur une approche industrielle et opérationnelle différente. Cette caractéristique contribue à l’intérêt de plusieurs pays pour l’appareil. Il serait toutefois excessif d’affirmer que des pays comme la Colombie, le Brésil ou la Thaïlande ont choisi le Gripen uniquement pour éviter une dépendance technologique aux États-Unis. Les raisons de ces acquisitions varient selon les pays.

Vers la sixième génération

La question de l’autonomie technologique joue également un rôle dans le développement des futurs avions de combat. Le Royaume-Uni, l’Italie et le Japon collaborent au sein du Global Combat Air Programme (GCAP), un programme de sixième génération dont l’objectif est de mettre en service un nouvel avion de combat à l’horizon 2035.

Le futur appareil doit intégrer notamment la furtivité, des capteurs avancés, l’intelligence artificielle et des systèmes sans pilote. Le GCAP ne signifie toutefois pas que ces trois pays abandonnent le F-35. Le futur avion doit au contraire pouvoir fonctionner aux côtés de systèmes existants comme le F-35.

La coopération donne néanmoins aux trois pays un rôle plus important dans le développement de leur prochaine génération d’avions de combat.

Tensions géopolitiques autour du F-35

Au Moyen-Orient, les ventes de F-35 restent également sensibles sur le plan géopolitique. En septembre 2026, les États-Unis ont approuvé une éventuelle vente de 48 F-35 à l’Arabie saoudite pour un montant de 24,3 milliards de dollars (environ 21,6 milliards d’euros). L’accord doit encore être approuvé par le Congrès américain. La vente soulève notamment la question de l’engagement américain à préserver l’avantage militaire qualitatif d’Israël dans la région.

La Turquie cherche quant à elle toujours à réintégrer le programme F-35. Ankara avait été exclu du programme en 2019 après l’achat de systèmes russes S-400.

Le F-35 est ainsi devenu plus qu’une plateforme militaire. L’appareil relie également ses utilisateurs à un système de longue durée comprenant des technologies, des logiciels, de la logistique et de la maintenance américaines. Dans le même temps, certains alliés cherchent à renforcer leur autonomie industrielle et technologique à plus long terme.(zvm)

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