Exploitation en Belgique: dans l’enfer des jeunes filles au pair

Chez nous, l’économie domestique fait des jeunes au pair des victimes silencieuses. Des « petites bonnes » tombées dans l’un des « trous noirs » du marché du travail. Une situation que dénonce une enquête de Paris-Match.

« Légalement, les jeunes au pair ne sont pas des travailleurs. Mais dans l’entre-soi des foyers, toutes les dérives deviennent possibles », expose Frédéric Loore dans une grande enquête pour Paris-Match Belgique, « Trous noirs dans l’univers du travail » .

Le journaliste d’investigation y explore l’économie sous-terraine pour dénoncer dans un triptyque l’exploitation au sein des secteurs du nettoyage, de l’aide à domicile et des filles au pair.

Il est allé à la rencontre de ces corvéables à plein temps, cibles de pressions psychologiques, mauvais traitements et autres intimidations.

« Elles s’estiment néanmoins chanceuses : elles ont échappé aux violences sexuelles », relaie l’enquête sur base de témoignages.

Autant d’histoires pouvant sembler invraisemblables mais qui demeurent tristement banales et reflètent un véritable système d’exploitation où la lourdeur des tâches privent les jeunes de la liberté de s’immerger dans la culture du pays d’accueil.

Filière de traite économique

« Les familles se moquent du programme d’échange culturel. Tout ce qu’elles veulent, ce sont des travailleurs domestiques bon marché », affirme à Paris-Match l’un des responsables de Fairwork Belgium, une association qui assiste les travailleurs immigrés victimes d’abus.

Le programme au pair est ainsi devenu un canal de migration du travail. Preuve en est, 2020 a été une année record à l’égard du nombre de permis délivrés pour l’occupation de jeunes au pair. Alors que le secteur culturel a été paralysé par la pandémie.

Difficulté supplémentaire, les jeunes au pair -essentiellement des filles- entretiennent des relations biaisées avec les familles qui les accueillent. La dépendance, financière mais aussi parfois affective, altère leur capacité à détecter les abus.

D’où la nécessité de les sensibiliser. Pour l’association de défense, les sites tels qu’AuPairWorld et les agences nationales se contentent de jouer les entremetteurs sans informer sur les droits des jeunes au pair. Tandis que les législateurs belges devraient d’urgence revoir le statut de ces travailleurs domestiques à part entière.

Main-d’œuvre invisible

« Dans le huis clos des foyers, à l’abri des regards, combien de vies à l’étroit ? », s’interroge Paris-Match. Le flou persiste sur l’ampleur de ce troublant phénomène. Impossible de dénombrer le nombre de victimes potentielles.

« Dans leurs secteurs d’activité, ils sont littéralement soustraits au regard social. Si l’on s’en tient aux statistiques officielles des auditorats du travail, des centres d’accueil spécialisés et des services d’inspection, il n’y aurait même parmi eux que très peu d’authentiques victimes de la traite économique », épingle l’enquête journalistique.

Les autorités se disent conscientes de cette grave problématique qui s’est probablement accentuée avec la crise sanitaire mais elles n’ont que peu de moyens de briser l’isolement des victimes. Ce qui freine alors toute intervention des services judiciaires pour leur venir en aide.

Contrairement à un chantier, le milieu familial reste fermé et seul un juge d’instruction peut autoriser une visite domiciliaire. Encore faut-il que des éléments parviennent au magistrat.

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