Principaux renseignements
- Les amendes record infligées à Bank of America montrent pourquoi les banques du monde entier surveillent de plus en plus étroitement les transactions suspectes. Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour les clients belges ?
- La Banque nationale met en garde contre le « de-risking » : certaines entreprises et professionnels se voient privés d’accès aux services bancaires parce qu’ils sont considérés comme présentant un risque.
- La vente d’un bien immobilier, un héritage ou une donation importante peuvent donner lieu à des questions supplémentaires de la part de la banque, sans qu’il y ait pour autant automatiquement de fraude ou de blanchiment d’argent.
Le géant bancaire américain Bank of America se voit infliger plus de 1,2 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros) d’amendes pour de graves manquements dans la lutte contre le blanchiment d’argent et les flux financiers illicites.
En Belgique aussi, la gestion des transactions suspectes est mise sous pression. Pour les particuliers et les entrepreneurs, une question pratique se pose. Comment éviter que votre propre banque ne vous demande soudainement des explications sur votre argent, ne bloque vos paiements ou ne résilie même votre compte ?
Mais qu’en est-il exactement en Belgique ?
La lutte contre le blanchiment d’argent ne se limite pas aux flux financiers internationaux, aux montages offshore ou aux réseaux criminels. Elle peut également avoir des conséquences pour ceux qui vendent un bien immobilier, reçoivent une donation ou, en tant qu’indépendants, traitent des paiements provenant de différents pays.
L’affaire américaine illustre les enjeux lorsqu’un établissement financier ne respecte pas correctement ses obligations légales. Elle soulève également la question de savoir comment les banques peuvent détecter les transactions suspectes sans gêner inutilement les clients de bonne foi.
Bank of America a failli à ses contrôles
Le ministère américain des Finances a annoncé le 13 octobre des amendes de plus de 1,2 milliard de dollars (1,1 milliard d’euros) à l’encontre de Bank of America. Selon les autorités américaines, la banque n’a pas signalé en temps voulu plus de 5 milliards de dollars (4,5 milliards d’euros) de transactions suspectes. Plus d’un milliard de dollars de ce montant était lié à des risques pour la sécurité nationale, notamment des transactions suspectes laissant entrevoir une implication potentielle de la Chine.
Les manquements concernaient notamment la détection des transactions suspectes, la vérification des clients et le signalement des activités suspectes. Selon les autorités américaines, la banque s’est trop appuyée sur des informations et des signalements provenant de tiers, tels que les services de police et d’autres institutions financières, et pas assez sur ses propres systèmes de contrôle.
Une partie des sanctions porte sur des lacunes dans le programme américain de lutte contre le blanchiment d’argent. Par ailleurs, une procédure disciplinaire distincte a été engagée concernant des violations présumées des règles internationales en matière de sanctions.
Le message des autorités de surveillance américaines est clair : même l’une des plus grandes banques du monde doit veiller à ce que ses contrôles soient en règle. Il ne suffit pas d’enquêter sur des transactions suspectes uniquement lorsqu’une partie externe tire la sonnette d’alarme.
En Belgique aussi, l’accès aux services bancaires est mis à mal
Pour les clients belges, cette affaire américaine est surtout l’occasion de s’interroger sur un autre problème qui préoccupe également le secteur bancaire local. Il n’y a aucune raison de penser que les lacunes constatées chez Bank of America se retrouvent de la même manière dans les banques belges. Il existe toutefois en Belgique un problème distinct que la Banque nationale de Belgique (BNB) met en avant depuis un certain temps déjà : le « de-risking ».
Ce phénomène consiste, pour un établissement financier, à refuser certains clients ou à mettre fin à des relations clients existantes au motif que ces clients appartiennent à une catégorie que la banque considère comme à risque. Il peut s’agir, par exemple, d’entreprises actives dans certains secteurs, d’organisations gérant des flux financiers internationaux ou de clients dont les activités nécessitent des contrôles supplémentaires.
La BNB a constaté que de plus en plus d’entreprises et de professionnels sont confrontés à ce phénomène. Elle met en garde contre le fait que l’exclusion de catégories entières de clients, sans tenir suffisamment compte de leur profil de risque individuel, peut révéler une gestion déficiente des risques de blanchiment.
Cela ne signifie pas que les banques doivent accepter n’importe quel client. Elles doivent évaluer leurs risques et peuvent, dans certaines circonstances, refuser ou mettre fin à une relation d’affaires. Le problème survient lorsque l’évaluation repose principalement sur une étiquette générale, alors que les activités concrètes, les flux financiers et la situation du client ne font pas l’objet d’un examen suffisant.
Selon la BNB, un risque accru de blanchiment ne justifie pas en soi automatiquement un refus. Les établissements financiers doivent d’abord vérifier si des contrôles supplémentaires et des mesures de vigilance renforcées sont envisageables.
Pour un entrepreneur, l’impact peut être considérable. Une entreprise qui ne peut plus utiliser de compte bancaire risque de rencontrer des difficultés pour recevoir des paiements, payer ses fournisseurs et verser les salaires. Les particuliers peuvent également subir des conséquences lorsque l’accès à des services bancaires essentiels leur est refusé ou résilié.
Transactions suspectes ne sont pas nécessairement synonymes de blanchiment d’argent
L’ampleur du défi auquel est confronté le secteur financier ressort également des chiffres de la Cellule belge de traitement des informations financières (CTIF). Dans son rapport annuel pour 2025, la CTIF a fait état de 102 312 déclarations reçues. La cellule a par ailleurs transmis aux autorités judiciaires 1 334 nouveaux dossiers portant sur un montant total de 2,13 milliards d’euros.
Ces chiffres illustrent l’ampleur des informations traitées dans le cadre de la lutte contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. Ils ne doivent toutefois pas être mal interprétés. Une déclaration ou un dossier contenant des transactions suspectes ne prouve pas en soi qu’un délit a été commis. Il appartient aux autorités judiciaires compétentes de mener, le cas échéant, une enquête plus approfondie et de constater d’éventuelles infractions pénales.
Pour les banques, il s’agit d’un exercice d’équilibre délicat. Elles doivent identifier les schémas suspects, collecter des informations et respecter leurs obligations légales de déclaration. Dans le même temps, elles doivent éviter que toute transaction inhabituelle ne conduise automatiquement à un soupçon de fraude ou de blanchiment.
Un virement important, par exemple, n’est pas nécessairement suspect simplement parce que le montant est supérieur à ce qui est habituel pour un client donné. La nature de la transaction, l’origine des fonds, le profil du client et les pièces justificatives disponibles jouent également un rôle.
Une vente, une donation ou un héritage peuvent susciter des questions
Pour ceux qui souhaitent bien organiser leurs finances personnelles, il est utile de savoir que les banques peuvent demander des informations complémentaires sur l’origine des fonds. Cela peut se produire lorsqu’une personne vend un logement ou une voiture, reçoit une donation importante, verse un héritage sur un compte ou effectue un virement depuis l’étranger.
Pour les indépendants et les entrepreneurs également, des paiements s’écartant du schéma habituel peuvent donner lieu à des questions supplémentaires.
Un tel contrôle ne signifie pas automatiquement que la banque soupçonne le client d’un délit. Les établissements financiers sont tenus de connaître leurs clients et d’assurer le suivi de certaines transactions. Lorsque les circonstances le justifient, ils peuvent demander des éclaircissements sur le contexte économique ou l’origine des fonds.
Quiconque prévoit une transaction d’un montant important peut s’y préparer. Conservez par exemple un contrat de vente, un acte de donation, des documents successoraux, des factures ou d’autres pièces attestant de l’origine des fonds. Dans le cadre d’activités professionnelles, les contrats, factures et documents comptables peuvent aider à justifier les paiements.
Aucune garantie qu’il n’y aura pas d’autres questions
Cela ne garantit pas qu’une transaction sera exécutée sans questions supplémentaires. Cela peut toutefois aider à fournir des informations plus rapidement et de manière plus complète lorsque la banque en fait la demande.
Les banques ne peuvent d’ailleurs pas assimiler systématiquement toute transaction inhabituelle à un acte de blanchiment. Leurs contrôles doivent être conformes aux obligations légales et aux risques concrets. À l’inverse, une explication légitime ne signifie pas qu’une banque puisse se soustraire à ses obligations légales en matière de contrôle.
Que faire si votre banque bloque votre compte ?
Pour les consommateurs, il est important de faire la distinction entre un contrôle supplémentaire, le blocage temporaire d’une transaction et la clôture d’un compte. Il s’agit de situations différentes, aux conséquences différentes.
Si vous recevez des questions concernant un paiement, il est conseillé de répondre à la banque dans les délais et de manière exhaustive. Si nécessaire, demandez quels documents manquent et conservez la correspondance. Si vous estimez que la banque a pris une décision injustifiée, vous pouvez déposer une réclamation auprès du service interne de traitement des réclamations de la banque et, si le litige n’est pas résolu, auprès du Service de médiation pour les services financiers.
Pour les consommateurs qui remplissent les conditions légales, il existe en outre le service bancaire de base légal. Celui-ci offre, sous certaines conditions spécifiques, l’accès à un compte de paiement avec des opérations de base, telles que les virements, les paiements et les retraits d’argent. Ce service vise à lutter contre l’exclusion financière, mais son application n’est pas illimitée : il existe des conditions légales et des exceptions, notamment en lien avec la législation anti-blanchiment.
Le service bancaire de base ne constitue donc pas un droit général de détenir n’importe quel compte bancaire ou d’effectuer n’importe quelle transaction. Il peut toutefois constituer une protection importante pour les consommateurs qui, sans cela, n’auraient pas accès à un compte courant.
Sur le plan politique, on souhaite réorienter la lutte contre le « de-risking »
Ce problème fait également l’objet d’une attention au niveau politique. Le 3 juillet 2026, le Conseil des ministres fédéral a approuvé un avant-projet de loi visant notamment à renforcer les contrôles en matière de « de-risking » bancaire et à réorienter le service bancaire de base destiné aux professionnels.
Il s’agit d’un avant-projet qui devait encore être soumis pour avis à l’Autorité de protection des données et au Conseil d’État. Il est donc important de ne pas le présenter comme une loi déjà pleinement en vigueur.
Cette mesure s’inscrit dans une réflexion plus large visant à trouver un équilibre entre la lutte contre la criminalité financière et l’accès aux services bancaires. Le défi ne consiste pas à réduire les contrôles, mais à veiller à ce qu’ils soient appliqués de manière efficace et proportionnée.
Facture pour le client bancaire
L’affaire Bank of America montre à quel point des contrôles anti-blanchiment insuffisants peuvent coûter cher à un établissement financier. En Belgique, la problématique du « de-risking » soulève une autre question. Comment éviter que les banques, dans leur volonté de maîtriser les risques, ne compliquent également l’accès aux services financiers pour des clients légitimes ?
Pour les consommateurs et les entrepreneurs, la leçon pratique reste simple. Quiconque effectue des transactions financières importantes a tout intérêt à pouvoir justifier l’origine des fonds et à conserver les documents pertinents. Quiconque rencontre des problèmes avec sa banque peut vérifier quelles sont les procédures de réclamation et les mécanismes de protection légaux applicables.
Pour les banques, le défi est d’un autre ordre. Elles doivent non seulement identifier les flux financiers suspects, mais aussi être en mesure d’expliquer pourquoi un client ou une transaction donné(e) nécessite une attention particulière. Un système de contrôle efficace protège le système financier contre les abus. Une approche proportionnée permet en même temps d’éviter que les clients lambda ne subissent inutilement les conséquences de la lutte contre la criminalité financière.
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