Principaux renseignements
- La Belgique est confrontée à un dangereux « effet boule de neige des intérêts », dans lequel la dette augmente automatiquement à mesure que les charges d’intérêts dépassent la croissance économique.
- Les alertes budgétaires suggèrent que cette spirale de la dette pourrait se déclencher dès 2028.
- Les retards pris par le gouvernement risquent de détourner des recettes fiscales essentielles des services publics pour couvrir le paiement des intérêts.
Le gouvernement dirigé par le Premier ministre Bart De Wever est actuellement confronté à un défi budgétaire de taille, le concept de « boule de neige des intérêts » devenant une source majeure de préoccupation. Ce phénomène économique se produit lorsque la dette d’un État s’accélère rapidement en raison de l’augmentation du coût du service de cette dette.
Alors que les projections précédentes suggéraient que cela pourrait se produire d’ici 2031, des données plus récentes indiquent que la Belgique pourrait entrer dans cette spirale dès 2029, voire dès 2028 si les taux continuent de grimper. C’est ce qu’est venu expliquer mercredi le directeur de l’Agence de la dette, Jean Deboutte, aux négociateurs fédéraux.
Spirale de la dette
Concrètement, un effet boule de neige des intérêts se déclenche lorsqu’un gouvernement doit emprunter des fonds supplémentaires simplement pour couvrir les emprunts existants et les intérêts qui y sont associés. Cela crée un cercle vicieux dans lequel la dette totale augmente, entraînant des paiements d’intérêts encore plus élevés. La stabilité de cette situation dépend de l’équilibre entre la croissance économique nominale et les taux d’intérêt moyens.
Si l’économie croît plus vite que le coût des intérêts, la dette reste gérable. En revanche, si les taux d’intérêt dépassent la croissance, la dette augmente automatiquement, obligeant l’État à dégager un excédent budgétaire primaire — c’est-à-dire lorsque les recettes dépassent les dépenses avant prise en compte des intérêts — pour enrayer cette tendance.
La Belgique avait déjà connu un effet boule de neige sur les taux d’intérêt
L’histoire montre que de telles spirales ne sont pas propres à notre époque. Au cours des années 1980, la Belgique a été confrontée à une crise similaire, alimentée par des taux élevés et une croissance stagnante, la dette atteignant 130 pour cent du PIB au début des années 1990. Il a fallu des années de discipline budgétaire rigoureuse et d’excédents primaires pour résoudre en grande partie le problème.
D’autres pays, tels que l’Italie et la Grèce, illustrent également comment des niveaux d’endettement élevés rendent un pays vulnérable à la volatilité des marchés, ce qui peut entraîner une grave instabilité financière.
Prévisions actuelles et pressions politiques
Les prévisions actuelles du Bureau fédéral du Plan laissent entrevoir une trajectoire inquiétante, la dette pouvant passer de 108 pour cent du PIB en 2025 à 122 pour cent d’ici 2031. Les dernières mises à jour de l’Agence de la dette avertissent que le point de basculement approche plus vite que prévu, ce qui pourrait alourdir le déficit de 1,8 milliard d’euros d’ici 2029.
Cela a intensifié la pression sur le gouvernement De Wever pour qu’il mette en œuvre une correction budgétaire de 10 milliards d’euros d’ici 2029. De récentes réunions de haut niveau avec le gouverneur de la Banque nationale et le directeur de l’Agence de la dette ont souligné l’urgence de la situation, mais l’impasse politique persiste concernant les réformes de la TVA et les coupes dans les dépenses de santé.
Facteurs atténuants
Malgré ces signaux d’alerte, un effondrement financier total n’est pas inévitable. La Belgique bénéficie d’une réserve constituée d’obligations à long terme, qui empêche les hausses immédiates des taux du marché d’avoir un impact simultané sur l’ensemble de la dette. Le principal danger n’est pas nécessairement une faillite soudaine, mais plutôt un effet d’« éviction », dans lequel une part croissante des recettes fiscales est détournée pour payer les intérêts au lieu de financer des services publics tels que la défense, les retraites et les soins de santé.
En fin de compte, si l’effet boule de neige des intérêts constitue un risque gérable, retarder les corrections budgétaires ne fait qu’accroître la sévérité des mesures qui devront être prises à l’avenir. (fc)
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