Les problèmes rencontrés avec les toilettes du porte-avions américain USS Gerald R. Ford coûtent des millions à la marine


Principaux renseignements

  • Sur l’USS Gerald R. Ford, le système sous vide VCHT remplace la plomberie traditionnelle à gravité afin d’économiser de l’eau et de l’espace.
  • L’interconnexion des canalisations fait qu’un seul bouchon peut paralyser des sections entières du navire.
  • L’entretien nécessite des traitements à l’acide coûteux et présente des risques liés aux gaz mortels pour les équipages.

L’USS Gerald R. Ford représente le summum de l’ingénierie navale, avec ses systèmes de lancement électromagnétiques, ses réacteurs nucléaires dotés d’une autonomie de plusieurs décennies et son vaste réseau électrique conçu pour supporter des charges de puissance considérables. Chaque zone du navire est climatisée, et sa conception permet d’importantes mises à niveau futures.

Cependant, l’une de ses innovations les plus modernes — le système VCHT (Vacuum, Collection, Holding, and Transfer, ou « aspiration, collecte, stockage et transfert ») — est devenue un véritable fardeau.

Nouveau système de canalisations de sanitaires

S’éloignant de la plomberie traditionnelle par gravité utilisée depuis l’ère de la voile, le système VCHT utilise la pression sous vide pour transporter les déchets. Les systèmes traditionnels nécessitaient des canalisations verticales pour éviter les obstructions, consommaient d’énormes quantités d’eau douce et étaient sujets à des « jaillissements » d’eaux usées dans les sanitaires en cas de mer agitée.

En revanche, le système VCHT utilise des tuyaux plus fins et flexibles pouvant contourner les angles, réduit la consommation d’eau et utilise des réservoirs de stockage plus petits. Pour gérer les déchets de 4 500 membres d’équipage, le navire emploie 8 kilomètres de tuyauterie sous pression en nickel-cuivre reliant environ 600 toilettes.

Des frais de réparation élevés

L’efficacité de ce réseau interconnecté constitue également sa principale faiblesse. Dans les anciens systèmes à gravité, un bouchon ne rendait généralement inutilisables que quelques toilettes. Comme le VCHT relie plusieurs ponts à une seule conduite sous pression, un seul objet égaré — tel qu’un vêtement ou un stylo — peut rendre 25 pour cent des toilettes du navire inutilisables.

De plus, la diminution du débit d’eau a entraîné une accumulation de dépôts calcaires dans les canalisations. L’élimination de ces dépôts nécessite des traitements à l’acide coûteux, qui s’élèvent à 400 000 dollars (350 000 euros) par séance. Étant donné que dix traitements de ce type ont déjà été effectués, la marine a dépensé 4 millions de dollars (3,5 millions d’euros) rien que pour maintenir le débit.

Risques

Au-delà du coût financier, le système présente de graves risques pour la sécurité. Les équipes de maintenance doivent soigneusement dépressuriser les conduites avant toute réparation.

Ne pas le faire peut entraîner une « éruption d’eaux usées », projetant des eaux usées et du sulfure d’hydrogène toxique. Dans des espaces confinés, ce gaz peut provoquer une perte de conscience immédiate, voire la mort.

Fardeau financier

Malgré ces défaillances systémiques et le coût élevé de l’entretien, la Marine américaine a l’intention de conserver le système VCHT dans la flotte de classe Ford. Compte tenu d’une durée de vie de 50 ans, la nécessité récurrente de rinçages à l’acide pourrait potentiellement ajouter 200 millions de dollars (173 millions d’euros) de coûts d’entretien par navire, transformant une modernisation de la plomberie en une dépense à long terme colossale. (fc)

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