Le BRICS souhaite passer à l’étape suivante, mais quelle est réellement l’influence de cette organisation ?


Principaux renseignements

  • Le BRICS passe d’un forum diplomatique à une entité de développement parallèle pour les pays du Sud.
  • Un langage évasif et un manque de responsabilité entravent la capacité du bloc à atteindre ses objectifs.
  • Des données concrètes doivent remplacer la rhétorique ambitieuse pour prouver l’impact réel de l’organisation.

La Déclaration de New Delhi, issue du 18e sommet des BRICS, est souvent analysée sous l’angle géopolitique, en mettant l’accent sur des questions telles que les réformes du Conseil de sécurité et les conflits mondiaux. Cependant, cette interprétation restrictive néglige une évolution plus significative.

Alors que seule une minorité du document traite de la sécurité et de la politique, la grande majorité de son texte définit un cadre global de développement, couvrant des domaines tels que l’énergie, la sécurité alimentaire, la finance et la croissance industrielle.

Une évolution vers une entité de développement parallèle

Fondamentalement, les BRICS évoluent d’un simple forum diplomatique vers une entité de développement parallèle. Sous la houlette de l’Inde, l’organisation s’est réorientée vers une mission axée sur la durabilité, l’innovation et la résilience, créant ainsi une alternative structurelle aux systèmes économiques mondiaux établis. Cette évolution se manifeste clairement dans l’expansion des prêts en monnaie locale accordés par la Nouvelle Banque de développement et dans la recherche de nouveaux membres.

De plus, le bloc étudie la mise en place d’un mécanisme de garanties multilatérales visant à réduire les coûts d’emprunt pour les pays du Sud, ainsi qu’une bourse des céréales destinée à protéger les nations vulnérables contre les flambées soudaines des prix sur les marchés alimentaires.

Donner les moyens d’agir au Sud

Par ailleurs, un plan stratégique pour les chaînes de valeur mondiales vise à aider les pays en développement à passer d’un simple assemblage à une production industrielle à forte valeur ajoutée. Pour les petites économies, ces initiatives offrent une alternative vitale aux institutions traditionnelles de Bretton Woods, en particulier à une époque marquée par une fragmentation mondiale croissante et une coercition économique.

Le fossé entre les intentions et la mise en œuvre

Malgré ces objectifs, il existe un écart significatif entre les aspirations du bloc et sa capacité réelle à les mettre en œuvre. Le langage utilisé dans la déclaration est particulièrement évasif, s’appuyant sur des termes tels que « encourager » et « saluer » plutôt que sur des obligations contraignantes. À l’exception de la Nouvelle Banque de développement, la plupart des initiatives proposées sont des cadres volontaires ou des groupes de dialogue dépourvus de délais, de budgets ou de force juridique.

Ce manque de responsabilité reflète les échecs des coalitions passées du Sud, telles que le Mouvement des pays non alignés, où une rhétorique ambitieuse a souvent remplacé les résultats concrets. Bien que les BRICS aient mis en place de nombreux groupes de travail et centres d’excellence, ils ne disposent pas d’un système permettant de suivre les progrès ou de tenir les membres responsables de leurs engagements. La prolifération actuelle d’accords volontaires suggère que l’organisation est encore indécise quant à son identité institutionnelle fondamentale.

Pour concrétiser ces intentions, les BRICS doivent mettre en œuvre trois changements essentiels : garantir un financement dédié plutôt que de compter sur des efforts volontaires, donner la priorité à quelques projets clés plutôt qu’à un ensemble disparate d’initiatives, et mettre en place un système de suivi transparent pour évaluer les résultats.

Manque des résultats concrets

Pour les observateurs extérieurs, l’émergence d’un nouveau pôle de financement du développement est potentiellement bénéfique, compte tenu de la lenteur des réformes au sein des institutions dirigées par l’Occident. Toutefois, ce potentiel doit être considéré avec un scepticisme prudent.

Le succès doit être mesuré à l’aune de données concrètes — telles que la progression effective dans la chaîne de valeur d’ici 2030, une baisse mesurable des coûts d’emprunt ou la réalisation réussie de transactions via la Bourse des céréales. Tant que de telles preuves ne seront pas apportées, l’organisation aura certes élaboré un projet visionnaire, mais elle n’aura pas encore mis en place les mécanismes nécessaires à sa concrétisation. (fc)

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