BNP Paribas met en garde contre le fait que des investissements colossaux dans l’IA pourraient mettre le marché du crédit sous pression


Principaux renseignements

  • Selon BNP Paribas, les géants de la technologie émettront l’année prochaine environ 400 milliards de dollars (345 milliards d’euros) d’obligations pour financer l’IA.
  • L’offre massive d’obligations menace d’élargir les spreads de crédit et d’augmenter les coûts de financement.
  • Les grandes entreprises américaines risquent d’évincer les petits emprunteurs européens du marché du crédit.

BNP Paribas prévoit que la hausse continue de la valeur des obligations d’entreprises prendra fin lorsque les entreprises technologiques inonderont le marché de dettes pour financer l’IA. Selon les analystes de la banque, les hyperscalers devraient émettre l’année prochaine environ 400 milliards de dollars (345 milliards d’euros) d’obligations, ce qui fera basculer le paysage du crédit d’une situation de pénurie à une situation d’abondance. C’est ce que rapporte Bloomberg.

Cela marque un revirement majeur par rapport aux trois dernières années. Au cours de cette période, la banque considérait le marché du crédit comme un marché en situation de pénurie d’offre et comme une valeur refuge pour les rendements.

Augmentation de l’offre et impact sur le marché

Les prévisions indiquent que l’offre nette totale de titres à revenu fixe atteindra l’année prochaine un niveau sans précédent de 3 700 milliards de dollars (3 200 milliards d’euros). Cet afflux de dette d’entreprise coïncide avec un volume important d’obligations d’État, ce qui pourrait entraîner une augmentation des spreads des titres « investment grade » libellés en dollars et en euros d’ici fin 2026.

Bien que cette évolution ne soit pas le signe d’une crise immédiate, elle indique une hausse des coûts pour les emprunteurs, en particulier en Europe.

La BCE

La Banque centrale européenne a déjà fait part de ses inquiétudes quant à l’influence des géants américains de la technologie sur le marché de l’euro. Avec actuellement environ 40 milliards d’euros d’obligations en circulation émises par des hyperscalers, ces entreprises représentent désormais près de 10 % de la nouvelle dette d’entreprise libellée en euros.

La BCE s’inquiète moins des éventuels défauts de paiement que du phénomène de « crowding-out », c’est-à-dire le fait que la taille colossale de ces entreprises évince d’autres emprunteurs du marché en raison du rééquilibrage des portefeuilles des fonds passifs. Les dépenses d’investissement de ces géants de la tech devraient dépasser 1 000 milliards de dollars (environ 862 milliards d’euros) en 2028, soit environ 3 pour cent du PIB américain.

Participation institutionnelle

Malgré ces mises en garde, BNP Paribas participe activement à la tendance qu’elle décrit elle-même. La banque figurait parmi les différents prêteurs qui ont accordé en mars 715 millions d’euros à Mistral pour financer un centre de données et l’achat de milliers de puces Nvidia près de Paris.

Cela met en évidence une différence d’échelle considérable. La plus importante émission obligataire liée à l’IA de l’année en Europe ne représente qu’une fraction des 400 milliards de dollars (345 milliards d’euros) attendus de la part des entreprises américaines. Bien que des institutions financières telles que JPMorgan estiment que ces obligations trouveront preneurs, la fixation finale du prix reste la principale incertitude. (lv)

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