Principaux renseignements
- Dans le domaine de la défense, le Bangladesh recherche divers partenariats internationaux afin de réduire les vulnérabilités nationales.
- La modernisation militaire offre la force de dissuasion nécessaire pour protéger la croissance économique.
- Une dépendance excessive vis-à-vis d’un seul fournisseur d’armes met en péril l’autonomie stratégique à long terme.
Les récentes initiatives géopolitiques du Bangladesh ont suscité l’intérêt de la communauté internationale. Il s’agit notamment de l’examen de l’accord de défense conjoint de La Mecque et d’une initiative maritime menée par l’Arabie saoudite en mer Rouge, ainsi que des négociations concernant l’achat d’avions de combat chinois J-10CE.
Pour un observateur extérieur, ces engagements simultanés avec l’Occident, le Moyen-Orient et la Chine peuvent sembler contradictoires ou aléatoires. Cependant, plutôt que de considérer ces initiatives comme un ralliement à un bloc de puissance mondial spécifique, il convient de les interpréter comme des efforts visant à atténuer des vulnérabilités nationales profondément enracinées.
Plusieurs crises qui se chevauchent
Le pays est actuellement confronté à plusieurs crises qui se chevauchent. Des conflits non résolus avec ses voisins concernant le partage des ressources en eau persistent, tandis que la situation des ressortissants birmans déplacés de force (FDMN) est passée d’un problème humanitaire temporaire à un conflit géopolitique permanent impliquant la sécurité des frontières et la rivalité entre grandes puissances.
De plus, l’insécurité énergétique reste une faiblesse critique. La dépendance vis-à-vis du GNL importé signifie que des perturbations maritimes lointaines, telles que celles survenant près du détroit d’Ormuz, ont un impact direct sur l’approvisionnement électrique national et la stabilité industrielle, comme en témoigne la réduction des livraisons qataries prévue pour 2026.
Modernisation militaire
Le discours public simplifie souvent à l’extrême ces évolutions, en présentant un simple achat militaire ou une réunion diplomatique comme la preuve d’un revirement géopolitique total. L’intérêt porté à l’avion de chasse J-10CE en est un excellent exemple. Cet achat ne constitue pas un rapprochement soudain avec la Chine, mais une étape logique dans un effort de modernisation à long terme.
La flotte actuelle du Bangladesh, qui comprend des MiG-29 datant de la fin des années 1990, vieillit. À l’ère de la guerre en réseau, des armes à portée au-delà du champ visuel et des radars avancés, le passage à une plateforme de génération 4,5 est une nécessité pratique. Ce besoin s’explique par la petite taille de la flotte existante, la nécessité de dissuader les incursions dans l’espace aérien en provenance du Myanmar et le niveau de qualité croissant des forces aériennes régionales.
Équilibre entre croissance économique et sécurité nationale
Sur le plan financier, le Bangladesh se trouve dans une position bien plus solide qu’il y a deux décennies. Si l’inflation actuelle et les pressions budgétaires sont importantes, la croissance massive du PIB et du revenu par habitant offre une capacité structurelle en matière de dépenses de défense qui n’existait pas en 2000.
Le débat ne devrait pas se résumer à un choix binaire entre développement social et sécurité nationale, car ces deux aspects sont interdépendants. Une force aérienne et une marine crédibles constituent un moyen de dissuasion qui protège les zones économiques et les voies maritimes, préservant ainsi le commerce et les investissements qui sont les moteurs du développement.
Dépendance vis-à-vis de la Chine
Cependant, la forte dépendance vis-à-vis de la Chine pour les armes conventionnelles — environ 72 pour cent entre 2019 et 2023 — présente un risque. S’il est logique de diversifier les fournisseurs, les achats militaires ne s’apparentent pas à l’achat de biens de consommation. Ils impliquent des engagements s’étalant sur plusieurs décennies en matière de maintenance, de formation et de logiciels.
Le Bangladesh ne dispose pas d’une feuille de route claire et à long terme pour l’autonomisation industrielle, à l’instar des modèles observés en Inde ou au Pakistan. Le problème principal ne réside pas seulement dans la dépendance vis-à-vis d’un seul pays, mais dans l’absence d’une stratégie durable visant à renforcer les capacités de défense nationales.
Les acquisitions de défense comme levier diplomatique
De plus, les acquisitions majeures servent souvent de monnaie diplomatique. Tout comme les contrats portant sur des avions Boeing et Airbus s’inscrivent dans le cadre de relations commerciales plus larges avec les États-Unis et l’Europe, les partenariats en matière de sécurité constituent un levier politique.
Si la puissance militaire ne peut pas forcer le rapatriement de réfugiés ni mettre fin à un conflit maritime lointain, elle modifie toutefois le contexte dans lequel s’inscrit la diplomatie. Une nation disposant de partenariats diversifiés et de capacités de défense crédibles dispose d’un pouvoir de négociation supérieur à celui d’une nation qui compte uniquement sur la bienveillance d’autrui.
Coopération avec différentes puissances mondiales
En fin de compte, le Bangladesh passe d’une politique étrangère réactive à une approche plus proactive en matière de sécurité. En nouant des relations avec diverses puissances mondiales — notamment la Turquie, les États du Golfe, les États-Unis et la Chine —, Dacca tente de maximiser ses options tout en minimisant ses dépendances. L’objectif est de veiller à ce qu’aucun partenaire ne détienne à lui seul un pouvoir de levier excessif.
Les années à venir détermineront si ces transactions individuelles ne sont que des actes impulsifs ou s’il s’agit des fondements d’une stratégie nationale sophistiquée et institutionnalisée. (fc)
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