Principaux renseignements
- Les dirigeants allemands exhortent la Cour constitutionnelle à interdire les factions extrémistes de l’AfD.
- La montée en puissance de l’AfD dans les sondages menace de voir s’installer le premier gouvernement régional d’extrême droite depuis la Seconde Guerre mondiale.
- Le traumatisme historique est le moteur de la quête d’une « démocratie vigilante » face au nationalisme ethnique.
Deux personnalités de premier plan du gouvernement allemand, le ministre de la Défense Boris Pistorius et le ministre-président du Bade-Wurtemberg, Cem Özdemir, ont appelé la Cour constitutionnelle fédérale à examiner la possibilité d’interdire les branches les plus extrêmes du parti « Alternative pour l’Allemagne » (AfD). Dans un article commun publié dans la Frankfurter Allgemeine Zeitung, les deux hommes politiques ont fait valoir que les sections du parti en Thuringe, en Saxe, en Saxe-Anhalt et dans le Brandebourg sont dirigées par des ethnonationalistes qui définissent les « vrais Allemands » en fonction de leur origine et de leur idéologie. Ils ont affirmé que ces factions visaient le démantèlement total de la gouvernance démocratique plutôt que son amélioration, ce qui a donné lieu à un appel à des mesures juridiques immédiates.
Élections en Saxe-Anhalt
Cet appel intervient à un moment tendu, à la veille d’une élection décisive en Saxe-Anhalt, le 6 septembre. Les sondages actuels indiquent que l’AfD pourrait remporter au moins 40 pour cent des voix, ce qui lui permettrait potentiellement de diriger un gouvernement régional pour la première fois. Une telle évolution marquerait la mise en place de l’administration régionale la plus d’extrême droite en Allemagne depuis l’effondrement du Troisième Reich.
Sécurité nationale
Au-delà des préoccupations régionales, la montée en puissance de l’AfD constitue une menace nationale plus large. Ce parti, qui prône la sortie de l’euro et la mise en œuvre d’expulsions massives, entretient des liens étroits avec la Russie. Une relation que Pistorius et Özdemir qualifient de danger pour la sécurité nationale. Au niveau national, l’AfD est actuellement en tête des sondages avec environ 28 pour cent des voix, devançant ainsi les chrétiens-démocrates de centre-droit dirigés par le chancelier allemand Friedrich Merz.
La procédure juridique
Le cadre juridique allemand a été spécialement conçu comme une « démocratie vigilante » afin d’empêcher la réapparition d’un régime totalitaire. Il confère également à l’État le pouvoir d’interdire des partis politiques. Bien que les services de renseignement intérieurs aient déjà qualifié l’AfD de parti d’extrême droite, la procédure effective d’interdiction est complexe. Elle doit être engagée par le Parlement ou le gouvernement fédéral, puis examinée par la Cour constitutionnelle. Un processus qui, selon les experts, prendrait pas moins de deux ans.
Divisions politiques
Cette stratégie suscite d’importants désaccords internes. Le chancelier Friedrich Merz et d’autres dirigeants conservateurs ont exprimé leurs doutes, estimant qu’interdire un adversaire politique semblait excessivement agressif. Cependant, Pistorius et Özdemir soutiennent que le traumatisme historique de l’Allemagne rend ces mesures de protection indispensables. Ils établissent une distinction entre l’aile nationaliste générale du parti et son noyau ethno-nationaliste radical, qui, selon eux, franchit la ligne de l’illégalité.
L’AfD
Les deux dirigeants ont souligné que, bien que le seuil requis pour interdire un parti soit volontairement élevé, les leçons des années 1920 prouvent que l’inaction face aux extrémistes peut conduire à une catastrophe mondiale. Ils ont fait valoir que les dirigeants modernes ne peuvent prétendre ignorer les conséquences de l’inaction. En réponse, le représentant de l’AfD, René Springer, a rétorqué que ceux qui cherchent à interdire le plus puissant parti d’opposition du pays ne protègent pas la démocratie, mais en ont au contraire peur. (ev)
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