Principaux renseignements
- Les tendances historiques montrent que les valorisations boursières influencées par l’intelligence artificielle (IA) précèdent souvent un krach boursier majeur.
- Les investisseurs européens sont confrontés à un risque systémique en raison de leur forte exposition indirecte aux géants technologiques américains.
- En raison de l’interdépendance des marchés mondiaux, la volatilité observée aux États-Unis peut se répercuter sur les économies européennes.
L’essor récent de l’intelligence artificielle (IA) a déclenché une forte hausse des valeurs technologiques, propulsant les valorisations boursières à des niveaux qui rappellent l’ère des « dot-com ». Si l’IA transforme indéniablement le paysage économique, une question se pose avec acuité : les niveaux de cours actuels risquent-ils d’entraîner un effondrement soudain et brutal, en particulier au sein de la zone euro ? Aux États-Unis, le ratio CAPE avoisine ses sommets historiques, et bien que les marchés européens aient enregistré des hausses plus modestes, les deux régions sont portées par un optimisme intense quant au potentiel de rentabilité de l’IA. Les enseignements tirés des précédentes mutations technologiques suggèrent qu’une correction du marché est un scénario probable.
L’histoire technologique
L’histoire montre que les innovations révolutionnaires suivent invariablement un schéma caractérisé par des hausses rapides des prix, suivies d’un effondrement. Les économistes proposent deux points de vue sur ce phénomène. La première soutient que les prix élevés constituent une réaction rationnelle face à une incertitude extrême ; les investisseurs font grimper les cours des actions, comme celles de Nvidia, car le potentiel de rendement à la hausse est énorme. Il en résulte une « valeur d’option » qui fait grimper les ratios cours/bénéfice. Même si la technologie connaît le succès, les cours peuvent chuter à mesure que le risque s’étend d’un secteur spécifique à l’ensemble de l’économie. Lorsqu’une technologie devient systémique, le risque ne peut plus être réparti. Les investisseurs commencent alors à exiger des primes de risque plus élevées, qui peuvent dépasser la croissance des bénéfices.
Facteurs comportementaux et contagion des marchés
La deuxième perspective est d’ordre comportemental : elle soutient que l’excès de confiance des investisseurs pousse les cours bien au-delà de leur valeur fondamentale réelle. Dans ce scénario, un krach survient lorsque cet optimisme collectif s’évapore. Que les valorisations actuelles soient rationnelles ou alimentées par un engouement spéculatif, les tendances historiques indiquent qu’un recul est probable. Une telle correction affecterait la zone euro par deux voies principales : l’exposition directe aux « Magnificent Seven », les géants technologiques américains, et la contagion générale du marché.
Exposition européenne et risque systémique
Les sept entreprises américaines concentrent une part importante des indices mondiaux, ce qui accentue la vulnérabilité de la zone euro. La majeure partie de l’exposition européenne se fait indirectement par le biais de fonds négociés en bourse (ETF) et de fonds communs de placement. On estime que les ménages européens ont environ 440 milliards d’euros investis dans des actions technologiques américaines, souvent sans se rendre compte de l’ampleur du risque de concentration. Cette structure représente une menace systémique. Une chute brutale des cours pourrait déclencher des rachats massifs, forçant les fonds à se débarrasser de leurs actifs et à faire baisser encore davantage les valeurs de marché. Contrairement à l’effondrement de la bulle Internet, les décideurs politiques actuels disposent de moins de marge de manœuvre pour recourir à des mesures de relance budgétaire ou à des baisses de taux d’intérêt afin d’amortir un tel choc.
Stabilité interne de la zone euro
Sur le plan interne, la zone euro semble moins exposée à une bulle d’origine locale. Les valorisations boursières européennes restent nettement inférieures à celles des États-Unis, et le secteur technologique local connaît une croissance régulière et durable. Les investissements dans le numérique ont considérablement augmenté au cours de la dernière décennie, et l’adoption de l’IA progresse sans susciter le même engouement que de l’autre côté de l’Atlantique. Une grande partie du marché européen est encore composée d’entreprises de la « vieille économie ». Ce qui constitue un rempart contre un effondrement localisé du secteur technologique.
L’interdépendance mondiale des risques
Toutefois, cette stabilité interne n’offre qu’une protection limitée, car les marchés américains et européens sont étroitement liés. Un ralentissement significatif aux États-Unis se répercuterait probablement sur la zone euro, affectant non seulement les cours boursiers, mais aussi le moral des investisseurs, l’emploi et les conditions d’emprunt. En fin de compte, le risque d’un cycle d’expansion et de récession fait partie intégrante des révolutions technologiques, et un effondrement du marché américain de l’IA aurait des répercussions mondiales. (ev)
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