Principaux renseignements
- Les pays africains développent une industrie solaire locale pour atteindre l’autonomie énergétique.
- La Chine conserve sa position dominante en fournissant des composants à forte valeur ajoutée et en gérant la chaîne d’approvisionnement.
- Les investissements stratégiques favorisent la création d’emplois de base, mais limitent les transferts de technologies de pointe.
Les grandes économies africaines s’engagent résolument dans le développement d’une production locale d’équipements solaires. Elles souhaitent ainsi réduire leur dépendance vis-à-vis des importations étrangères et favoriser leur autonomie industrielle. Des pays comme le Nigeria, l’Éthiopie, le Maroc et l’Afrique du Sud passent de la simple importation d’équipements à la mise en place de chaînes d’assemblage et d’installations de production locales. Cette évolution est de plus en plus considérée comme une pierre angulaire de la stratégie économique verte et de la politique industrielle à l’échelle du continent.
Croissance régionale et forte augmentation des capacités
En Afrique du Sud, la compagnie d’électricité Eskom travaille à la mise en place d’un site de production d’une capacité de 1 gigawatt afin de mieux répondre à l’évolution des besoins énergétiques et de générer davantage de valeur ajoutée nationale. Le Nigeria a lui aussi connu une forte augmentation de ses capacités. En l’espace de deux ans, la capacité d’assemblage est passée de 120 à environ 300 mégawatts. Parallèlement, le Maroc a étendu sa production à environ 1 gigawatt par an, tandis que l’Égypte se prépare à lancer des projets de grande envergure similaires. Cette dynamique est alimentée par une hausse considérable de la demande, comme en témoignent les ventes de plus de 10 millions de kits solaires prévues en 2025. Cela permettra d’alimenter en énergie près de 150 millions de personnes.
L’ombre de la domination chinoise
Malgré ces progrès, la région reste fortement dépendante de la Chine, qui continue de dominer la chaîne d’approvisionnement mondiale. La plupart des usines africaines se concentrent sur l’assemblage final des modules plutôt que sur la production complexe de cellules solaires. De ce fait, les composants les plus sophistiqués sont toujours importés. Entre 2010 et 2024, les investissements chinois dans les énergies renouvelables en Afrique ont totalisé 66 milliards de dollars (57 milliards d’euros). Les experts suggèrent que la Chine utilise l’Afrique comme un débouché stratégique pour sa propre surcapacité nationale. En effet, un excédent d’équipements et la baisse des prix en Chine pourraient contraindre les fabricants chinois à rechercher de nouveaux marchés à l’étranger pour rester rentables.
Géopolitique
Bien que l’implication chinoise offre des possibilités de création d’emplois et d’acquisition de compétences techniques de base, il n’y a pas de transfert technologique en profondeur. Cette relation est en outre influencée par des facteurs géopolitiques. Les barrières commerciales en Europe et aux États-Unis ont incité les entreprises chinoises à réorienter leurs investissements vers l’Asie du Sud-Est et l’Afrique. En Éthiopie notamment, la majeure partie des investissements récents provient de Chine.
Perspectives à long terme
Même si l’Afrique finit par progresser vers l’autosuffisance, le caractère de pointe de la production de cellules solaires fait que l’influence de la Chine perdurera. La Chine est le leader mondial de la production de batteries, de panneaux solaires et de véhicules électriques. Les analystes s’attendent donc à ce que la domination de ce pays dans le secteur énergétique africain se renforce plutôt qu’elle ne s’affaiblisse au cours des prochaines années. (ev)
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