Principaux renseignements
- Les citoyens russes retirent des milliers de milliards de roubles des banques en raison des craintes économiques et des défaillances des paiements numériques.
- Les importantes injections de capitaux de la banque centrale parviennent à peine à stabiliser les problèmes croissants de liquidité.
- La forte proportion de prêts non performants témoigne de profondes vulnérabilités au sein du secteur financier russe.
Le paysage financier russe est confronté à une grave instabilité, les citoyens transférant de plus en plus leurs actifs de leurs comptes bancaires vers des liquidités. Selon les chiffres de la Banque centrale de Russie, la masse monétaire en circulation a augmenté de 513 milliards de roubles (5,7 milliards d’euros) début juillet, après une hausse de 479 milliards de roubles (5,3 milliards d’euros) en juin. Depuis février, le montant cumulé des fonds retirés s’élève à plus de 2 400 milliards de roubles (27 milliards d’euros). C’est ce que rapporte The Moscow Times.
Causes de la méfiance économique croissante
Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. Ainsi, l’incertitude économique et les problèmes techniques suscitent une inquiétude grandissante chez les citoyens. Les coupures régulières de l’Internet mobile, imposées par le Kremlin pour contrer les attaques de drones ukrainiens, ont rendu les paiements numériques moins fiables. De ce fait, de plus en plus de personnes se rabattent sur les espèces.
De plus, le moral de la population s’est détérioré ; un sondage Gallup indique que plus de la moitié de la population constate une baisse du niveau de vie et une détérioration de l’économie, ce qui représente le niveau de pessimisme le plus élevé depuis vingt ans. Les experts soulignent que le durcissement de la législation fiscale, l’inflation persistante et le renforcement du contrôle de l’État sur les activités financières ont encore davantage ébranlé la confiance dans le système bancaire officiel.
Crise de liquidité croissante
Cette fuite massive de capitaux a provoqué une crise de liquidité critique. Igor Lipsits fait remarquer qu’il existe désormais un déséquilibre fondamental, les retraits dépassant largement les dépôts. Afin d’éviter une nouvelle aggravation de la situation, la Banque centrale de Russie est intervenue en accordant un financement d’urgence de grande ampleur. Rien que durant les trois premières semaines de juillet, l’autorité de régulation a injecté près de 2 100 milliards de roubles (23,6 milliards d’euros) sur le marché par le biais d’opérations de pension.
De ce fait, la dette totale du secteur bancaire envers la banque centrale s’est élevée à environ 6,2 billions de roubles (environ 70 milliards d’euros), soit près du double du montant enregistré à la fin de l’année précédente.
Risques à long terme
Malgré ces injections de capitaux, des vulnérabilités systémiques persistent. Alexander Abramov a déclaré que le marché interbancaire du crédit restait sous pression, les taux d’intérêt sur les prêts se maintenant au-dessus du taux de base officiel.
De plus, la proportion de prêts non performants a dépassé les 10 pour cent. Se référant aux normes du Fonds monétaire international, l’analyste Maximilian Hess met en garde contre le fait qu’un pourcentage aussi élevé d’actifs problématiques témoigne de « problèmes considérables » au sein de l’infrastructure bancaire, dont la résolution pourrait nécessiter une longue période. (lv)
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