Principaux renseignements
- La Marine américaine souffre d’une incapacité systémique à mettre en œuvre les leçons de sécurité tirées des incendies survenus à bord de ses navires.
- Les périodes de maintenance créent des environnements à haut risque qui entraînent des milliards de dommages évitables.
- Une mauvaise gestion des connaissances oblige les équipages à réapprendre à leurs dépens des leçons mortelles à travers des tragédies répétées.
La Marine américaine est confrontée à une crise persistante et systémique concernant les incendies à bord de ses navires. Si les navires de guerre sont intrinsèquement dangereux en raison de la présence combinée de munitions, de carburant et d’électricité à haute tension, le problème fondamental ne réside pas dans la survenue des incendies elle-même, mais dans l’incapacité de la Marine à prévenir la répétition de ces catastrophes. Bien qu’il s’agisse de la force maritime la mieux financée de l’histoire, la Marine échoue à maintes reprises à mettre en œuvre les leçons de sécurité tirées des tragédies précédentes, ce qui conduit à un cycle de pertes évitables.
Porte-avions
Une illustration frappante de cet échec s’est produite au printemps 2026, lorsque quatre navires distincts ont subi des pertes humaines en l’espace de six semaines. L’événement le plus dévastateur s’est produit à bord de l’USS Gerald R. Ford, le porte-avions le plus coûteux de la Marine. Alors qu’il opérait en mer Rouge, un incendie dans la buanderie s’est propagé par le système de ventilation, entraînant le traitement de près de 200 marins pour inhalation de fumée et obligeant le navire à faire route vers la Crète pour y subir d’importantes réparations.
Cette série d’incidents comprenait également des incendies sur l’USS Dwight D. Eisenhower et l’USS Zumwalt — tous deux alors qu’ils se trouvaient en chantier naval — ainsi qu’une perte totale de propulsion sur l’USS Higgins dans le Pacifique.
Maintenance
La vulnérabilité des navires est particulièrement marquée pendant les périodes de maintenance. Un rapport de 2023 du Government Accountability Office (GAO) a révélé qu’entre 2008 et 2022, la Marine avait subi plus de 4 milliards de dollars de dommages causés par des incendies sur des navires en réparation. Au cours de ces phases, les navires sont privés de leurs principaux moyens de défense : les systèmes de lutte contre l’incendie sont souvent hors service, les joints étanches sont rompus et les « travaux à chaud », comme la soudure, génèrent des étincelles dans des espaces confinés remplis de matériaux inflammables.
Comme les équipages sont souvent réduits en effectif ou distraits par le chaos industriel d’un chantier naval, ces environnements deviennent de véritables poudrières.
Défaillances institutionnelles
Le drame réside dans le fait que ces défaillances sont d’ordre institutionnel plutôt qu’accidentelles. Par exemple, après la perte de l’USS Miami en 2012, victime d’un incendie criminel, la Marine a mis en place de nouveaux protocoles de sécurité. Cependant, lorsque l’USS Bonhomme Richard a brûlé jusqu’à la ligne de flottaison en 2020, les enquêtes ont révélé que les réformes issues de l’incident du Miami avaient été ignorées.
L’équipage n’a pas su faire fonctionner les systèmes à mousse, et les alarmes se sont déclenchées trop tard, ce qui démontre que la Marine identifie les bonnes solutions après une catastrophe, mais ne parvient pas à les généraliser à l’ensemble de la flotte.
Selon le GAO, la Marine américaine ne dispose pas d’un mécanisme fiable pour archiver et mettre en œuvre les enseignements tirés des sinistres liés aux incendies. Bien que les enquêtes individuelles soient approfondies, les conclusions ne sont pas institutionnalisées, ce qui signifie que chaque nouvel équipage doit réapprendre les mêmes leçons difficiles, au prix d’un coût financier et humain considérable.
Rechercher des solutions durables
En fin de compte, la Marine américaine ne manque pas d’efforts. Elle met fréquemment à jour les formations et les contrôles de conformité. Cependant, il subsiste un décalage critique entre les connaissances acquises à la suite d’une catastrophe et la mise en œuvre effective des mesures de sécurité à l’échelle de la flotte. Tant que la Marine n’aura pas mis en place un système permanent garantissant que les leçons « s’ancrent », elle continuera à perdre des navires et à mettre son personnel en danger à cause des mêmes erreurs évitables. (fc)
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