Principaux renseignements
- Les pays africains cherchent à assurer leur souveraineté en matière de données afin d’éviter toute dépendance vis-à-vis des géants technologiques étrangers.
- De graves lacunes en matière d’infrastructures et des pénuries d’énergie entravent le développement local de l’IA.
- La concurrence géopolitique donne aux gouvernements un levier pour négocier des conditions d’investissement plus équitables.
Le développement de l’intelligence artificielle et des infrastructures de données à travers l’Afrique crée une tension entre la volonté de progrès technologique et la pression exercée sur les ressources naturelles, rapporte Al Jazeera.
Lors d’une récente réunion des ministres de l’Union africaine au Maroc, l’accent a été déplacé de la simple adoption de l’IA vers des questions plus complexes de propriété et de gouvernance. Alors que de nombreux pays sont désireux d’attirer des investissements, une inquiétude grandissante se fait sentir quant au degré de souveraineté que les États africains conserveront sur les systèmes physiques et numériques qui alimentent ces technologies.
Stratégies nationales
Plusieurs pays, dont le Ghana, le Kenya, l’Égypte et le Nigeria, ont mis en place des stratégies nationales visant à développer l’expertise locale et à réduire au minimum la dépendance vis-à-vis des fournisseurs de technologies étrangers. Le Ghana, par exemple, considère l’IA comme un atout souverain essentiel.
Par ailleurs, la Déclaration africaine sur l’intelligence artificielle a été soutenue par 49 pays et l’UA, soulignant la nécessité d’une innovation localisée et d’un financement coordonné. Cependant, la mise en œuvre a connu des difficultés. L’Afrique du Sud a récemment dû retirer un projet de politique après avoir découvert que certaines parties du document semblaient avoir été générées par une IA.
Tirer parti de la concurrence géopolitique
Le climat géopolitique actuel pourrait offrir aux nations africaines un avantage unique. Alors que les superpuissances mondiales et les géants de la technologie se disputent les parts de marché et les données, certains analystes suggèrent que cette fragmentation donne aux gouvernements africains davantage de poids pour négocier de meilleures conditions.
Cette assurance se manifeste déjà dans les défis réglementaires auxquels sont confrontées des entreprises comme Starlink, ce qui laisse penser que les entreprises mondiales pourraient devoir se montrer plus accommodantes vis-à-vis des exigences locales que par le passé.
Déficit en infrastructures et en énergie
Malgré ce levier politique, un déficit massif en matière d’infrastructures persiste. L’Afrique possède moins de 1 pour cent de la capacité mondiale des centres de données, alors qu’elle représente près d’un cinquième de la population mondiale.
Le manque d’électricité fiable reste un obstacle majeur. Cette vulnérabilité est évidente au Kenya, où un projet d’un milliard de dollars (environ 876,6 millions d’euros) impliquant Microsoft et G42 a suscité des inquiétudes quant aux besoins énergétiques considérables et au risque de dépendance stratégique à long terme.
Évaluation des partenariats d’investissement
Le choix des partenaires ne se limite pas à l’Occident, mais la diversification vers des entreprises chinoises implique son lot de compromis.
Les experts estiment que l’accent devrait être mis en priorité sur le retour sur investissement réel de ces projets en termes de développement. Certains craignent que les centres de données modernes ne reproduisent les investissements industriels problématiques des années 1990, où les pays hôtes accordaient d’importantes subventions tout en subissant des conséquences environnementales, telles qu’une consommation d’eau excessive.
Lutte pour la souveraineté des données
Au-delà du matériel physique, la question de la souveraineté des données est primordiale. L’adoption de systèmes de surveillance et de cloud computing de fabrication étrangère a suscité des débats sur le lieu de stockage et de traitement des données nationales sensibles.
Ce mouvement vers l’autodétermination se retrouve dans d’autres secteurs, comme la volonté de créer une agence de notation dirigée par l’Afrique afin de réduire la dépendance vis-à-vis des évaluateurs internationaux.
Déficit de confiance
Les détracteurs font valoir que les négociations de haut niveau sont souvent déconnectées du grand public. Le risque existe que, si les citoyens sont exclus du débat, un déficit de confiance apparaisse, ce qui pourrait entraver l’adoption des services administratifs numériques et des technologies financières. Bien que des initiatives telles que le projet Timbuktoo du PNUD tentent de développer un écosystème local de start-ups, elles restent modestes face à l’afflux de capitaux internationaux.
(at)
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