Les économistes préviennent que, en relevant ses taux d’intérêt, la BCE commettrait la même erreur qu’en 2011


Principaux renseignements

  • La Banque centrale européenne (BCE) risque de commettre une erreur coûteuse en augmentant ses taux dans un contexte d’instabilité économique. C’est l’avertissement lancé par certains économistes.
  • Les critiques avertissent qu’un resserrement prématuré pourrait déclencher une récession à double creux.
  • Des divergences internes persistent quant à savoir si l’inflation liée à l’énergie justifie une politique restrictive.

Les experts financiers avertissent que la Banque centrale européenne pourrait être sur le point de commettre une erreur coûteuse alors qu’elle se prépare pour la réunion de cette semaine. Soucieuse de préserver sa réputation de lutte contre l’inflation, la banque envisage de relever ses taux d’intérêt afin d’empêcher que la hausse des coûts énergétiques ne déclenche une spirale inflationniste plus large. Cependant, les critiques suggèrent que cette mesure pourrait être prématurée, compte tenu de l’instabilité de l’économie de la zone euro et de la possibilité que les investisseurs perçoivent une seule hausse comme le début d’un cycle de resserrement prolongé. C’est ce qu’écrit Bloomberg.

Le risque d’une répétition de l’histoire

Certains analystes estiment que la BCE devrait faire preuve de patience, d’autant plus que les efforts diplomatiques entre les États-Unis et l’Iran se poursuivent. Ils font valoir qu’une hausse des taux inopportune pourrait refléter les décisions désastreuses de 2011, lorsque les coûts d’emprunt avaient été relevés pour être ensuite annulés à mesure que la crise de la dette européenne s’aggravait, contribuant ainsi à une récession à double creux.

Davide Oneglia, de TS Lombard, note que l’obsession de la banque pour sa propre crédibilité et le souvenir de la flambée de l’inflation de 2022 pourraient la pousser à commettre cette erreur historique.

Divisions internes sur les pressions inflationnistes

Au sein de la banque, un consensus se dégage de plus en plus parmi les responsables — des faucons comme Isabel Schnabel aux colombes comme Yannis Stournaras — sur le fait que la crise énergétique actuelle ne peut être ignorée. Avec une inflation atteignant 3,2 pour cent dans l’Union européenne et des pressions sous-jacentes en hausse, certains craignent que les anticipations inflationnistes ne s’emballent.

À l’inverse, des sceptiques comme Michala Marcussen, de la Société Générale, affirment qu’il n’y a pas suffisamment de preuves d’« effets de second tour », tels que des hausses de salaires, pour justifier un resserrement de la politique monétaire.

Positionnement stratégique

Le dilemme actuel est encore compliqué par le positionnement de la BCE par rapport aux autres banques centrales du G7. Alors que la Réserve fédérale adopte une approche prudente face aux répercussions géopolitiques, la BCE semble plus offensive.

Cette urgence est en partie alimentée par la période 2021-2022, durant laquelle beaucoup estiment que la banque a réagi trop lentement au choc provoqué par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. Peter Praet, ancien économiste en chef de la BCE, suggère qu’une hausse des taux aujourd’hui pourrait servir de « coup de semonce » pour démontrer la détermination de la banque, à condition qu’elle ne laisse pas présager une série de hausses à venir.

Stagnation économique

Les données économiques ajoutent une couche supplémentaire de risque, alors que la croissance marque le pas dans des pays comme la France et que l’activité économique s’effondre. Certains économistes, dont Katharine Neiss de PGIM, estiment que la banque présentera toute hausse de manière à permettre un revirement futur sans nuire à son prestige.

Alors que certains prévoient deux hausses d’un quart de point cette année suivies d’une baisse en 2027, d’autres, comme Jens Eisenschmidt de Morgan Stanley, considèrent ces mesures comme des mesures « de précaution » pouvant être annulées si les conditions changent.

Arguments contre la politique restrictive

Malgré ces justifications, certains experts restent fermement opposés. Holger Schmieding, de Berenberg, soutient qu’il n’est pas nécessaire de relever les taux en période de difficultés économiques. Il affirme que, la demande s’affaiblissant déjà, les flambées de prix actuelles sont probablement temporaires et s’estomperont d’elles-mêmes sans qu’il soit nécessaire de recourir à des politiques monétaires restrictives qui ne feraient qu’alourdir la charge pesant sur les ménages et les entreprises.

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