Principaux renseignements
- La Commission européenne vise la « souveraineté technologique » afin de réduire la dépendance vis-à-vis des fournisseurs américains et asiatiques.
- La nouvelle législation vise à tripler la capacité des centres de données afin de lutter contre la domination étrangère.
- Le Chips Act 2.0 rationalise les investissements directs massifs visant à stimuler la production de semi-conducteurs d’ici 2035.
La Commission européenne a présenté une stratégie globale visant à renforcer ses propres infrastructures technologiques, dans le but de réduire sa dépendance vis-à-vis des fournisseurs asiatiques et américains. Cette initiative met l’accent sur la « souveraineté technologique » en donnant la priorité aux solutions nationales dans des domaines tels que l’intelligence artificielle, le cloud computing et la fabrication de semi-conducteurs.
La loi sur le développement du cloud et de l’IA
Un élément central de cette stratégie est la loi sur le développement du cloud et de l’IA (CADA). Cette législation vise à tripler la capacité des centres de données européens au cours des sept prochaines années afin de contester la domination actuelle du marché par des entreprises américaines telles que Google, Microsoft et Amazon, qui contrôlent collectivement plus de 70 pour cent des services cloud de la région.
Afin de protéger les informations sensibles de toute juridiction étrangère — telle que la loi américaine CLOUD Act —, la CADA imposerait aux gouvernements d’utiliser des services cloud basés dans l’UE et de se soumettre à des évaluations des risques liés à la souveraineté. Les fournisseurs seront classés selon un système à quatre niveaux en fonction du degré de contrôle européen sur leur infrastructure et le traitement des données.
Les géants américains de la technologie nouent des alliances avec des entreprises européennes
En réponse à ces nouvelles exigences, certains géants américains de la technologie ont déjà formé des alliances avec des entreprises européennes. Par exemple, le partenariat entre Google et Thales SA a donné naissance à S3NS, une coentreprise récemment agréée pour servir les institutions de l’UE. De même, Amazon et Microsoft ont lancé des options de « cloud souverain » afin de mieux s’aligner sur ces nouvelles réglementations.
Relance de la production de semi-conducteurs
Le plan comprend également une version actualisée du Chips Act. La législation initiale de 2023 n’ayant pas permis de mettre l’Union sur la voie d’un doublement de sa part de marché dans le secteur des semi-conducteurs d’ici 2030, le « Chips Act 2.0 » propose un modèle d’investissement plus direct.
Cela permettrait à la Commission de financer directement des projets internationaux de grande envergure, en contournant les complexités des demandes de subventions nationales. Pour moderniser le secteur d’ici 2035, la Commission estime que quelque 120 milliards d’euros de capitaux publics et privés conjoints seront nécessaires.
Open Source et objectifs à long terme
Au-delà du matériel et des services cloud, l’UE entend promouvoir les logiciels open source développés sur son territoire et veiller à ce que les nouvelles installations d’IA soient compatibles avec des réseaux énergétiques durables. Malgré le succès mondial d’entreprises comme ASML, l’UE reste fortement dépendante de sources externes, environ 80 pour cent de sa technologie provenant de l’extérieur du bloc. Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive chargée de la souveraineté technologique, a admis que le renforcement de cette capacité constituait un défi à long terme, des progrès significatifs étant peu probables avant 2030.
Risques économiques et géopolitiques
Cependant, cette volonté d’indépendance a suscité des inquiétudes concernant les relations internationales et la faisabilité économique. Des critiques et des experts, dont Leonardo Quattrucci de Sciences Po, suggèrent que l’Europe n’a pas l’envergure nécessaire pour rivaliser pleinement avec les États-Unis et la Chine.
On craint que des règles trop strictes n’éloignent les partenaires mondiaux ou ne privent les utilisateurs européens de l’accès aux outils les plus avancés. De plus, cette tendance au protectionnisme pourrait déclencher des représailles commerciales de la part de Washington et de Pékin, surtout compte tenu des tensions existantes autour de la loi sur les services numériques.
Défis de mise en œuvre
La mise en œuvre de ces politiques a déjà pris du retard en raison de désaccords internes entre les États membres et les autorités de contrôle.
Même une fois les projets initiaux finalisés, les propositions devront faire l’objet de négociations approfondies au sein du Parlement européen et entre les gouvernements nationaux, un processus qui devrait prendre plusieurs mois.
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