Principaux renseignements
- Le général Xavier Brunson propose de relier les capacités militaires de la Corée du Sud, du Japon et, éventuellement, des Philippines au sein d’un « kill web » afin de renforcer la sécurité régionale.
- Ce réseau vise à créer un système rapide et flexible permettant d’identifier et de frapper des cibles grâce au partage de données en temps réel entre les capteurs et les tireurs dans tous les domaines.
- Le concept de « kill web » tient compte des sensibilités politiques tout en mettant l’accent sur les atouts complémentaires des alliances combinées face à des menaces communes telles que la Corée du Nord, la Chine et la Russie.
Le commandant des forces américaines en Corée général Xavier Brunson a proposé une nouvelle stratégie visant à renforcer la sécurité régionale en reliant les capacités militaires de la Corée du Sud, du Japon et éventuellement des Philippines au sein d’un réseau appelé « kill web ». Ce concept vise à créer un système plus rapide et plus flexible pour identifier et frapper des cibles en permettant à n’importe quel capteur – tel que des satellites, des drones ou des soldats – de partager des données en temps réel avec n’importe quel tireur, y compris des avions, des navires ou des systèmes de missiles. L’objectif est de créer des effets combinés, conjoints et tous domaines confondus contre des menaces communes telles que la Corée du Nord, la Chine et la Russie.
Changement d’orientation
Ce changement de perspective reflète une prise de conscience plus large du fait que la péninsule coréenne ne se concentre plus uniquement sur la dissuasion de la Corée du Nord, mais qu’elle est cruciale au sein d’un réseau de défense plus vaste s’étendant sur la « première chaîne d’îles », du Japon à Bornéo. C’est ce qu’il explique dans une interview accordée au The Japan Times. Reconnaissant que toute crise majeure dans la région impliquerait probablement les trois pays, le général Brunson a souligné la nécessité d’une coordination préventive plutôt que de se précipiter une fois la crise déclenchée.
Ce concept implique un partage plus approfondi des renseignements et le maintien des équipements américains dans la région. Il tient compte des sensibilités politiques de longue date concernant l’intégration militaire entre la Corée du Sud et le Japon, ainsi que des contraintes juridiques existantes, en particulier pour Tokyo. Néanmoins, Brunson fait valoir que la mise en relation de ces alliances crée des forces qui se recoupent, rendant plus difficile pour les adversaires de planifier des actions contre elles.
Flexibilité stratégique
Cette vision s’inscrit dans le cadre d’une volonté de « flexibilité stratégique » permettant aux forces américaines, y compris celles stationnées en Corée du Sud, d’apporter un soutien temporaire en cas d’imprévus régionaux. Le Japon et les Philippines ont tous deux manifesté leur enthousiasme pour des liens de sécurité multilatéraux, tandis que la Corée du Sud reste plus prudente en raison de craintes de réactions négatives de la part de la Chine.
Brunson envisage la Corée du Sud au centre de ce réseau, tirant parti de ses importantes forces terrestres pour la dissuasion et de son industrie de défense de pointe pour le soutien régional. Les avions de combat de cinquième génération du Japon, l’accueil de forces américaines clés et le contrôle des goulets d’étranglement maritimes apportent des capacités de combat avancées. Les Philippines offrent un accès stratégique reliant les océans Pacifique et Indien, avec des systèmes de missiles antinavires terrestres capables de menacer les navires adverses.
Assistance partagée
Il est essentiel que ce « kill web » repose sur une vision opérationnelle commune, tous les nœuds ayant accès aux mêmes informations sur terre, en mer, dans les airs, dans l’espace et dans le cyberespace. Brunson souligne l’importance de la détection et de l’action précoces dans ces domaines pour obtenir un avantage décisif.
Le soutien logistique pose un autre défi, les planificateurs visant à développer des capacités de réparation et de production au sein de la région plutôt que de compter uniquement sur le ravitaillement en provenance des États-Unis. La situation centrale de la Corée du Sud et sa base industrielle de pointe sont considérées comme essentielles pour établir une « fonderie » régionale destinée au soutien logistique des forces interarmées.
Développement des exercices multinationaux
Enfin, les exercices multinationaux sont développés et repensés pour se concentrer sur l’intervention de tiers, le commandement et le contrôle distribués, ainsi que les scénarios maritimes contestés. Brunson loue la participation active de la Corée du Sud à ces exercices, mettant l’accent sur leur rôle crucial dans la mise en pratique de la coordination avant qu’elle ne soit nécessaire en cas de conflit.
Il reconnaît que, bien que la coordination avec les forces américaines au Japon et les Forces d’autodéfense soit déjà intensive, elle doit être davantage formalisée. Il sera essentiel de surmonter les obstacles techniques et les contraintes juridiques, en particulier les lois pacifistes du Japon, pour concrétiser cette vision d’un réseau de défense régional pleinement intégré. Les commentaires de Brunson marquent un changement significatif dans la stratégie américaine vers une architecture de dissuasion à plusieurs niveaux couvrant l’Asie du Nord-Est et du Sud-Est, ce qui attirera probablement l’attention de Pékin et de Pyongyang. (fc)
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici !

