Le cours de l’or aujourd’hui n’est pas un déjà-vu des années 1970


Principaux renseignements

  • Depuis le début du conflit en Iran, les cours de l’or ont déjà baissé de 10 à 14 pour cent. Ils sont ainsi passés de niveaux records à environ 5 000 à 5 200 dollars l’once.
  • L’or reste une valeur refuge, mais contrairement au passé, il ne s’agit plus d’un réflexe automatique.
  • La volatilité signifie que le marché traite activement différents signaux, allant des chiffres de l’inflation et des prévisions de taux d’intérêt aux développements géopolitiques et aux taux de change.

Le cours de l’or est à nouveau sous les feux de la rampe. Après une période de forte hausse ces dernières semaines, des fluctuations marquées ont été observées cette semaine, suscitant à la fois la frustration et la fascination des investisseurs et des économistes. Dans le même temps, les prix du pétrole continuent de réagir nerveusement aux tensions géopolitiques actuelles et à l’incertitude économique. Pour beaucoup, cela ressemble à un déjà-vu des années 1970. À l’époque, l’inflation, les crises énergétiques et l’instabilité financière avaient provoqué ensemble une flambée sans précédent des matières premières.

Années 1970

Pour comprendre le marché actuel de l’or, il faut revenir à un tournant de l’histoire économique. Au début des années 1970, le système de Bretton Woods, qui liait le dollar américain à l’or, a pris fin. Cette décision a soudainement rendu l’or librement négociable sur le marché et a jeté les bases des fluctuations spectaculaires qui allaient suivre.

Dans le même temps, l’économie mondiale a été frappée par une série de chocs. Les crises pétrolières de 1973 et 1979 ont fait flamber les prix de l’énergie. Parallèlement, l’inflation est également devenue incontrôlable dans de nombreux pays occidentaux. Il en a résulté une stagflation, une combinaison de stagnation économique et d’inflation élevée. Un scénario catastrophe que les décideurs politiques n’avaient pratiquement jamais connu jusqu’alors.

Dans ce contexte, l’or s’est imposé comme une valeur refuge. Les investisseurs cherchaient à se protéger contre la dépréciation monétaire et l’incertitude. Ils ont trouvé un actif qui ne dépendait ni des gouvernements ni des banques centrales. Le cours de l’or a donc grimpé en flèche.

La forte hausse du prix de l’or dans les années 1970 s’est également accompagnée de fluctuations extrêmes au sein du marché haussier plus large. Bien que la tendance générale fût à la hausse, l’or a connu à plusieurs reprises de fortes baisses. Les investisseurs qui se sont lancés au mauvais moment ont pu subir de lourdes pertes.

Pétrole comme catalyseur

Le lien entre l’or et le pétrole est devenu particulièrement visible dans les années 1970. La hausse des prix du pétrole a alimenté l’inflation, qui a à son tour stimulé la demande d’or. Une dynamique qui reste encore aujourd’hui gravée dans la mémoire des investisseurs.

Pourtant, cette relation est moins simple qu’on ne le suppose souvent. L’énergie n’est pas le seul facteur à jouer un rôle important. La politique monétaire, les taux de change et les développements géopolitiques ont tous influencé le prix de l’or. Le pétrole était un facteur important, mais ce n’est pas le seul moteur.

Aujourd’hui, cela apparaît encore plus clairement. Bien que les prix du pétrole aient toujours un impact sur les anticipations d’inflation, leur influence sur l’or est devenue moins directe. Les économies modernes sont plus efficaces sur le plan énergétique et les banques centrales réagissent plus rapidement aux hausses de prix.

L’or en 2026

Il est toutefois difficile d’ignorer les parallèles avec la situation actuelle. On observe à nouveau des pressions inflationnistes. Mais celles-ci résultent en partie de circonstances exceptionnelles telles que les pandémies et les perturbations des chaînes d’approvisionnement. Les tensions géopolitiques, notamment dans les régions productrices d’énergie comme le Moyen-Orient et le Venezuela, sont source d’incertitude sur les marchés.

Pourtant, l’or réagit aujourd’hui de manière moins prévisible que beaucoup ne le pensent. Selon les analyses classiques, les cours de l’or devraient augmenter en cas de conflit et d’incertitude. La réalité s’avère toutefois plus complexe. Depuis le début du conflit en Iran, les cours de l’or ont déjà baissé de 10 à 14 pour cent. Ils sont ainsi retombés de leurs sommets historiques à environ 5 000 à 5 200 dollars l’once.

L’or reste une valeur refuge, mais contrairement au passé, ce n’est plus un réflexe automatique. La hausse des taux d’intérêt rend les obligations plus attractives, tandis qu’un dollar fort rend l’or plus cher pour les investisseurs internationaux. Ces facteurs peuvent peser sur le cours de l’or, même en période de tensions géopolitiques.

Banques centrales et politique monétaire

L’une des principales différences par rapport aux années 1970 réside dans le rôle des banques centrales. À cette époque, les décideurs politiques réagissaient souvent trop lentement ou de manière insuffisante à l’inflation, ce qui pouvait entraîner une dérive des hausses de prix. La situation est aujourd’hui quelque peu différente.

Les banques centrales disposent de plus d’outils et agissent généralement plus rapidement. Les hausses de taux d’intérêt, le resserrement quantitatif et la politique de communication font partie de l’arsenal des banques centrales, qui n’existait pas encore en 1970.

Pourtant, l’or n’a pas perdu son rôle. Au contraire, il reste un repère important en période d’incertitude.

Paradoxe de l’or

L’un des malentendus les plus tenaces concernant l’or est qu’il s’agirait d’un investissement stable. En réalité, c’est tout le contraire. L’or peut être particulièrement volatil, même dans son rôle d’investissement refuge.

On le constate non seulement dans les années 1970, mais aussi lors de périodes plus récentes de tensions économiques. Le cours de l’or réagit à une multitude de facteurs, notamment les anticipations d’inflation, les taux d’intérêt, les taux de change et le sentiment du marché.

Selon une analyse de Forbes, l’or reste néanmoins une stratégie financière précieuse à long terme. « L’or a toujours servi, par le passé, de protection contre l’inflation et la stagflation, même si son évolution est souvent irrégulière. »

C’est précisément ce parcours « irrégulier » que de nombreux investisseurs sous-estiment. L’idée de l’or comme valeur refuge est souvent interprétée comme une garantie de hausses constantes. En réalité, il s’agit d’une protection à plus long terme.

ETF et produits dérivés

Une différence importante par rapport aux années 1970 réside dans la manière dont les investisseurs abordent l’or. Autrefois, l’or était souvent acheté sous forme physique, mais aujourd’hui, cela se fait de plus en plus souvent via des instruments financiers tels que les ETF et les produits dérivés.

Cela a deux conséquences importantes. D’une part, l’or devient plus accessible à un public plus large, ce qui augmente sa liquidité. D’autre part, cela peut également entraîner des fluctuations de prix plus rapides et plus marquées, car les capitaux entrent et sortent plus facilement du marché.

De plus, l’or n’est plus la seule valeur refuge. Les investisseurs ont aujourd’hui accès à un large éventail d’alternatives, allant des obligations d’État à d’autres matières premières et actifs numériques. En raison de cette diversification, l’or est moins dominant qu’auparavant. Cela signifie également que son prix est influencé par la concurrence avec d’autres actifs.

Guerre et géopolitique

Autrefois, les tensions liées à la guerre et à la géopolitique entraînaient presque automatiquement une hausse des cours de l’or. Aujourd’hui, ce n’est plus toujours le cas. Elles continuent certes de jouer un rôle important sur le marché de l’or, mais leur impact est devenu moins prévisible.

L’or reste néanmoins une valeur refuge importante en période d’incertitude. Historiquement, la demande d’or augmente en période de conflit, même si cette demande ne se traduit pas toujours immédiatement par une hausse des prix.

Volatilité est saine

Les récentes fluctuations du cours de l’or sont perçues par certains comme un signe d’instabilité. Mais d’un point de vue historique, elles confirment plutôt le fonctionnement du marché.

La volatilité signifie que le marché traite activement différents signaux. Allant des chiffres de l’inflation et des prévisions de taux d’intérêt aux développements géopolitiques et aux taux de change. En ce sens, la volatilité n’est pas un problème, mais un signe de dynamisme.

De plus, ces fluctuations contribuent à éviter la sous-évaluation. Les marchés qui ne font que monter sans corrections courent le risque de s’effondrer soudainement. Les fluctuations permettent aux prix de s’ajuster aux nouvelles informations et à des anticipations réalistes.

Pour les investisseurs à long terme, ces fluctuations peuvent même offrir des opportunités. Les corrections créent des occasions d’entrée sur le marché, tandis que les hausses génèrent des rendements.

Évolution

La comparaison entre le marché actuel de l’or et les années 1970 est séduisante, mais finalement limitée. Il existe des similitudes en termes d’inflation et d’incertitude géopolitique, mais le contexte économique et financier actuel est bien plus complexe.

Ce qui reste toutefois inchangé, c’est le rôle de l’or en tant que valeur refuge et protection contre l’incertitude. La volatilité récente du marché n’est donc pas une raison de paniquer.

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