Principaux renseignements
- Xi Jinping cherche à positionner la Chine comme la première superpuissance mondiale en stabilisant l’économie nationale et en stimulant le progrès technologique.
- La Chine mise sur une hausse des dépenses de consommation, les investissements étrangers et la suprématie technologique pour stimuler sa croissance future.
- Si la technologie est le moteur de croissance, la Chine doit renforcer la confiance et les dépenses des consommateurs pour garantir un développement durable.
Le rassemblement politique annuel de la Chine, l’Assemblée populaire nationale (APN), touche à sa fin, laissant entrevoir les priorités de la deuxième économie mondiale. La BBC en fait le point et en propose une analyse.
Un parlement fantoche
Bien que l’APN dispose officiellement d’une autorité importante, notamment en matière d’élaboration des lois et d’approbation du budget, elle fonctionne en grande partie comme un parlement fantoche, approuvant les décisions prises par les dirigeants du Parti communiste chinois.
L’objectif premier de Xi Jinping est de positionner la Chine comme la première superpuissance mondiale. Cette ambition repose sur sa capacité à gérer les complexités de l’économie chinoise dans un monde turbulent marqué par un président américain imprévisible et une instabilité géopolitique.
Encourager les dépenses
Les politiques économiques de Xi visent à stabiliser une économie nationale chancelante en encourageant l’augmentation des dépenses de consommation. Parallèlement, sa volonté d’atteindre la suprématie technologique vise à faire de la Chine un leader mondial en matière d’innovation, afin d’attirer les investissements et les partenariats.
En outre, l’intérêt croissant de la Chine pour la production d’énergies renouvelables témoigne d’une volonté d’autonomie et de réduction de la dépendance vis-à-vis des importations de pétrole et de gaz.
Images contrastées
Le déroulement méticuleusement chorégraphié de l’APN, des mouvements synchronisés des délégués à la précision exercée de l’orchestre, contraste fortement avec l’atmosphère volatile qui règne à la Maison Blanche.
Le Parti communiste chinois se présente comme un modèle de stabilité et de prévisibilité, axé sur la croissance économique et le développement futur.
Naviguer entre géopolitique changeante
La confiance de Xi découle de la manière dont la Chine a su naviguer dans la guerre commerciale avec les États-Unis, qui a finalement abouti à une trêve. La domination économique croissante de la Chine attire de nouveau d’anciens partenaires commerciaux hésitants, comme le Royaume-Uni et le Canada.
L’évolution du paysage géopolitique pourrait créer des opportunités pour la Chine de s’élever alors que son rival à Washington est aux prises avec des défis internes. Cependant, Xi reconnaît l’importance de surmonter les obstacles économiques propres à la Chine dans les années à venir.
La technologie comme impératif stratégique
La technologie et l’innovation sont au cœur de la prochaine phase de croissance économique de la Chine, comme le souligne le 15e plan quinquennal. Cette feuille de route met l’accent sur les avancées scientifiques et l’intégration de l’intelligence artificielle (IA) dans divers secteurs.
La technologie n’est plus considérée uniquement comme un moteur économique, mais aussi comme un impératif stratégique, en particulier dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis. Les dépenses de recherche et développement dans le domaine technologique devraient augmenter d’environ 7 pour cent, avec un plan « IA+ » visant à intégrer l’IA dans la fabrication, la logistique, les soins de santé et l’éducation.
Investir dans l’avenir
La Chine investit massivement tant dans des secteurs high-tech traditionnels tels que les semi-conducteurs, la robotique et la biotechnologie que dans des domaines de pointe comme l’informatique quantique, la 6G et les interfaces cerveau-ordinateur.
Pendant des décennies, la croissance de la Chine a été alimentée par le développement immobilier et infrastructurel. Aujourd’hui, les décideurs politiques se concentrent davantage sur la technologie et le progrès industriel. Avec un objectif de croissance du PIB de 4,5 à 5 pour cent, le plus bas depuis 1991, on prévoit une expansion plus lente mais plus durable.
Les défis d’une croissance durable
Les analystes préviennent que ce plan pourrait rencontrer des difficultés si les dépenses de consommation n’augmentent pas. La demande des consommateurs en Chine reste relativement faible par rapport à d’autres grandes économies, et le ralentissement du marché immobilier a érodé la confiance et la richesse des consommateurs.
Pour y remédier, le gouvernement prévoit de développer les services de garde d’enfants et de soins aux personnes âgées, de mettre en œuvre des congés payés et d’appliquer d’autres mesures visant à alléger les pressions financières et à encourager les dépenses.
Risques lié
En outre, les dirigeants ont indiqué leur volonté d’emprunter davantage pour financer des projets d’infrastructure, de protection sociale et industriels, s’écartant ainsi des préoccupations antérieures concernant l’augmentation du niveau d’endettement.
Cependant, les investissements soutenus par l’État comportent des risques. La surcapacité dans des secteurs tels que celui des véhicules électriques a déjà suscité des critiques, entraînant des guerres de prix au niveau national et des tensions commerciales au niveau international.
La consommation intérieure comme moteur de croissance
Les experts avertissent que la technologie seule ne peut garantir la croissance de haute qualité souhaitée par Pékin si les dépenses de consommation restent modérées. Pour l’instant, Pékin semble convaincu que l’IA, les industries émergentes et l’innovation peuvent stimuler l’économie. Mais en fin de compte, le succès dépendra de la sécurité financière des ménages chinois ordinaires, qui devront se sentir suffisamment en confiance pour augmenter leurs dépenses.
Depuis des années, les économistes exhortent la Chine à renforcer la viabilité à long terme de son économie en stimulant la consommation intérieure et en réduisant sa dépendance à l’égard des exportations. C’est pourquoi l’engagement pris par les dirigeants de l’APN de « stimuler vigoureusement la demande des consommateurs » est une bonne nouvelle. Cependant, de nombreux analystes s’interrogent sur l’efficacité des mesures proposées.
Dépenses prudentes
Les consommateurs chinois privilégient traditionnellement l’épargne plutôt que la consommation. Avec la baisse de la valeur des biens immobiliers et le taux de chômage élevé chez les jeunes, leur réticence à dépenser s’est intensifiée. L’augmentation des revenus pourrait être une stratégie clé pour encourager les dépenses de consommation. Si le porte-parole de l’APN, Lou Qinjian, a évoqué des projets en ce sens, il n’a toutefois fourni aucune précision.
Une mesure concrète annoncée est l’augmentation des dépenses publiques consacrées à la garde d’enfants, ce qui pourrait libérer du revenu disponible pour les achats des ménages. Les pensions minimales des habitants ruraux et des citadins sans emploi ont été augmentées, mais la maigre hausse de 3 dollars (2,6 euros) par mois a été accueillie par des moqueries sur les réseaux sociaux chinois.
Incertitude sur la mise en œuvre
La plupart des mesures annoncées, telles que l’aide au logement pour les couples mariés pour la première fois, l’amélioration des congés parentaux et les programmes de reprise des appareils électroménagers, ne s’accompagnaient pas de plans de mise en œuvre détaillés. Les responsables pourraient faire valoir que l’APN fixe l’orientation générale, les détails spécifiques concernant l’aide au budget des ménages devant suivre.
Cependant, l’absence de plans concrets rend difficile l’évaluation de l’impact potentiel de ces mesures sur les dépenses de consommation.
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