La Belgique devient une plaque tournante du commerce illicite du tabac


Principaux renseignements

  • L’industrie du tabac blame la contrefaçon pour la hausse des ventes illégales au lieu de reconnaître son surapprovisionnement sur les marchés faiblement taxés.
  • En Belgique, ce n’est pas la contrefaçon mais le surapprovisionnement volontaire de pays à bas coûts comme la Bulgarie et le Luxembourg qui alimente le marché noir.
  • L’UE doit mettre en place un système de traçabilité indépendant et des quotas de livraison pour limiter l’influence de l’industrie et protéger la santé publique.

La Belgique est devenue un point central du marché européen du tabac illicite en pleine expansion, relançant un débat familier entre les défenseurs de la santé publique et les fabricants de tabac sur les causes profondes de ce problème. C’est ce qu’écrit The Brussels Times après une enquête.

L’industrie du tabac

L’industrie du tabac affirme que l’augmentation des ventes illégales de cigarettes démontre l’échec des taxes plus élevées et des réglementations plus strictes. Elle cite souvent des statistiques issues de recherches financées par l’industrie pour étayer son argumentation, en mettant l’accent sur les cigarettes contrefaites produites dans le pays comme principal facteur. Les experts en santé publique offrent toutefois un point de vue différent. Selon Sciensano, la prévalence du tabagisme en Belgique a considérablement diminué au fil du temps, passant de 28,5 pour cent en 2001 à 17,6 pour cent en 2024. Leurs études suggèrent que les produits contrefaits ne constituent pas la principale réponse des fumeurs à la hausse des prix des cigarettes.

La situation de la Belgique reflète une lutte plus large au sein de l’UE contre le tabac illicite. L’industrie utilise souvent des discours qui détournent l’attention de son propre rôle dans le maintien de ce marché. Alors que l’UE révise la directive sur les accises applicables aux produits du tabac (TED) et la directive sur les produits du tabac (TPD), les décideurs politiques doivent résister aux efforts de lobbying visant à affaiblir les réformes. Ils doivent donner la priorité aux mesures conformes à la Convention cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte antitabac, qui vise à renforcer la lutte contre le commerce illicite tout en faisant progresser les objectifs de la Commission en matière de lutte contre le tabagisme.

Des tactiques familières

L’essor du marché européen du tabac illicite a incité les grands fabricants de tabac à recourir à des tactiques familières. Ils amplifient les allégations concernant une prétendue crise généralisée de la contrefaçon afin d’influencer les discussions politiques. Par exemple, les données de Philip Morris International suggèrent que 33 pour cent des cigarettes consommées en France sont illégales, avec des pourcentages similaires signalés pour d’autres pays européens. Cependant, ces chiffres masquent la dynamique complexe mise en place par l’industrie du tabac pour soutenir ce marché.

Les recherches menées par Sciensano sur le marché belge remettent en question le discours de l’industrie. L’agence met l’accent sur le « tourisme du tabac » organisé vers le Luxembourg, où des droits d’accise nettement inférieurs attirent les acheteurs transfrontaliers. Les fabricants suralimentent également délibérément le marché luxembourgeois au-delà de la consommation intérieure, créant ainsi un excédent de produits qui se déverse dans les pays voisins où les taxes sont plus élevées.

En 2024, le Luxembourg n’a consommé qu’une fraction des quelque cinq milliards de cigarettes fournies à son marché, laissant environ 88 pour cent à la distribution illicite en France, en Allemagne et en Belgique. La Bulgarie, autre pays de l’UE où les prix des cigarettes sont les plus bas, est depuis longtemps une source importante du commerce illicite en Belgique.

Produits contrefaits

Il est important de noter que les produits contrefaits ne représentent qu’un très faible pourcentage de ce commerce illicite en Belgique, la majorité provenant de pays à bas prix comme la Bulgarie et le Luxembourg. Cela met en évidence le rôle de l’offre excédentaire délibérée de l’industrie et des écarts de prix considérables au sein de l’UE, que la révision de la TPD vise à corriger en augmentant les seuils fiscaux minimaux.

Au-delà de l’augmentation des droits d’accise sur les cigarettes et les nouveaux produits tels que les cigarettes électroniques et le tabac chauffé, la Commission devrait mettre en place un mécanisme de quotas par pays dans le cadre de la révision de la TPD. Un tel système, explicitement requis par le Protocole de la CCLAT visant à éliminer le commerce illicite des produits du tabac, réglementerait les livraisons des fabricants en fonction de la consommation nationale réelle.

À la tête des efforts nationaux

À la tête de cet effort national, le député français Frédéric Valletoux a présenté une résolution adoptée à l’unanimité par l’Assemblée nationale française, appelant à la mise en œuvre de quotas de livraison par pays et d’un système de traçabilité du tabac véritablement indépendant au niveau de l’UE.

Face à un regain d’élan en faveur de la lutte antitabac, l’industrie du tabac déploie diverses tactiques pour ralentir les réformes. Tirant parti de ses liens économiques avec des États membres tels que l’Italie, la Roumanie et la Bulgarie, l’industrie a cherché à obtenir un soutien en faveur d’une révision moins ambitieuse de la TED. Cette influence a été particulièrement visible sous la présidence chypriote actuelle du Conseil de l’UE.

Ce schéma reprend les efforts fructueux de l’industrie pour affaiblir la TPD de 2014, qui a abouti à un système de traçabilité peu efficace, étroitement lié aux fabricants. Des opérateurs tels que Dentsu Tracking et Inexto ont exercé une influence indue sur ce système, qui menace leurs profits issus du commerce illicite.

Un besoin d’indépendance

Après avoir compté pendant des années sur un cadre inefficace alors que le commerce illicite se développait, l’UE a besoin de toute urgence d’un régime véritablement indépendant. Associé à l’harmonisation fiscale et aux quotas de livraison, celui-ci permettra de protéger la santé publique et de récupérer des milliards de recettes perdues chaque année.

Le Royaume-Uni a pris une mesure positive en introduisant un système de traçabilité distinct et indépendant pour les produits de vapotage. Ce modèle conforme au protocole de l’OMS combine des timbres fiscaux avancés et la technologie numérique, et a déjà été déployé avec succès dans d’autres pays. L’UE devrait s’inspirer de ce modèle pour réviser la TPD afin d’introduire un système indépendant pour les produits de nouvelle génération.

Le débat sur le tabac illicite en Europe est un test de volonté politique à un moment crucial pour la politique de santé publique. L’expérience de la Belgique montre comment des données sélectives et la propagande de l’industrie peuvent fausser le débat. Les dirigeants de l’UE doivent résister à l’affaiblissement des réformes et donner la priorité à des mesures ambitieuses alignées sur les objectifs mondiaux en matière de santé.

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