Principaux renseignements
- L’Inde renforce ses liens énergétiques avec les Émirats arabes unis grâce au GNL et à l’énergie nucléaire, tout en conservant le contrôle de sa propre stratégie.
- Malgré la menace de sanctions, l’Inde continue d’acheter de grandes quantités de pétrole russe.
- Grâce à une combinaison d’énergie nucléaire, de GNL, de sources renouvelables et de charbon, l’Inde construit un système énergétique résilient capable d’absorber les chocs.
L’Inde est en passe de devenir un acteur déterminant sur les marchés mondiaux de l’énergie, non seulement en raison de son volume, mais aussi grâce à une stratégie réfléchie qui cherche à trouver un équilibre entre les impératifs économiques, les pressions géopolitiques et la diversification technologique. Confrontée à une forte augmentation de la demande intérieure et à une attention internationale croissante, l’Inde s’efforce activement de sécuriser son approvisionnement, de couvrir les risques et d’établir des relations institutionnelles pour les décennies à venir qui vont bien au-delà du commerce des matières premières.
Diversification stratégique
Les achats énergétiques de l’Inde reflètent une stratégie mûrement réfléchie de liens institutionnels et de gestion des risques. Tout en bénéficiant de remises sur le pétrole brut russe, le pays conclut parallèlement des accords de coopération à long terme dans les domaines du GNL et du nucléaire avec les Émirats arabes unis. Cette combinaison de mesures permet à l’Inde de faire face à la pression des sanctions, aux menaces politiques et aux éventuelles perturbations de l’approvisionnement sans compromettre sa trajectoire de croissance globale.
Les marchés mondiaux de l’énergie sont passés de transactions sur le marché spot à des contrats à long terme institutionnalisés, créant ainsi des dépendances qui transcendent les cycles politiques. Dans ce contexte, l’Inde gère son portefeuille énergétique comme un fonds d’investissement sophistiqué : elle recherche un équilibre entre les avantages en termes de prix, la stabilité de l’approvisionnement, les risques politiques et les options stratégiques.
La coopération énergétique dans le Golfe va au-delà du pétrole et du gaz
La récente visite du président des Émirats arabes unis, le cheikh Mohamed bin Zayed Al Nahyan, en Inde a renforcé cette stratégie. De nouveaux accords avec Adnoc garantissent 1,7 million de tonnes de GNL par an sur la base de contrats d’une durée maximale de 15 ans, pour une valeur totale de 10 à 12 milliards de dollars (8,5 à 10,2 milliards d’euros). Ces accords institutionnalisent la relation, garantissent un approvisionnement stable et prévisible, tout en intégrant la technologie et la réglementation grâce à la coopération nucléaire.
La loi indienne SHANTI permet la participation du secteur privé et les collaborations étrangères dans le domaine de l’énergie nucléaire et soutient à la fois les petits réacteurs modulaires et les centrales conventionnelles plus grandes. L’expérience des Émirats arabes unis avec la centrale nucléaire de Barakah positionne le pays comme un partenaire technologique fiable, créant une dépendance de plusieurs décennies qui complète les contrats de GNL et garantit la charge de base à faible teneur en carbone de l’Inde. Pour les Émirats arabes unis, ces accords restent pertinents dans un paysage énergétique mondial qui passe progressivement des hydrocarbures à d’autres sources d’énergie.
Achat de pétrole brut russe malgré les pressions politiques et les sanctions
Pendant ce temps, l’Inde continue d’acheter des quantités importantes de pétrole brut russe, malgré les menaces de sanctions américaines et les propositions de pénalités pouvant atteindre 500 pour cent émanant des législateurs républicains. Les raffineries privées, dont Reliance Industries, ont réduit leurs achats pour répondre à la pression immédiate du marché et des actionnaires, tandis que les raffineries publiques indiennes (Indian Oil Corporation, Bharat Petroleum Corporation Limited, Hindustan Petroleum Corporation Limited) maintiennent leurs importations par l’intermédiaire de négociants non sanctionnés et de contrats à long terme.
Cette approche variée montre la finesse stratégique de l’Inde : elle réduit l’exposition politique tout en préservant la continuité économique et opérationnelle, ce qui témoigne d’une compréhension avancée de l’interaction entre les risques de sanctions, la sécurité d’approvisionnement et la demande énergétique intérieure.
Demande énergétique et transition vers des énergies propres
La consommation énergétique de l’Inde devrait représenter la majeure partie de la croissance mondiale de la demande de pétrole au cours des prochaines décennies. L’Agence internationale de l’énergie (AIE) prévoit une croissance annuelle de la demande énergétique de 3 pour cent jusqu’en 2035, soit la croissance la plus rapide au monde. Environ la moitié de la nouvelle demande mondiale de pétrole en 2035 pourrait provenir de l’Inde, faisant de la sécurité énergétique une nécessité macroéconomique plutôt qu’une simple question d’approvisionnement.
Pourtant, l’Inde ne mise pas uniquement sur les hydrocarbures. La première baisse enregistrée de la consommation de charbon en plus de 50 ans, combinée à une croissance rapide des énergies renouvelables, indique un changement structurel vers un mix énergétique diversifié et à faible teneur en carbone. L’énergie nucléaire, le GNL, les énergies renouvelables et le charbon constituent ensemble un portefeuille énergétique résilient et diversifié, capable de faire face aux chocs géopolitiques et à la volatilité des marchés. Le charbon reste indispensable à la stabilité de la charge de base, en particulier dans un contexte de hausse de la demande d’électricité, avec une consommation prévue de 1,5 milliard de tonnes en 2030.
Complexité stratégique
L’approche de l’Inde montre que la complexité stratégique est en soi un avantage concurrentiel. En entretenant des relations avec différentes parties géopolitiques – partenaires du Golfe, fournisseurs russes et secteurs nationaux du charbon et des énergies renouvelables –, l’Inde se crée des options qui lui offrent une flexibilité en matière d’approvisionnement, de négociation des prix et d’intégration technologique.
Cette stratégie façonne également les marchés mondiaux. La réduction des approvisionnements en pétrole brut russe vers l’Inde entraîne un détournement des volumes vers la Chine et la Turquie, ce qui a des répercussions sur la fixation des prix régionaux, la logistique du transport et les stratégies d’investissement dans les secteurs du GNL et du nucléaire. De leur côté, les producteurs du Golfe renforcent leurs partenariats à long terme par le transfert de technologies et la coopération institutionnelle, plutôt que de se fier uniquement à l’exportation de matières premières.
Un exemple pour les marchés émergents
Le portefeuille énergétique de l’Inde sert de modèle à d’autres économies émergentes. Ses principes fondamentaux sont notamment les suivants :
- Diversification de l’approvisionnement entre plusieurs régions, systèmes politiques et sources d’énergie ;
- Intégration technologique, allant de l’énergie nucléaire au GNL, en passant par les énergies renouvelables et la production d’énergie conventionnelle ;
- Flexibilité contractuelle permettant d’adapter les achats en fonction des sanctions, des tarifs ou des chocs du marché ;
- Renforcement des capacités nationales, réduisant ainsi la dépendance à long terme vis-à-vis des importations.
En résumé, la stratégie énergétique de l’Inde maximise l’efficacité économique tout en garantissant l’autonomie stratégique, ce qui permet au pays de croître rapidement sans s’exposer de manière excessive à un paysage énergétique mondial fragmenté et politisé.
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