Zelensky: « L’Afrique est tenue en étau par l’invasion russe »

L’Afrique est prise en otage par l’invasion russe de l’Ukraine, qui entraîne une hausse catastrophique des prix des denrées alimentaires. C’est ce que le président ukrainien Volodymyr Zelensky a déclaré lundi aux représentants de l’Union africaine lors d’un discours à huis clos.

Le président ukrainien a dû faire de gros efforts pour s’adresser à l’Union africaine (UA), dont beaucoup de membres ont des liens étroits avec la Russie et ne soutiennent pas les sanctions de l’Occident. « Ils essaient de vous utiliser, vous et la souffrance du peuple, pour faire pression sur les démocraties qui ont imposé des sanctions à la Russie », a déclaré Zelensky.

Lors de son discours, le président a fait la comparaison entre un otage et un preneur d’otages, l’Afrique étant fermement tenue en étau par une famine, qui est en partie le résultat de l’agression russe.

Les liens entre Moscou et l’Afrique s’affaiblissent

Les dirigeants de l’UA ont récemment rencontré le président russe Vladimir Poutine, qui a affirmé que les sanctions occidentales étaient responsables de la crise alimentaire du continent. Les dirigeants européens, ainsi que l’Ukraine, s’efforcent donc de les convaincre que ce n’est pas l’Occident, mais la Russie, qui est responsable des pénuries de blé et d’huile. En soulignant cela, Zelensky tente aissi, avec l’Occident, d’affaiblir les liens entre Moscou et l’Afrique, ainsi que de la flambée des prix des denrées alimentaires et des carburants sur le continent africain.

Lundi encore, le commissaire européen Josep Borrell a déclaré que le blocus des exportations ukrainiennes par la Russie constituait un « crime de guerre ». Il a ajouté qu’il s’agissait d’une « tentative délibérée » du Kremlin de créer la faim dans le monde, qui en profitait pour pointer l’Occident du doigt.

La réaction officielle de l’UA au discours de Zelensky est restée discrète. Le président de la Commission, de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, a indiqué sur Twitter que les pays africains avaient « réitéré la position de l’UA et la nécessité d’un dialogue urgent pour mettre fin au conflit ».

Deuxième tentative

L’Ukraine fera une deuxième tentative dans le courant de la semaine lorsque son ministre des Affaires étrangères s’adressera aux journalistes africains lors d’une réunion d’information organisée par les États-Unis. Il y discutera de la manière dont « l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie affecte la sécurité alimentaire sur le continent africain ».

L’Union européenne a également écrit à tous les ministres africains des Affaires étrangères pour leur expliquer que ses sanctions contre la Russie n’étaient pas responsables de la crise alimentaire mondiale qui se profile. D’ailleurs, l’UE n’a pas imposé d’interdiction sur l’exportation de denrées alimentaires ou d’engrais russes vers des pays extérieurs à l’Union.

Au début du mois, le président de l’UA, Macky Sall, a déclaré au président russe Vladimir Poutine que les combats en Ukraine et les sanctions occidentales avaient exacerbé les pénuries alimentaires.

Une famine impitoyable

Pendant ce temps, des millions de personnes dans la Corne de l’Afrique, notamment en Éthiopie et en Somalie, luttent pour trouver de la nourriture ou même une aide humanitaire. Et tout cela au milieu d’une sécheresse historique. Selon AP, des centaines de personnes sont mortes cette année rien qu’à cause de cette insoutenable famine. Sur le continent, les prix des produits de base tels que le blé et l’huile de cuisson s’envolent également.

La guerre enclenchée par la Russie a empêché quelque 20 millions de tonnes de céréales ukrainiennes d’atteindre le Moyen-Orient, l’Afrique du Nord et certaines régions d’Asie. En outre, les catastrophes liées au climat s’accélèrent en Afrique, où l’on observe de graves sécheresses.

« Nous savons avec certitude que le nombre de décès augmentera bien au-delà de 2023 », a déclaré Sean Jones, directeur de la mission de l’USAID en Éthiopie.

(OD)

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