Vestager a encore frappé : 4,3 milliards d’euros d’amende pour Google

La Commission européenne, et plus précisément Margrethe Vestager, la Commissaire en charge de la concurrence, a encore frappé : Google vient de se voir infliger une amende monstre de 4,3 milliards d’euros pour abus de position dominante avec son système d’exploitation pour smartphones et tablettes, Android.

Google est accusé d’avoir contraint les fabricants de smartphones et tablettes fonctionnant grâce à ce système d’exploitation de pré-installer son propre moteur de recherche, Google Search, et son navigateur, Google Chrome, sur ces appareils. Google aurait par exemple conditionné leur accès à son Google Play Store à leur soumission à cette injonction.

75 % des smartphones européens fonctionnent sur le système d’exploitation Android

Google versait également des primes aux opérateurs de réseau mobile et aux fabricants d’appareils s’ils pré-installaient le moteur de recherche en lieu et place de tout autre service concurrent sur les appareils vendus aux consommateurs, une pratique qui nuisait à la concurrence loyale.

Selon la Commission européenne, ces méthodes ont donné un avantage à Google au moment même où les consommateurs adoptaient en masse les gadgets mobiles, tout en réduisant les possibilités de choix des consommateurs européens. 75 % des smartphones européens fonctionnent sur le système d’exploitation Android.

Selon Vestager, Google a forcé les fabricants de gadgets à imposer Google aux consommateurs

Selon Vestager, Google a imposé des conditions illégales aux fabricants d’appareils Android « pour s’assurer que le trafic sur les appareils Android allait au moteur de recherche Google ». Ainsi, « Google a utilisé Android pour cimenter la domination de son moteur de recherche » et ses pratiques “ont privé ses concurrents de la possibilité d’innover et de le concurrencer.”

Elle explique que l’enquête de la Commission a révélé qu’en 2016, 95 % des recherches effectuées sur un gadget mobile ont été lancées à partir d’une application de recherche Google, lorsque ces applications avaient été installées par défaut sur les appareils en question. En revanche, ce chiffre chutait à 25 % sur les appareils tournant sur le système d’exploitation Windows, où le moteur de recherche de Google n’était pas systématiquement pré-installé. “Les éléments montrent que la grande majorité des utilisateurs utilisent tout simplement ce qui est livré avec leur appareil et ne téléchargent pas d’application concurrente”, conclut Vestager.

Google dispose d’un délai de 90 jours pour se mettre en conformité. Au terme de ce délai, la Commission contrôlera que la firme a bien fait le nécessaire dans ce sens. Si ce n’est pas le cas, Google encourra une pénalité pouvant atteindre jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires mondial moyen d’Alphabet, sa société-mère.

Google soutient que la Commission comprend mal le comportement des consommateurs et qu’elle n’a pas bien défini le marché, en excluant Apple comme concurrent. Sundar Pichai, directeur général, argue que la décision « rejette le business-model sous-jacent à Android » et qu’elle « ne prend pas en compte les éléments qui montrent clairement la manière dont les gens utilisent leurs téléphones aujourd’hui ». Cette décision envoie “un signal troublant en faveur des systèmes propriétaires sur des plateformes ouvertes”, précise-t-il dans un billet de blog de la firme.

Des entreprises soutiennent Google

Certaines entreprises ont exprimé leur satisfaction. C’est le cas de FairSearch, un groupe de sociétés technologiques parmi lesquelles on trouve Oracle et Naspers, un géant du commerce électronique sud-africain, et qui a été le premier à déposer une plainte officielle fin 2013 contre Android auprès de la Commission. L’un de ses avoués a déclaré qu’il s’agissait d’une « étape importante pour discipliner le comportement abusif de Google”.

D’autres, en revanche, ne partagent pas cet avis. Ian Rumac, un développeur d’applications en Croatie, estime que si les fabricants de smartphones développaient leurs propres systèmes d’exploitation, potentiellement incompatibles entre eux, il serait pratiquement impossible pour les plus petites entreprises de créer des applications distinctes pour ces systèmes d’exploitation mobiles concurrents : “Android de Google est le plus pratique. Y mettre fin ruinerait la concurrence, parce qu’il faudrait développer des applications différentes pour chaque store”.

Au total, la Commission aura infligé 6,7 milliards d’euros d’amende en un peu plus d’un an

C’est la deuxième amende monstre dont écope Google sur une période d’un peu plus d’un an. En juin 2017, le géant de l’internet américain s’était déjà vu infliger une amende de 2,42 milliards d’euros.