Pendant longtemps, le dollar a été intouchable dans le monde des devises. Ces derniers mois, cependant, l’euro a rattrapé son retard. La monnaie européenne pourrait prendre un bon départ en 2023. Pour la fin de l’année, les perspectives sont moins brillantes.
Le chiffre préliminaire de l’inflation dans la zone euro pour le mois de décembre sera publié aujourd’hui. Il sera très intéressant de voir si ce taux se situe juste au niveau ou en dessous de 10%. Pour la politique de la Banque centrale européenne (BCE), par contre, cela ne changera pas grand chose. Dans les derniers mois de l’année, sa présidente Christine Lagarde n’a manqué aucune occasion de souligner qu’elle mettait tout en œuvre pour ramener l’inflation vers un niveau de 2% à moyen terme.
Le président de la banque centrale lettone, Mārtiņš Kazāks, en tant que membre du conseil des gouverneurs de la BCE, a jeté un peu plus d’huile sur le feu juste après le début de l’année. Il a déclaré que les taux d’intérêt seront sensiblement relevés en février et en mars. La communauté financière s’attendait déjà à deux hausses de taux d’intérêt de 0,5% au cours des premiers mois de 2023. Les derniers doutes à ce sujet sont désormais largement levés.
L’esprit de décision
L’assurance de la BCE contraste fortement avec les doutes qu’elle avait exprimés il y a douze mois. À l’époque, l’inflation était considérée comme un effet temporaire de la pandémie. Au cours du premier semestre de l’année, la banque n’a guère fait plus qu’annuler les mesures de relance. Rétrospectivement, il semble que ces politiques aient en fait un peu trop alimenté le feu de la croissance économique et surtout de l’inflation.
Il y a fort à parier que dans 12 mois, il apparaîtra douloureusement que la BCE a non seulement réagi trop tard à l’inflation galopante, mais qu’elle a également fait marche arrière trop tard alors que cette inflation avait déjà atteint son point culminant. Les prix du pétrole, par exemple, sont plus bas qu’il y a un an, lorsque que la grande hausse des prix n’était pas encore arrivée. La manière dont les prix de l’énergie se répercutent sur le coût de toutes sortes de produits et de services laisse penser que l’inflation pourrait connaître une solide baisse dans les mois à venir.
Le point de bascule de l’euro
Sur les marchés des devises, pour le moment, la politique agressive de la BCE constitue un solide vent favorable pour l’euro. Il a rebondi de 10% par rapport au dollar depuis la dernière semaine de septembre. Il y a un an, la monnaie américaine avait elle aussi bénéficié des hausses de taux d’intérêt de la Réserve fédérale.
Après un départ en fanfare, le dollar a perdu beaucoup de son éclat depuis l’automne, lorsqu’il est apparu clairement que la Fed retirait prudemment son pied de l’accélérateur des taux d’intérêt. S’il s’avère dans quelques mois que la BCE va faire de même – ou que l’économie européenne se refroidit plus vite que prévu – le monde des devises pourrait connaître une situation inverse par rapport à l’année dernière.
RVW
Joost Derks est un spécialiste des devises chez iBanFirst. Cette chronique reflète son opinion personnelle et ne constitue pas un conseil professionnel d’investissement.