En 2026, l’espace devient explicitement un domaine de puissance militaire. Les grandes puissances ne développent plus leurs réseaux satellitaires uniquement à des fins de communication et de navigation, mais se préparent activement à des conflits dans l’espace et par l’espace.
Les États-Unis, l’Europe, la Chine et la Russie investissent dans des capacités visant à perturber ou neutraliser les systèmes adverses, tout en protégeant leurs propres satellites et réseaux contre les attaques et les pannes. La space warfare prend ainsi une nouvelle dimension et s’impose comme un élément central de la concurrence stratégique entre les grandes puissances.
La Chine en route vers la domination
Les activités spatiales de la Chine sont depuis longtemps guidées par une vision stratégique définie par Xi Jinping, qui vise à assurer le leadership mondial en matière de technologie et de puissance militaire d’ici 2049. L’Armée populaire de libération (PLA) joue un rôle clé à cet égard et est explicitement préparée à des opérations et des combats dans l’espace. Le gouvernement chinois a fait appel à des entreprises publiques, des institutions universitaires et des réseaux de recherche strictement contrôlés pour accélérer son programme spatial, à l’instar du succès remporté précédemment par le pays dans la construction du plus grand écosystème mondial de construction navale.
À la mi-2025, la Chine avait lancé plus de 1 000 satellites opérationnels, dont beaucoup étaient destinés au renseignement, à la surveillance et à la reconnaissance, ainsi que des constellations expérimentales visant à obtenir un avantage stratégique en orbite autour de la Terre. Parmi ceux-ci figurent la constellation « Guowang », qui prévoit plus de 13 000 satellites, et la constellation « Qianfan », qui en compte 15 000. Ces programmes s’inscrivent dans le cadre d’une stratégie à long terme rigoureusement contrôlée par le gouvernement chinois, qui permet à la Chine de se concentrer à la fois sur ses capacités spatiales civiles et militaires.
Les satellites chinois effectuent déjà des manœuvres agressives, notamment des changements d’orbite coordonnés et des opérations de proximité, des pratiques qui simulent des conditions de combat et entraînent les opérateurs à la guerre spatiale. Les observateurs notent que ces manœuvres, bien qu’elles réduisent la durée de vie des satellites en raison de leur forte consommation d’énergie, démontrent à la fois la capacité et l’intention. La PLA se prépare à un futur conflit spatial en testant des tactiques et procédures visant à exploiter les vulnérabilités des systèmes américains et alliés.
Les menaces croissantes de la Russie
La Russie mise sur une série de capacités spatiales perturbatrices et potentiellement dévastatrices. Outre les armes antisatellites conventionnelles (ASAT), des rapports suggèrent que Moscou pourrait mener des recherches sur des satellites nucléaires capables de détruire des infrastructures civiles et militaires importantes en orbite basse, moyenne et géostationnaire.
Des informations récentes indiquent que la Russie pourrait développer une arme à « effet de zone » conçue pour neutraliser plusieurs satellites à la fois, en particulier les constellations commerciales en orbite basse telles que Starlink de SpaceX, en dispersant des nuages de projectiles denses en orbite autour de la Terre. Bien que les experts débattent de la faisabilité et des risques d’un tel système, celui-ci illustre l’approche plus large de Moscou : utiliser des capacités asymétriques pour perturber les réseaux spatiaux des États-Unis et de leurs alliés, qui se sont révélés cruciaux dans des conflits comme celui en Ukraine.
Le programme ASAT nucléaire potentiel de la Russie, mis en évidence par des satellites tels que Cosmos 2553, reste une menace préoccupante à long terme. Les explosions dans l’espace peuvent provoquer d’énormes champs de débris, des radiations et des impulsions électromagnétiques, endommageant gravement les systèmes satellitaires et pouvant entraîner une escalade sur Terre. Même sans armes nucléaires, les technologies coorbitales cinétiques et non cinétiques, notamment les interférences, les cyberattaques, les intercepteurs à décollage direct et les lasers aveuglants, constituent une menace quotidienne constante pour les ressources spatiales occidentales.
La puissance spatiale américaine étend son influence
En réponse à cela, la Space Force américaine poursuit une stratégie globale de modernisation et de résilience. La publication de Space Warfighting: A Framework for Planners en avril 2025 a officialisé le passage à des opérations spatiales offensives et défensives et souligné que le contrôle de l’espace est fondamental pour l’efficacité des forces armées interarmées et la sécurité intérieure.
Les principales capacités des États-Unis en 2026 comprennent :
- Alerte et suivi des missiles : des systèmes tels que SBIRS et NGOPIR assurent une détection quasi instantanée des menaces balistiques et hypersoniques.
- Communications sécurisées et systèmes de positionnement, navigation et chronométrage (PNT) : des satellites EHF avancés et un GPS militaire avec code M anti-brouillage permettent un commandement et un contrôle résilients.
- Conscience du domaine spatial : des satellites manœuvrables et des capteurs terrestres améliorés suivent les menaces potentielles, y compris les mouvements des satellites ennemis.
L’initiative « Race to Resilience » vise à renforcer ces systèmes contre le brouillage, les cyberattaques et les menaces liées à l’énergie ciblée. Plusieurs étapes importantes sont prévues pour 2026 : le déploiement de systèmes de défense antimissile pendant les phases de lancement et de vol suborbitale et orbitale, quatre démonstrations de maintenance spatiale pour le ravitaillement et la réparation de satellites, et la mise en service complète de la Commercial Augmentation Space Reserve afin de garantir l’accès aux réseaux de communication par satellite commerciaux en temps de guerre.
En outre, la formation et la simulation sont étendues via le Space Warfighter Operational Readiness Domain, un environnement virtuel distribué dans lequel le personnel de la Space Force peut s’entraîner à des opérations spatiales sensibles sur plusieurs sites.
Les capacités spatiales émergentes de l’Europe
L’Europe accélère ses efforts en matière d’autonomie stratégique, en mettant l’accent sur des capacités indépendantes en matière de renseignement, de communication et de résilience. En 2026, l’UE lancera le « Space Shield », conçu pour protéger et renforcer les ressources spatiales européennes. Le Fonds européen de défense soutient des études de faisabilité pour la maintenance dans l’espace et le développement de constellations ISR en orbite basse, renforçant ainsi la capacité de l’UE à fonctionner indépendamment des systèmes américains.
Certains pays européens réalisent des investissements importants :
- Allemagne : 35 milliards d’euros d’ici 2030 pour des constellations de satellites destinées à l’alerte précoce, à la reconnaissance et à la communication.
- France et Espagne : intensification des initiatives spatiales ISR et à double usage.
- Pologne : émergence d’une nouvelle contribution aux capacités spatiales européennes.
Ces programmes visent à créer des architectures redondantes et résilientes, capables de continuer à fonctionner sous la pression ennemie et de soutenir les opérations de la coalition alliée.
Implications stratégiques
La combinaison de ces tendances – les manœuvres orbitales et les constellations à grande échelle de la Chine, les satellites perturbateurs et potentiellement nucléaires de la Russie, la volonté américaine de mettre en place des architectures résilientes et la course à l’autonomie de l’Europe – créera un environnement spatial instable et potentiellement dangereux en 2026.
La supériorité spatiale reste un facteur déterminant pour les opérations conventionnelles et hybrides, mais des vulnérabilités subsistent. Des perturbations temporaires dues à des pannes ou à des cyberattaques, des explosions nucléaires ou des attaques cinétiques peuvent rendre les infrastructures spatiales militaires et civiles particulièrement vulnérables. Ainsi, les investissements américains et européens dans la résilience, la maintenance et les contre-mesures spatiales sont essentiels pour conserver un avantage stratégique.
2026 s’annonce comme une année clé, au cours de laquelle la Space Force américaine entend rendre opérationnelle la guerre spatiale totale, l’Europe affirmer son indépendance dans l’espace et les adversaires tester les limites des opérations spatiales agressives. Si l’on ne s’adapte pas, cela pourrait sérieusement limiter la liberté d’action dans l’espace, avec des conséquences sur les conflits terrestres et la sécurité internationale.
Suivez également Business AM sur Google Actualités
Si vous souhaitez accéder à tous les articles, abonnez-vous ici!

