Le résultat le plus probant de la visite de Xi Jinping en Russie est sans aucun doute l’acceptation par la Russie du renminbi comme devise principale pour ses réserves internationales et son commerce extérieur.
Si la Russie a adopté le renminbi, c’est avant tout parce qu’elle n’a pas le choix

Pourquoi est-ce important ?
Face à un monde ultra-dominé par le dollar, la Chine organise sa contre-attaque. Et Xi Jinping n'aura pas fait le déplacement pour rien. Le renminbi veut s'installer comme monnaie d'échange sur les marchés internationaux et la Russie va l'y aider. Mais Moscou n'a pas vraiment le choix.Dans l’actu : La Russie se dit prête à commercer avec d’autres pays à l’aide de la devise chinoise.
- Poutine veut que la Russie commerce en yuan non seulement avec des pays asiatiques, mais aussi avec des pays d’Afrique et d’Amérique latine.
- Plus de 50 banques russes proposent désormais des dépôts libellés en renminbi, souvent sous des noms tels que « Silk Way » et « Crescent Moon », avec des taux d’intérêt plus attrayants que des comptes libellés en dollar, révèle le Financial Times.
L’essentiel : une situation de dépendance.
- Si la Russie se tourne vers le renminbi, c’est d’abord parce qu’elle n’a pas le choix. Les sanctions occidentales ont gelé 300 milliards de dollars de ses actifs internationaux et les principales banques sont exclues des marchés mondiaux via le système Swift.
- La Russie se tourne naturellement vers son plus grand partenaire commercial : la Chine. Mais cela contraint Moscou à mettre tous ses œufs dans le même panier, entrainant une sino-dépendance. Si Pékin venait par exemple à décider de dévaluer sa monnaie du jour au lendemain, ce qui est déjà arrivé par le passé, les réserves russes diminueraient sans que la Russie ne puisse rien faire.
- Même au Kremlin, on craint que la Russie devienne une simple « colonie chinoise de ressources » fossiles, contrainte d’utiliser le yuan.
- Du côté de Pékin, par contre, c’est une opportunité parfaite. Dans sa guerre commerciale avec les États-Unis, toute aide est la bienvenue pour amoindrir le pouvoir du dollar. C’est aussi à cette aune que l’on doit voir le rapprochement diplomatique entre Pékin et Moscou : la Chine a besoin d’une Russie en un seul morceau pour atténuer la mainmise de Washington. Elle n’aidera pas la Russie à gagner la guerre, mais elle ne permettra probablement pas que la Russie la perde.
En chiffres : que représente le yuan dans le monde et en Russie ?
- Selon les données du FMI, le yuan n’est représenté que dans 2,8% des réserves monétaires mondiales. Loin derrière le dollar (59,8%), l’euro (19,7%), le yen (5,3%) et la livre sterling (4,6%).
- Mais il est un fait que la relation entre la Chine et la Russie a connu un pivot : le commerce bilatéral ayant atteint le chiffre record de 185 milliards de dollars en 2022.
- Avant l’invasion, plus de 60 % des paiements de la Russie pour ses exportations étaient effectués en « monnaies toxiques », comme les surnomment maintenant les autorités, telles que le dollar et l’euro, le renminbi représentant moins de 1 %.
- Aujourd’hui, les « monnaies toxiques » représentent moins de la moitié des exportations, le yuan bondissant à 16%, selon les données de la Banque centrale de Russie.
- La Banque centrale russe a déjà commencé à se tourner vers le renminbi avant l’invasion : la monnaie chinoise est passée de 13 à 17% de ses réserves en devises étrangères en janvier 2022. Ce ratio n’a pas évolué l’année dernière, étant donné que la banque centrale n’a pas augmenté ses réserves.
- Par contre, au niveau des particuliers et des entreprises, il y a encore du chemin : la monnaie chinoise ne représente encore que 2 % des dépôts. Le fait est que les Russes se sont habitués à détenir des actifs en dollar et en euro, notamment pour se protéger des dévaluations brutales qu’a déjà connues le rouble. Et pour l’heure, les Russes ne font pas beaucoup plus confiance au yuan.