Savourez bien les bananes… Ce sont peut-être vos dernières

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« La maladie de Panama » est le nom familier de la fusariose du bananier, une maladie provoquée par un champignon qui tue des bananiers chaque année dans le monde entier. L’année dernière, une nouvelle version du champignon, encore plus dangereuse, s’est propagée de l’Asie du Sud-est vers les plantations du Mozambique et de la Jordanie. Si le champignon atteint l’Amérique Latine, où sont produites 70% des bananes exportées dans le monde, les experts prédisent le pire : une quasi-disparition de notre fruit préféré, et une potentielle famine dans le Tiers Monde.

Le géant de la banane, Chiquita, minimise le risque et affirme que les bananiers d’Amérique latine, où l’entreprise récolte ses produits, ne sont pas immédiatement menacés, mais il est probablement trop optimiste. En fait, ce ne serait pas la première fois qu’une banane d’exportation pourrait disparaître: en 1903, Race 1, un champignon d’ancienne génération, a quasiment décimé la variété de banane Gros Michel.

Grâce à son goût particulièrement savoureux, la Gros Michel avait prospéré et elle avait été largement exportée, ce qui avait motivé l’extension des cultures en Amérique Latine, dans les Caraïbes et en Australie. En l’espace de 50 ans, le champignon Race 1 a ravagé les plantations d’Amérique du Sud et des Caraïbes. La banane Cavendish, qui a résisté au champignon, a réussi à se substituer à la Gros Michel malgré son goût plus fade, et désormais, 99% des bananes consommées dans le monde sont des bananes de cette variété.

Malheureusement, Tropical Race 4, la nouvelle version du champignon de la maladie de Panama, est encore plus meurtrière que celle qui a balayé la Gros Michel et provoqué 2,3 milliards de dollars de dégâts à l’époque, soit 18,2 milliards de dollars courants. Tropical Race 4 tue indifféremment toutes les variétés de bananes, y compris les variétés qui étaient résistantes à Race 1, comme la Cavendish. On estime que Tropical Race 4 pourrait détruire 80% à 85% des récoltes annuelles de bananes dessert et de bananes plantains.

Si la variété Cavendish devait succomber à la maladie de Panama, les conséquences seraient catastrophiques. La banane est la quatrième culture en valeur dans le monde après le riz, le blé et le lait. Les 9/10èmes de la production sont consommés dans les pays pauvres, où ils apportent 15 à 27% des calories quotidiennes pour 400 millions de personnes pour qui la banane est une nourriture de base, et représentent la principale source de revenus pour des millions d’autres. En Afrique, ce serait particulièrement grave : 227 millions de personnes, dont beaucoup sont de petits producteurs, sont déjà sous-alimentées.

Enfin, Quartz cite quelques raisons pour lesquelles la maladie de Panama, surnommée le « HIV des plantations de bananes » est si dangereuse:

✔ Le champignon infecte la plante par ses racines, puis il se répand dans son système vasculaire, et finit par couper l’alimentation en eau et nutriments de la plante avec pour résultat final la mort de la plante entière.

✔ Il n’existe aucun moyen pour tuer le champignon. Dès que la maladie s’est installée dans une plantation, il est impossible de s’en débarrasser.

✔ Les spores du champignon collent aux chaussures, aux machines, aux cagettes, ou à tout ce qui touche le sol contaminé, ce qui lui permet de se propager rapidement et efficacement.

✔ Il peut survivre longtemps. Les plantes mortes laissent des spores dans le sol qui peuvent retser inactifs dans le sol pendant des décennies jusqu’à l’apparition d’une nouvelle plante à contaminer.

✔ Les symptômes sont très similaires aux versions précédentes du champignon, et pour cette raison, il arrive que les cultivateurs se méprennent sur la version du champignon en cause, et ne prennent pas les mesures appropriées de quarantaine pour lutter contre la propagation de la maladie.

✔ La spécialisation sur la variété Cavendish signifie que la culture de la banane est désormais une quasi-monoculture. Cela implique que les plants, souvent des clones obtenus par bouturage, ne présentent pas la diversité génétique qui pourrait peut-être les sauver de l’extinction. La maladie de Panama provient probablement des jungles malaisiennes, où elle s’est attaquée à l’origine aux bananiers sauvages les plus forts et plus résistants. Le champignon a imposé une sélection naturelle des meilleures variétés de bananes en éradiquant les plus faibles, mais en retour, cette sélection l’a obligé  à se renforcer, et à développer sa virulence. Désormais, il est invulnérable.