Russie met en place un « rideau de fer » numérique avec une « liste blanche » pour Internet


Principaux renseignements

  • La Russie met en place un système national de « liste blanche » afin de restreindre considérablement l’accès à Internet.
  • La mise en place de ce système a déjà entraîné des problèmes de connectivité généralisés et des coupures d’Internet mobile dans tout le pays, touchant même des grandes villes comme Moscou.
  • Cette volonté agressive d’isolement numérique a des effets dévastateurs sur l’économie russe et crée une barrière numérique permanente, transformant de fait le pays en une prison numérique.

La Russie est en train de mettre en place un système national qui limitera considérablement l’accès à Internet. Ce système de « liste blanche » ne permettra aux utilisateurs d’accéder qu’aux sites web et aux applications approuvés par le gouvernement. Andrei Svintsov, vice-président de la Commission de la politique de l’information du Parlement russe, a confirmé cette mesure. Selon lui, les listes approuvées comprendront toutefois des services numériques essentiels, tels que les applications bancaires, les places de marché, les opérateurs mobiles, les fournisseurs de messagerie électronique et les systèmes de paiement numériques.

Déploiement initial et problèmes de connectivité

Dans une interview accordée à la chaîne publique russe, Svintsov a déclaré que l’infrastructure serait pleinement opérationnelle d’ici deux à trois semaines. Il a promis au public que les autorités mettraient tout en œuvre pour que la transition se déroule de la manière la plus harmonieuse possible. Pourtant, le déploiement du système a déjà causé d’importants problèmes de connectivité dans tout le pays. Selon certaines informations, le système de liste blanche serait actif dans 71 régions. Cela s’accompagne de coupures totales de l’Internet mobile dans 68 régions, selon The Moscow Times.

La coupure a même touché Moscou la semaine dernière. Les habitants des quartiers du centre-ville ont été confrontés à des pannes totales du réseau. Selon le blog technologique russe populaire Kod Durova, le système est également testé sur le réseau du métro de Moscou. Entre-temps, des initiés du secteur des télécommunications ont déclaré au Kommersant que les ordres visant à restreindre l’accès à Internet provenaient directement « d’en haut » et avaient été donnés à tous les opérateurs moscovites.

Impact financier

La politique agressive du Kremlin en matière d’isolement numérique a un coût financier énorme. Une source a déclaré au Kommersant que cinq jours seulement de perturbations dans la région de Moscou avaient déjà coûté à l’économie locale entre 3 et 5 milliards de roubles (32,6 et 54,3 millions d’euros). Les pertes économiques nationales résultant des restrictions délibérées d’accès à Internet, des pannes et des interdictions sur les réseaux sociaux sont encore plus importantes et se chiffrent en milliards de roubles ces dernières années.

Les données de Top10VPN révèlent qu’en 2025, les autorités russes ont imposé au total 37 166 heures de blocages d’Internet. La Russie occupe ainsi la première place mondiale en matière de perturbations délibérées d’Internet, avec une durée plus de trois fois supérieure à celle du Pakistan, qui occupe la deuxième place (11 482 heures).

Barrière numérique permanente

La mise en place concrète du système de « liste blanche » n’est que la première étape d’une campagne bien plus vaste visant à ériger un rideau de fer numérique russe permanent. L’autorité russe de régulation des communications, Roskomnadzor, préparait déjà le lancement d’un nouveau système de censure du trafic Internet piloté par l’IA, prévu pour la fin de l’année 2026. Malgré les défis économiques et les déficits budgétaires, le gouvernement a alloué plus de 29 millions de dollars (25,3 millions d’euros) à ce projet.

Le gouvernement qualifie ces mesures d’essentielles pour la « souveraineté numérique » de la Russie. Pourtant, les experts avertissent que le Kremlin est en train de construire une prison numérique. (ev) (uv)

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