Principaux renseignements
- Le Geran-5 russe défie comme jamais auparavant les défenses aériennes ukrainiennes.
- Les options de lancement aérien et de missiles offrent à la Russie une nouvelle portée tactique.
- Les services de renseignement ukrainiens avertissent que le drone emprunte la conception du Karrar iranien pour une utilisation massive.
Les services de renseignement militaire ukrainiens rapportent que la Russie a introduit un nouveau drone d’attaque à longue portée à propulsion à réaction, connu sous le nom de Geran-5, qui a été utilisé pour la première fois lors de frappes aériennes coordonnées en janvier 2026.
Son apparition marque un changement significatif dans l’approche de la Russie en matière de drones d’attaque à usage unique, s’éloignant des conceptions familières dérivées du Shahed pour s’orienter vers une plate-forme plus rapide, plus lourde et plus polyvalente.
Évolution des drones Geran
Les modèles Geran précédents, en particulier les Geran-1 et Geran-2, étaient étroitement liés au Shahed-136 iranien, utilisant une configuration en aile delta tronquée avec une hélice propulsive. Cette configuration mettait l’accent sur la simplicité, le faible coût et la longue endurance à des vitesses relativement faibles.
Le Geran-5 rompt définitivement avec cette lignée. Au lieu de la forme mixte aile-fuselage et des stabilisateurs montés aux extrémités caractéristiques de la famille Shahed, il adopte une structure conventionnelle de type avion avec un fuselage tubulaire, des ailes droites et un empennage horizontal soutenu par de petites ailettes montées aux extrémités. Cette conception ressemble fortement au drone à réaction iranien Karrar, ce qui renforce les évaluations ukrainiennes selon lesquelles le Geran-5 n’est pas un développement entièrement russe.
Puissance et vitesse des réacteurs offrent de nouvelles capacités
Le système de propulsion met en évidence cette évolution. Les drones Geran précédents utilisaient des moteurs à pistons ou, dans le cas du Geran-3, un petit turboréacteur comparable à celui utilisé sur le Shahed-238 iranien.
Le Geran-5 utilise un moteur à réaction Telefly de fabrication chinoise plus puissant, qui lui permet d’atteindre des vitesses nettement plus élevées et de réduire le temps de réaction dont disposent les défenses aériennes ukrainiennes. Cette amélioration des performances est essentielle à l’objectif du drone. Elle réduit la fenêtre d’engagement du défenseur d’une manière que le Geran-2, plus lent et propulsé par hélice, ne pouvait pas faire.
Systèmes familiers
Malgré ces changements majeurs en matière d’aérodynamique et de propulsion, le Geran-5 conserve plusieurs systèmes internes présents dans les modèles Geran précédents. Il continue d’utiliser une unité de navigation par satellite Kometa conçue pour résister au brouillage, un micro-ordinateur similaire à un Raspberry Pi pour le traitement embarqué et des modules de communication 3G/4G. Cela suggère que la Russie a surtout modernisé l’aérodynamique et la motorisation du drone, tout en conservant en grande partie une électronique éprouvée.
Physiquement, le Geran-5 est plus grand et plus lourd que la famille Geran-2 à hélice. Il mesure environ six mètres de long, avec une envergure d’environ 5,5 mètres, et transporte une ogive estimée à 90 kilogrammes. Sa portée de frappe annoncée d’environ 1 000 kilomètres le place dans la même catégorie de mission que les Geran précédents, mais sa vitesse et sa flexibilité de lancement élargissent considérablement ses possibilités d’utilisation.
Lancement aérien et options de missiles élargissent la portée
L’une des nouvelles possibilités les plus remarquables est le lancement aérien. Les services de renseignement ukrainiens rapportent que la Russie étudie la possibilité de lancer le Geran-5 à partir d’avions d’attaque Su-25. Le lancement aérien permettrait d’étendre la portée effective du drone, de mener des attaques depuis des directions moins prévisibles et de réduire les besoins en carburant en rapprochant le point de lancement de la ligne de front. Les modèles Geran précédents étaient lancés exclusivement à partir de rampes au sol, ce qui constitue une expansion opérationnelle considérable.
Un autre domaine d’expérimentation consiste à armer le Geran-5 avec des missiles air-air à courte portée tels que le R-73. Les anciens drones Geran étaient parfois équipés de missiles R-60 plus anciens, mais ceux-ci étaient limités et expérimentaux. La conception à réaction et la structure plus robuste du Geran-5 rendent plus plausible le concept d’une variante armée de missiles, faisant écho aux démonstrations iraniennes du Karrar dans un rôle d’intercepteur. Si elle était mise en œuvre, une telle configuration obligerait les planificateurs ukrainiens à traiter certains drones non seulement comme des plates-formes de frappe, mais aussi comme des menaces aériennes potentielles pour les hélicoptères ou les avions volant à basse altitude.
Modus operandi russe
Le Geran-5 s’inscrit dans le schéma établi par la Russie de frappes combinées mêlant missiles de croisière, missiles balistiques, leurres et un grand nombre de drones d’attaque à usage unique. Un système à propulsion à réaction réduit le délai d’engagement des défenseurs et complique le réseau ukrainien de défense aérienne et de guerre électronique à plusieurs niveaux. Malgré des efforts constants pour renforcer sa défense, l’apparition de drones plus rapides et plus performants rend la situation à nouveau plus difficile pour l’Ukraine.
Les débris récupérés du Geran-5 font actuellement l’objet d’une analyse médico-légale détaillée, et les services de renseignement ukrainiens ont indiqué qu’une analyse technique complète sera publiée une fois l’enquête terminée. Pour l’instant, ce système représente une évolution claire de la Russie vers des drones d’attaque à réaction produits en série, dérivés de concepts iraniens, adaptés à la production russe et de plus en plus intégrés dans des opérations d’attaque multidomaines complexes. (uv)
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