L’économie russe tient bon, mais pas le rouble. Il a repassé le cap symbolique des 100 pour un billet vert. Et ce malgré les coups de frein monumentaux de la banque centrale du pays.
Malgré une hausse des taux monumentale de 13%, le rouble continue son grand plongeon

Pourquoi est-ce important ?
Alors qu'aux États-Unis, certaines voix s'alarment d'une hausse des taux d'intérêt qui pourrait monter jusqu'à 7%, d'autres pays dépassent largement de telles prédictions. La Banque de Russie a mis en place une hausse au sprint de ces taux, jusqu'à 12 puis 13% en septembre dernier, afin d'enrayer la chute du rouble. Et ça ne suffit toujours pas. C'est l'un des signaux les plus inquiétants pour une économie qui, tant bien que mal, tient encore le coup.Le grand plongeon du rouble
Dans l’actualité : la devise russe a brièvement repassé la barre symbolique des 100 roubles contre un dollar ce matin. Elle s’est stabilisée juste au-dessus de 99,5 par rapport au billet vert vers 8 heures à la bourse de Londres. C’est là une barrière psychologique majeure, que Moscou ne voulait pas dépasser.
- Mi-août, la Banque de Russie avait tenu une réunion d’urgence pour éviter précisément ce scénario. Elle avait rehaussé ses taux d’intérêt de 8,5 à 12% d’un seul coup, soit 350 points de base. De quoi laisser songeuses la Fed américaine et la BCE européenne. Ces banques centrales sont plus habituées à peser les quarts de points.
- À l’époque, le conseiller économique du président Vladimir Poutine avait imputé la chute de la monnaie et l’accélération de l’inflation à une « politique monétaire laxiste » rappelle CNBC.
- Mais ça n’a pas suffi : en septembre, la banque centrale russe a encore porté le taux à 13%. Pour finalement retrouver cette limite symbolique avec le dollar dès le mois suivant.
Lutter contre l’inflation
La banque centrale russe a fort à faire : elle doit enrayer l’inflation, comme ses consœurs. Sauf qu’elle le fait depuis un pays assailli de sanctions économiques en tout genre. Le Kremlin a imputé la dépréciation rapide de la monnaie à une politique monétaire laxiste. Mais la Banque de Russie a osé donner un autre son de cloche, en évoquant une forte baisse de l’excédent du compte courant du pays dans son rapport de septembre.
- L’inflation russe est repartie à la hausse à 5,2% en août, contre 4,3% en juillet. C’est le niveau le plus élevé en six mois. L’objectif de la Russie est une inflation de 4%.
- L’institution a estimé que l’excédent du compte courant de la balance des paiements entre janvier et août s’élevait à 25,6 milliards de dollars.
- C’est baisse de 86 % par rapport à l’année précédente. En outre, la balance commerciale du pays sur la même période a chuté de 68,3 %, soit 156,7 milliards de dollars.
Le pétrole s’écoule, mais le rouble coule
Le dessous des cartes : l’économie russe s’avère bien plus résiliente que tout ce qu’imaginaient les Occidentaux. Dans un monde globalisé, les sanctions économiques ne sont une arme aussi affutée qu’espérée.
- Moscou arrive toujours à écouler ses ressources, en particulier son pétrole, pour faire rentrer de l’argent frais. Mais les taux de change nourrissent la fuite des capitaux : personne ne paie les Russes en roubles, malgré les espoirs de Poutine en ce sens l’année dernière. La fuite se chiffre à 250 milliards de dollars depuis le début du conflit.
- La reprise des importations fait encore s’écouler plus vite les roubles hors des frontières. Il a bien fallu remplacer les produits occidentaux par des produits chinois, en particulier dans l’automobile, malgré les appels à consommer russes.
- En outre, le pays est confronté à un déficit budgétaire de 2%. C’est peu par rapport à d’autres nations, mais ça n’était plus arrivé depuis 20 ans. Car malgré les moyens de contourner le blocus, les revenus du pétrole ont chuté d’environ 40% depuis février 2022.