Depuis le week-end dernier, une petite révolution secoue Twitter. Les utilisateurs se sont vu imposer une limite sur le nombre de publications qu’ils peuvent voir chaque jour. Elon Musk ne l’a pas dit explicitement, mais c’est tout comme : la principale cible de la manœuvre est ChatGPT.
Les restrictions servent à « faire de Twitter un meilleur endroit pour tous »… et surtout à mettre des bâtons dans les roues de ChatGPT

Pourquoi est-ce important ?
L'immense succès dont jouit ChatGPT depuis son lancement fin 2022 déchaîne les passions. Et les paradoxes. Alors que de nombreux analystes alertent sur les potentielles dérives d'un développement incontrôlé de l'intelligence artificielle, un nombre important entreprises actives dans la tech déploient les grands moyens pour suivre la cadence. Y compris ceux qui dénoncent un dangereux emballement, comme Elon Musk.Dans l’actu : Musk contre ChatGPT, ça continue.
- Quelques jours après l’introduction des restrictions sur Twitter, on y voit plus clair. Avec cette stratégie, Elon Musk poursuit sa guerre contre OpenAI et ChatGPT.
- Ainsi que contre toutes ses rivales de la tech désireuses de faire leur trou dans l’intelligence artificielle.
Le détail : lutte contre le scrapping.
- Le week-end dernier, Twitter a instauré des restrictions de lecture pour l’ensemble de ses utilisateurs :
- Les comptes vérifiés peuvent lire un maximum de 10.000 publications par jour.
- Les comptes non vérifiés – ceux qui n’ont pas souscrit à l’abonnement payant de la plateforme – 1.000.
- Les nouveaux comptes non vérifiés 500.
- Notons que ces restrictions sont annoncées comme temporaires et n’affectant qu’un « petit pourcentage » d’utilisateurs.
- Dans la foulée, Elon Musk a donné des explications. Ces limitations ont été mises en place pour « faire face à des niveaux extrêmes de récupération de données (scrapping) et de manipulation du système ».
- Dans un autre tweet, le patron de Twitter a indiqué qu’une « action drastique et immédiate était nécessaire en raison des niveaux EXTRÊMES de récupération de données ».
- « Presque toutes les entreprises faisant de l’IA, des startups à certaines des plus grandes entreprises de la planète, récupéraient de grandes quantités de données », a-t-il ajouté. « Il est plutôt exaspérant de devoir mettre en ligne un grand nombre de serveurs en urgence juste pour faciliter la valorisation scandaleuse de certaines startups de l’IA.
- Si le message n’était pas encore assez clair, Twitter a publié lundi une note sur son blog pour enfoncer le clou :
- « Pour garantir l’authenticité de notre base d’utilisateurs, nous devons prendre des mesures extrêmes pour supprimer les spams et les bots de notre plateforme. C’est pourquoi nous avons temporairement limité l’utilisation afin de pouvoir détecter et éliminer les bots et autres acteurs malveillants qui nuisent à la plateforme. Tout préavis sur ces actions aurait permis aux acteurs malveillants de modifier leur comportement pour échapper à la détection », peut-on y lire.
- « À un niveau élevé, nous nous efforçons d’empêcher ces comptes 1) de récupérer les données Twitter publiques des utilisateurs pour créer des modèles d’IA et 2) de manipuler les personnes et les conversations sur la plate-forme de différentes manières. »
- « Bien que ce travail ne soit jamais terminé, nous sommes tous profondément déterminés à faire de Twitter un meilleur endroit pour tous », conclut la note.
Les cibles sont connues
Les explications : ChatGPT clairement visé.
- Si Elon Musk n’a pas écrit « ChatGPT » en toutes lettres, le chatbot d’OpenAI est clairement visé. Il a d’ailleurs répondu par un émoji plutôt fier de lui à une publication soulignant le fait qu’une extension de navigateur web de ChatGPT ne pouvait plus accéder aux datas de Twitter.
- OpenAI a justement été attaqué en justice la semaine dernière pour avoir usé du scrapping en vue d’alimenter ChatGPT.
- Un potentiel vol de données qui enfreindrait, s’il venait à être prouvé, plusieurs lois américaines relatives à la confidentialité des données.
- Toujours sur Twitter, Musk a également réagi avec un « Yikes » (une interjection signifiant la surprise, ici utilisée ironiquement) à une capture d’écran d’un article indiquant que Google annonce qu’il va scrapper tout ce qu’on publie ens ligne pour renforcer ses projets à base d’IA.
Le contexte : Musk travaille sur TruthGPT.
- Musk n’aime pas ChatGPT et il l’a déjà fait savoir plusieurs fois. Un de ses faits d’arme les plus notables est la lettre qu’il a cosignée avec d’autres patrons ou chercheurs de la tech, qui appelait à une pause dans le développement de l’IA.
- Plus tard, le patron de Twitter a remis le couvert, comparant l’IA à une « super-nounou » susceptible « d’éliminer » l’humanité.
- Pour y faire face, Musk soigne le mal par le mal. Il développe son propre modèle, qu’il a déjà baptisé « TruthGPT« . Selon lui, cette IA générative « pourrait être le meilleur chemin vers la sécurité » et « ne risquerait pas d’anéantir les humains », car elle « recherche la vérité au maximum et qui essaie de comprendre la nature de l’univers ».
- Un argumentaire loin de convaincre tout le monde, de nombreux patrons de la tech semblant plutôt mener une course à l’hypocrisie depuis plusieurs mois.