Le président chinois, nouvellement installé dans son troisième mandat consécutif, se rend à Moscou ce lundi pour la première fois depuis le début de la « crise » en Ukraine – pour reprendre l’euphémisme de la diplomatie russe. Il rencontrera en tête-à-tête Vladimir Poutine avant que les deux chefs d’État partagent un repas informel, selon le programme officiel. Une rencontre ultrarodée donc, qui tient avant tout de la mise en scène
Ne pas passer pour un paria
Du point de vue de Poutine : de l’importance de se montrer avec un « ami » et de le faire passer pour un « allié ».
- Diplomatiquement, la Russie n’a plus grand monde sur qui compter. Depuis son invasion unilatérale de l’Ukraine, elle a bien su influencer l’opinion publique dans quelques pays africains, son seul véritable allié est une Biélorussie qui tient plutôt du vassal.
- S’afficher avec un dirigeant de premier plan à l’international comme l’est Xi Jinping est une bonne manière pour Poutine de donner le change.
- Dans un article publié dimanche dans un journal chinois, le président russe a « salué la volonté de la Chine de jouer un rôle constructif dans la résolution de la « crise » rapporte The Guardian.
- Enfin, depuis trois jours le président Poutine fait l’objet d’un mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale. Cette rencontre – prévue de longue date – tombe donc à pic pour démontrer que ça ne fait pas de lui un paria aux yeux de tout le monde.
« Nous sommes reconnaissants pour la visite de M. Xi : « Nous sommes reconnaissants à [la Chine] d’avoir adopté une position équilibrée par rapport aux événements qui se déroulent en Ukraine, d’avoir compris leur contexte et leurs véritables causes. Nous saluons la volonté de la Chine de jouer un rôle constructif dans la résolution de la crise ».
Vladimir Poutine, dans un journal chinois
Peser dans de futures négociations
Du côté de Xi, on tient surtout à se présenter comme incontournable… Sans pour autant sembler trop partial.
- Le président chinois a lui aussi pris la plume, pour écrire dans un journal russe. Une grande démonstration d’amitiés entre les leaders qui garde un parfum tout à fait communiste.
- Le président chinois a rappelé qu’il avait proposé un document en 12 points censé amorcer un processus de paix, même si celui-ci a été largement considéré comme inacceptable par l’Ukraine et ses alliés occidentaux. Celui-ci ne conditionnait pas un éventuel cesser-le-feu à un retrait des forces russes, mais stipulait toutefois le respect de la souveraineté ukrainienne : un coup de chaque côté de la barrière. Le narratif chinois est que l’Empire du Milieu ne peut qu’être un acteur incontournable de toute négociation.
- « Il n’existe pas de modèle universel de gouvernement ni d’ordre mondial où la parole décisive appartient à un seul pays » a écrit Xi : une manière de dire qu’il ne veut pas qu’à terme, ça soit le grand rival américain qui puisse se vanter d’avoir ramené la paix en Europe.
- La Chine pour autant parle d’amitié avec la Russie, mais pas d’alliance ; depuis le début de la guerre, elle se refuse à condamner l’invasion russe, mais jamais un officiel chinois n’a vraiment pris position en faveur du narratif russe. Tout est une question d’équilibre, voire d’équilibriste. Et même si personne n’est vraiment dupe, le balancier continue : depuis quelques jours, on évoque une (première) rencontre entre Xi Jinping et le président ukrainien Volodymir Zelensky dans la foulée de celle à Poutine, mais ça n’a pas été confirmé.
Dans les faits, la situation reste fort semblable depuis un an : le leader russe s’obstine dans son bellicisme et dans un narratif surréaliste, tandis que son homologue chinois le soutient à bout de bras. Sauf qu’en un an, la Russie est devenue bien plus dépendante de la Chine, en particulier pour ses revenus énergétiques. Elle pourrait le devenir encore plus, si des livraisons d’armes, toujours en discussion, se concrétisent. La Russie manque de munitions et pourrait offrir des technologies militaires en échange. Mais est-ce un pas que la Chine est prête à franchir ? Pas sûr, car elle prêterait tout d’un coup le flanc à des sanctions à son tour, tout en perdant sa position de neutralité apparente.