Quand l’aviation russe tente d’acheter les avions occidentaux sous le joug de sanctions

Les compagnies aériennes russes ont mené des discussions avec (au moins) une grande société de leasing occidentale pour l’achat éventuel d’avions qui ont fait l’objet de sanctions. Selon certaines sources russes, bien que les discussions se poursuivent, il est à craindre que l’Union européenne ne veuille pas donner son accord à cette opération.

Pourquoi est-ce important ?

L'invasion de l'Ukraine par la Russie a eu un impact majeur sur l'aviation. Les sanctions occidentales stipulaient que les sociétés de leasing devaient annuler leurs contrats avec les compagnies aériennes russes. Ainsi, l'aviation russe aurait dû renoncer à une grande partie de ses capacités. Pour les sociétés de leasing, cependant, la mesure a représenté une lourde perte financière. Une vente des avions pourrait répondre à ces deux problèmes.

Baux résiliés : Les sanctions occidentales ont entraîné l’annulation des contrats de location avec les compagnies aériennes russes pour environ cinq cents avions.

  • Près de quatre-vingts avions se trouvant à l’étranger ont été immobilisés. Et plus de 400 appareils sont restés en Russie.
    • Le Parlement européen a exigé que la Russie restitue les avions loués à leurs propriétaires légitimes – les sociétés de leasing.
    • La Russie n’a toutefois pas répondu à cette demande : elle a donc été accusée de vol par l’Union européenne.
    • Une vente des appareils concernés aux compagnies russes pourrait résoudre cette impasse.

Une flotte de 10 milliards de dollars bloquée : Dans le passé, la Russie était un marché particulièrement important pour la location d’avions.

  • Les sociétés de leasing ont acheté une flotte d’avions à Boeing et Airbus, puis ont loué les appareils aux compagnies aériennes russes, qui ont ainsi pu éviter le coût initial de l’achat.
  • Ce système a pris fin brutalement lorsque la Russie a envahi l’Ukraine en février de cette année. Les sanctions occidentales ont contraint les bailleurs à annuler les contrats, mais le gouvernement russe a refusé de laisser partir les avions.
  • Il restait donc en Russie une flotte d’avions loués d’une valeur totale d’environ 10 milliards de dollars.
  • Les compagnies aériennes russes continuent d’utiliser une partie de la flotte louée, mais elles seraient de plus en plus en difficulté face à la pénurie de pièces détachées.

Les ventes peuvent limiter les dommages : un certain nombre de sociétés de leasing ont déjà intenté des procès aux assureurs pour couvrir les pertes subies. Cela a conduit, entre autres, à une action en justice en Irlande, où une grande partie des avions loués sont enregistrés.

  • Une vente des avions pourrait permettre aux sociétés de leasing de récupérer au moins une partie des pertes subies.
  • D’autre part, l’achat permettrait aux compagnies aériennes russes d’augmenter à nouveau considérablement leur capacité.
    • Elles pourront peut-être compter sur des remises importantes lors de l’achat des appareils.
    • Le gouvernement russe serait disposé à fournir aux compagnies aériennes les fonds nécessaires pour mener à bien cet achat.

Peu de chances de succès : la société de leasing SMBC Aviation Capital a confirmé avoir été approchée par la compagnie russe Aeroflot et son assureur AlfaStrakhovanie pour l’achat d’une flotte de trente-quatre avions.

  • Une offre d’environ 565 millions de dollars aurait été faite dans le cadre du processus, mais ce montant était loin de correspondre à la juste valeur de la flotte, selon la société de leasing.
    • SMBC Aviation Capital aurait également été approché par la suite par les compagnies aéronautiques russes NordStar et S7 pour un accord.
    • La société de leasing a aussi confirmé qu’elle avait appel à l’Union européenne pour faire pression en faveur d’un accord.
  • « Les bailleurs pourraient faire valoir qu’un accord serait bénéfique pour la sécurité aérienne, car les pièces détachées pourraient à nouveau être mises à la disposition des compagnies aériennes russes », a fait valoir Ross Denton, expert en commerce international au cabinet juridique Ashurst.
  • Cependant, les chances d’un accord semblent extrêmement minces. Notant que tout accord se heurterait à des obstacles juridiques et diplomatiques particulièrement importants.
  • « Un accord à ce stade constituerait une violation flagrante des sanctions occidentales contre la Russie », notent les experts.
  • « Il ne faut donc pas s’attendre à ce que les gouvernements occidentaux acceptent soudainement ces suggestions. »

BL

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