Les services de renseignement américains pensent que Evugeni Prigojine, le chef du groupe Wagner, envisageait de se révolter depuis un certain temps. Vendredi et samedi, il s’était retourné contre le Kremlin, mais entre-temps, après des négociations avec le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko, il a rebroussé chemin.
Dans l’actu : Plusieurs sources gouvernementales anonymes ont déclaré aux médias américains que Prigojine voulait se révolter dès la mi-juin.
- Les agences de renseignement ont surveillé le groupe Wagner ces dernières semaines, notant que l’armée de mercenaires semblait se préparer à un soulèvement. Il était toutefois difficile de savoir quand cela se produirait.
- Plus tôt cette semaine, mercredi, il a été clairement indiqué aux responsables de l’administration Biden que Prigojine allait bientôt s’activer.
- Ces dernières semaines, l’administration américaine s’est beaucoup inquiétée de l’avenir de la Russie, et en particulier de la question de savoir qui prendrait le contrôle de l’arsenal nucléaire du pays en cas de chute du gouvernement de Vladimir Poutine. On estime que la Russie possède quelque 6.000 armes nucléaires, même si toutes ne sont peut-être pas opérationnelles.
- Selon une analyse de l’Institute for the Study of War, un groupe de réflexion américain sur la défense, Prigojine ne voulait pas attendre la date limite du 1er juillet, d’ici laquelle il devait signer – comme tous les autres groupes de mercenaires – un contrat avec le ministère de la Défense et son armée régulière pour régulariser Wagner. Il y voyait une « menace pour sa survie politique (voire personnelle ». Aussi, en se révoltant, il a voulu tout faire pour conserver l’indépendance de son groupe.
Que s’est-il passé ?
En résumé : Prigojine s’est ouvertement opposé au régime russe vendredi après avoir allégué que l’armée russe avait bombardé un camp militaire du groupe Wagner. Après, tout est allé très vite.
- Samedi matin, le patron de Wagner a affirmé que son armée de mercenaires s’était emparée des installations militaires de la ville de Rostov-sur-le-Don. C’est l’un des centres économiques les plus importants du sud de la Russie. D’autres sites ont également été repris par la suite.
- Quelques heures plus tard, Wagner s’est aussi emparé des infrastructures de Voronej, une ville située à seulement 500 kilomètres de Moscou.
- Plus tard, il est devenu clair que le groupe Wagner tentait de se déplacer vers Moscou. Une colonne de centaines de véhicules militaires serait même arrivée à 400 kilomètres de la capitale.
- Mais aussi vite que la révolte a commencé, elle s’est arrêtée. Samedi après-midi, Prigojine a posté des messages audio sur Telegram affirmant qu’il stoppait le convoi pour eviter de faire couler du sang russe. Plus tard, le Kremlin a affirmé que le chef de Wagner avait accepté de quitter la Russie et de partir en Biélorussie, après des négociations avec le dictateur biélorusse Alexandre Loukachenko.
- On ne sait pas encore ce qui a été dit au cours de la conversation, ni quels sont les termes de l’accord. Entre-temps, la paix est largement revenue en Russie, bien que certaines mesures de sécurité soient toujours en place.
L’inconnue : qu’a-t-on promis à Prigojine ?
- Il semble évident que Prigojine n’a pas décidé de stopper l’avancée de Wagner sans obtenir des concessions de la part du Kremlin. Reste à déterminer lesquelles.
- Selon plusieurs médias russes, il s’est vu promettre des changements au niveau des têtes de gondole de la défense russe. Les noms du ministre de la Défense Sergueï Choïgou et du chef d’Etat-major général des forces armées Valeri Guerassimov seraient sur la sellette.
- Des choses auraient également été promises à Wagner. Cela pourrait être :
- Une garantie de sécurité pour le groupe.
- Un redéploiement des troupes loin de la Russie et de l’Ukraine : probablement en Afrique.
- Des promesses financières à Prigojine lui-même, voire même un siège à Saint-Pétersbourg pour « continuer à faire des campagnes d’influence, notamment contre la France », selon le général François Chauvancy, consultant en géopolitique, interrogé par Franceinfo.
- Notons également que le Kremlin a assuré qu’aucun combattant du groupe Wagner ne sera poursuivi pour le coup de force, « compte tenu de leur mérite au front ukrainien ». Les poursuites pénales contre Prigojine ont elles aussi été abandonnées.