Sur le plan international, Alexander De Croo se montre toujours un brin plus passionné et incisif. Depuis New York, à l’occasion de l’ouverture du sommet de l’ONU, il anticipe l’année électorale et livre un plaidoyer singulier sur la formation du futur gouvernement. Il aspire à un véritable tournant : moins de négociations interminables et surtout pas de transformation de la Belgique comme « laboratoire politique ». Sa critique à l’égard de la N-VA est claire : « Nous avons adopté en Belgique l’idée d’une danse de séduction lors de la formation du gouvernement, qui s’éternise pendant des mois, avec beaucoup de mouvements, mais peu d’action concrète. » Cependant, il estime que cela pourrait changer : « Pourquoi ne pourrions-nous pas être un pays fédéral normal ? » De Croo envisage d’ajouter certains éléments manquants au paysage politique, comme une hiérarchie plus claire entre les différentes entités, privilégiant le niveau fédéral, en cas de crise, mais aussi un « mécanisme de déblocage » en remplacement des mécanismes qui bloquent actuellement, comme la négociation d’un gouvernement.
Dans l’actualité : le Premier ministre souhaite voir la Belgique se muer en un « véritable pays fédéral ».
Les détails : Le sommet de l’ONU à New York offre au Premier ministre une nouvelle tribune pour combattre le « fatalisme », tant sur la scène internationale que nationale.
- Lors de la traditionnelle conférence de presse, entouré de diplomates et journalistes belges, une question qui semble anodine est posée à De Croo : sera-t-il encore Premier ministre d’ici l’année prochaine ?
- Logiquement, oui : ce serait en septembre 2024, et peu s’attendent à ce qu’une nouvelle coalition remplace la Vivaldi d’ici là. Il est fort probable que De Croo, toujours en fonction, représentera à nouveau la Belgique lors de la cérémonie d’ouverture de l’ONU à New York.
- Pourtant, face à la presse, le Premier ministre esquive. « Vous semblez déjà résignés », lance-t-il aux journalistes. « Je ne partage pas l’opinion selon laquelle former un gouvernement chez nous doit toujours être un processus long. Ce n’est pas une fatalité. We’ll prove you wrong, » déclare-t-il avec une pointe de défiance, sur fond de gratte-ciels new-yorkais.
- Le Premier ministre poursuit avec conviction : « Tout repose sur les résultats électoraux, mais cela ne devrait-il pas être possible en quelques mois ? » Il rappelle que « la formation d’un gouvernement en Belgique semble nécessiter une danse interminable, avec beaucoup de mouvements, mais peu d’actions concrètes. »
- Il lance alors une critique apparente à la N-VA et à Bart De Wever (N-VA), qui semblent être ses principaux adversaires dans la prochaine campagne électorale.
- Il s’oppose à l’idée de faire de la Belgique un « laboratoire politique ». « Pourquoi notre nation devrait-elle devenir un terrain d’expérimentation politique ? »
- Il ajoute : « Peu importe le nombre de réformes d’État que vous souhaitez entreprendre, si vous avez autour de la table des interlocuteurs réfractaires à la collaboration, c’est vain. »
- Il souligne encore que « la Belgique doit devenir un pays fédéral normal », affirme De Croo. Lorsqu’on lui demande ce qu’il entend par « normal », il précise : « Nous sommes un pays fédéral, à l’instar des États-Unis ou de l’Allemagne, mais il nous manque certains mécanismes. »
- Il envisage une « hiérarchie entre les différentes entités », avec le niveau fédéral au sommet, tout comme la création d’un « mécanisme de déblocage » à la place des « mécanismes de blocages actuels ».
- En même temps, De Croo rejette la proposition de De Wever de former rapidement après les élections une sorte de « mini-cabinet » ou « gouvernement restreint » (« kernkabinet« ), avec un effectif minimum, pour négocier uniquement un programme économique et budgétaire en quelques semaines, et traiter les questions institutionnelles par la suite.
- « Il veut d’abord s’attaquer au travail le plus difficile, l’argent, mais comment allez-vous convaincre les partis de commencer par là ? »
- « Où allez-vous trouver une majorité suffisante dans la Chambre pour ces questions institutionnelles ? »
L’essentiel : Pour beaucoup de monde, rue de la Loi, continuer avec la Vivaldi semble être le choix évident.
- Lorsque le Premier ministre évoque soudainement une « danse de séduction », c’est une expression qui surprend. De Croo le reconnaissait d’ailleurs volontiers peu après le point presse. Néanmoins, cette sensation qu’il serait peut-être possible de poursuivre avec l’actuel gouvernement est présente depuis un certain temps chez les Vivaldistes.
- Cette dynamique d’agir rapidement est surtout véhiculée du côté francophone. Il est couramment admis que le PS, Ecolo et Les Engagés chercheront, si l’opportunité se présente, à former des coalitions sans le MR.
- Au niveau fédéral, cela pourrait rapidement se traduire par une nouvelle version de la coalition actuelle, où le MR serait simplement remplacé par le parti centriste. Un sentiment émerge au sein de la Vivaldi : « Pourquoi s’embourber avec la N-VA, quand leur souhait de réforme semble irréalisable avec quiconque ? »
- Cependant, personne n’ose vraiment exprimer cette opinion ou même l’admettre. C’est pourquoi, lors d’un débat récent, les quatre présidents de la Vivaldi ont surpris en exprimant publiquement leur réticence à poursuivre avec l’équipe fédérale en place. Dans tous les cas, il faudra d’abord voir si cela est arithmétiquement possible.
À noter : le Premier ministre aspire à davantage d’optimisme, non seulement pour la Belgique, mais aussi sur la scène mondiale. Il articulera cette vision lors de son intervention à l’ONU, ce mercredi soir.
- Face à la critique qui naissait, De Croo ne considère pas qu’il y ait une surreprésentation de ministres de la Vivaldi à New York. Il défend leur présence en arguant que la Belgique est un acteur majeur de la diplomatie internationale et que, pour un petit pays, l’international est crucial.
- Le Premier ministre prendra la parole à l’ONU et veut y véhiculer un message d’espoir. Il souhaite se distancer d’une vision fataliste et mettre en avant l’optimisme, notamment concernant les avancées climatiques.
- Il met également l’accent sur le rôle prédominant de l’Europe : « C’est en grande partie grâce à des nations comme la Belgique et les États-Unis que des avancées notables sont réalisées. »
- « La Chine et la Russie tentent de semer la zizanie, mais nous, Européens, devons rester fermes dans notre message. Après tout, qui est véritablement engagé dans la lutte contre le réchauffement climatique ? Nul n’a un rôle aussi significatif que les pays européens », affirme-t-il avec conviction.
- Face aux critiques, le Premier ministre se montre résolu : « Nous assurons pleinement notre rôle, et ce, au-delà de nos obligations. Il ne faut pas que nous, pays d’Europe occidentale, restions sur la défensive. Tandis qu’on évoque sans cesse notre passé colonial en Europe, certains pays manifestent actuellement des velléités néocoloniales. Personnellement, je n’étais même pas né lors de cette période coloniale. Ce sont la Chine et la Russie, les néocolonialistes, pas nous. »
« Un traité historique » : un Vincent Van Quickenborne (Open VLD) bien entouré met la Belgique sur la carte des océans.
- Dans la frénésie new-yorkaise, le ministre de la Justice et ses convives ont pris une grande respiration marine, au 20e étage du prestigieux St Regis Hotel. Sur le podium, « Q » s’est dressé en maître de cérémonie, visiblement content et fier d’être là. Il faut dire qu’il était plutôt bien entouré : les actrices Jane Fonda et Sigourney Weaver, ainsi que le Prince Albert de Monaco, parmi les invités de marque.
- Ces derniers font partie de ce qu’on appelle les « Blue leaders », des représentants de la société civile et de la sphère publique qui luttent de longue date pour préserver les hautes mers qui échappent aux juridictions nationales.
- La Belgique est parvenue à s’immiscer à la base d’une initiative qui vise à faire ratifier un traité international pour préserver ces zones et leur biodiversité. Une coalition de pays pour une Biodiversity Beyond National Juridiction (BBNJ). Très concrètement, cela permettrait de protéger 30% des Océans de la pollution ou du deep mining par exemple. Pour l’heure, seul 1% des océans sont protégés.
- « Les océans sont les poumons de notre planète », a lancé Van Quickenborne en guise d’introduction. « Les océans ont besoin de mesures urgentes, sinon c’est game over ! »
- Place ensuite à Sigourney Weaver, qualifiée de « sirène des océans » par le ministre de la Justice. L’actrice a pris la parole pour remercier les « extraordinaires » pays signataires dans un style très… américain. De nombreux pays se sont en effet succédé sur scène pour les photos, et pour signer symboliquement le traité, en apposant leur parafe sur une pieuvre géante, qui est devenue le symbole de la lutte. Les journalistes et invités pouvaient également porter le tatouage de cette pieuvre, mais personne n’est allé jusque-là.
- Les signatures officielles suivront dans les prochaines heures auprès du secrétariat des Nations unies, mais on peut déjà compter sur la Belgique donc, la France, l’Allemagne et tous les pays européens. Présents également à la cérémonie, on retrouvait les États-Unis, le Costa Rica, le Nigeria, et forcément toutes les petites îles de l’Océan pacifique. L’objectif est de réunir au moins 60 pays pour donner au traité une force juridique.
- Le ministre de la Justice est confiant pour faire signer 70 pays d’ici la fin de semaine. Et c’est à souligner, la Chine devrait en faire partie, ainsi que la Russie qui ne s’est pas opposée au traité, signé en mars. Il se dit que Singapour a joué un rôle crucial pour convaincre ces deux pays.
- Ensuite viendra le processus de ratification. Du côté de la Belgique, les textes sont prêts et seront signés directement par le niveau fédéral. Ce qui veut dire qu’un énième débat sur le climat nous sera épargné, au niveau des régions. Du côté européen, le ministre compte utiliser la présidence belge de l’UE de 6 mois pour faire ratifier le traité aussi rapidement que possible, et par tout le monde.
- Dès juin 2025, la Belgique espère héberger le secrétariat qui entourera cette juridiction, histoire de poursuivre sa longue tradition d’accueillir sur son sol des institutions internationales. Ce secrétariat sera désigné dans la foulée de la première COP pour les océans qui sera organisée à Nice, sur le modèle des grand-messes pour le climat.
- Concrètement, le traité n’aura pas vraiment de mesures contraignantes. Il n’y aura pas d’amendes pour un pays qui ne respecterait pas le traité, par exemple. Mais le ministre estime toutefois que le « naming & shaming » (montrer du doigt) peut être un outil puissant pour accuser les fautifs.

Credit : Baptiste Lambert – Business AM.