Pourquoi on entend toujours le râle de la mort de la France

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L’agence de rating Moody a dégradé la note de la France d’un cran en novembre, mais cette dégradation n’a pas eu de réel impact sur la situation française et l’état d’esprit du gouvernement.  Cette inertie s’explique par la culture et les préjugés de la classe dirigeante française, estime Brigitte Granville sur le site du Project Syndicate. Celle-ci est principalement composée d’anciens élèves de l’Ecole Nationale de l’Administration. Ils ont une croyance commune : l’intervention de l’Etat est nécessaire dans l’économie pour que la société soit juste et prospère, et les anciens de cette école sont les plus à même d’organiser ce dirigisme. Ce sentiment se double d’une hostilité pour le monde des affaires, et on soupçonne communément que les actionnaires et les dirigeants des entreprises s’accaparent tous les bénéfices au détriment des travailleurs.

Lorsque qu’un quelqu’un critique cette méfiance à l’égard du monde des affaires, il est immédiatement taxé « d’ultra-libéral », par opposition au « modèle social » dont la France se targue d’être la dépositaire. Dans le modèle français, les dépenses publiques sont très importantes, puisqu’elles représentent 56% du PIB en 2011, mais le taux d’impôt sur le revenu et la TVA payée par les ménages français sont plus faibles que dans le modèle scandinave, auquel on le compare souvent. Pour compenser, l’Etat a recours à l’endettement et au prélèvement de très fortes charges sociales sur les salaires payées par les entreprises.

Ce mode de financement a donné l’illusion aux Français que ce n’était pas eux qui payaient pour ces avantages sociaux, et convaincu les politiques qu’il était plus acceptable de taxer les entreprises. Mais il devient de plus en plus évident que le pays s’est lourdement endetté avec lui, et que les citoyens sont ceux qui en payent le prix en dernier ressort, puisqu’ils subissent le chômage de longue durée. Désormais, on leur fait comprendre qu’en plus, ils devront payer plus d’impôts tout en bénéficiant de moins d’avantages sociaux.

La France a perdu des parts de marché à l’exportation à cause de la perte de compétitivité inhérente à ce modèle, son compte courant s’est dégradé de 5% de son PIB sur la dernière décennie. Combinées à la réglementation excessive du marché du travail, les charges sociales ont étouffé les ambitions des entreprises qui renâclent à embaucher.

Le gouvernement de François Hollande a proposé de donner 20 milliards d’euros de crédit d’impôt aux entreprises qui investiront ou créeront des emplois sur les deux prochaines années (cette proposition de loi vient d’être refusée par le Sénat français). Mais le caractère provisoire de cette mesure ne changera pas fondamentalement la donne, affirme Granville. Du fait de la complexité administrative, l’argent ne sera pas encaissé avant 2014 ou 2015, et il est difficile de prévoir si l’usage qui en sera fait sera le meilleur. La même somme remise à un actionnaire aurait pu susciter la création d’une nouvelle entreprise embauchant plus de monde, par exemple. Mais une fois de plus, les politiciens français agissent en croyant qu’ils savent mieux que les acteurs du marché, et leurs mesures consistent en des subsides versées à des entreprises en fonction de projets dont ils décideront eux-mêmes de la pertinence.

« Le râle de la mort du modèle économique français se poursuit », conclut Granville. Il nous reste à assister à sa mise à mort : soit par les investisseurs étrangers qui se mettront à bouder les obligations françaises, ou à la suite d’émeutes des citoyens. Quoi qu’il en soit, les dirigeants français seront totalement pris au dépourvu, juge-t-elle.  

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