Pourquoi l’Union Soviétique s’est-elle effondrée?

20 ans sont passés depuis la chute de l’Union Soviétique, et régulièrement, des historiens ont publié des ouvrages pour tenter d’apporter leur contribution à la compréhension de cet évènement. Ainsi, l’historien roumain berlinois György Dalos, avec son ouvrage « Lebt wohl, Genossen » (Au Revoir, Camarades), tente lui aussi de l’expliquer. Il cite le Britannique Norman Davies, selon lequel  « la chose la plus remarquable à propos de l’effondrement de l’Union Soviétique, c’est qu’elle a suivi le cours naturel des choses ». A la différence de l’Empire Romain, l’Union Soviétique n’a pas été attaquée par des barbares, ni dévastée par ses voisins, ou une guerre. « Elle est morte parce qu’elle devait mourir », affirme Davies.

Dalos fournit de son côté de multiples exemples qui montrent que le Communisme n’a pas été détruit par l’extérieur, mais qu’il s’est désintégré à la faveur de réalités politiques sociales et culturelles quotidiennes qui l’ont fait s’effondrer sur lui-même. Il cite notamment le travail réalisé par deux économistes soviétiques de l’Institut d’Economie de Novosibirsk, en Sibérie, Tatjana Saslawskaja et Abel Aganbegjan. Ces deux chercheurs ont démontré que le contrôle de l’économie était la raison sous-jacente de la stagnation de l’économie soviétique. Les exportations étaient constituées essentiellement de matières premières et d’énergie. Les exportations de produits manufacturés et de machines étaient en constante baisse, une situation qui est encore celle de la Russie d’aujourd’hui. En outre, l’agriculture était sensiblement moins productive que celle des Etats Unis, malgré un taux d’équipement en machines agricoles supérieur au leur.

Mais l’un des arguments les plus fascinants avancés par Dalos, c’est le rôle joué par l’alcool dans le déclin de l’Union Soviétique. La production d’alcool a augmenté de 157% entre 1936 et 1970. En 1975, elle avait progressé de 214%, et en 1976, la hausse avait atteint 327%. En fait, le monopole sur les ventes d’alcool a permis à l’Etat de gagner 20 milliards de roubles dans les années 1970, puis 40 milliards dans les années 1980. Mais c’était sans compter sur les conséquences de sa consommation.  Le coût de celle-ci pour l’économie soviétique en termes de baisse de la productivité (et notamment du fait de l’absentéisme qu’il a engendré) a été supérieur à ses recettes, et de loin.