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Pourquoi les touristes désertent l’Italie du Sud

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13/04/2014 | Audrey Duperron | 7 min de lecture

[PICTURE|sitecpic|lowres]

La côte amalfitaine, au sud de Naples, continue d’attirer les Russes fortunés et les Américains romantiques, mais Naples elle-même est un désert touristique, et les touristes sont aussi absents dans le reste du sud de l’Italie. Seulement 13% des touristes qui visitent l’Italie, choisissent de visiter le  Mezzogiorno, comme on appelle le sud, là-bas. Les autres lui préfèrent Rome et l’Italie du Nord, écrit Beppe Severgnini, un chroniqueur du Corriere della Sera dans le New York Times .

Beaucoup d’Italiens du Nord seront tentés de dire que le Sud n’attire pas les touristes parce qu’il n’y a rien à y voir, mais c’est faux, affirme Severgnini. Le manque de touristes en Sicile et en Calabre est le symptôme de l’échec du pays à exploiter ses trésors les plus précieux, ses richesses naturelles et culturelles.

Il étaye son argument d’une série de constats qui expliquent pourquoi les touristes ne se rendent pas dans le sud de l’Italie :

  • On a dénombré 223 vols à destination des Baléares pendant une semaine de l’été dernier au départ des aéroports allemands, alors qu’il n’y en avait que 17 pour le sud de l’Italie.
  • L’Office national du tourisme italien dépense 98% de son budget en salaires, ce qui signifie qu’il ne reste plus de ressources pour assurer la tâche principale de l’office: faire la promotion de l’Italie.
  • Le gouvernement investi 35 millions d’euros dans un site pour faire la promotion de l’ Italie du sud – www.italia.it, mais son lancement a été émaillé d’imprécisions  et de problèmes techniques.
  • Lorsque Severgnini s’est rendu à un salon consacré au tourisme à Shanghai, il y a plusieurs années, il avait recensé trois délégations différentes qui faisaient toutes la promotion de la même région de la Sicile. Elles ne se concertent pas, déplore-t-il.
  • L’argent est aussi parfois jeté par les fenêtres: le gouvernement régional de la Campanie disposait jusqu’à récemment d’un palais résidentiel sur la Fifth Avenue, à New York.
  • Il y a également des problèmes d’infrastructure. Silvio Berlusconi rêvait de bâtir un pont qui relierait la Sicile à l’Italie et il ressortait cette promesse lors de chaque campagne électorale. Mais ce pont n’existe toujours pas.
  • Le train à grande vitesse s’arrête à Salerne, à 440 km au nord de la Sicile.
  • Les trains qui traversent le Mezzogiorno voyagent à une vitesse de 15 km par heure, car ils doivent s’arrêter pour laisser passer les adolescents qui traversent de façon anarchique les voies pour aller s’acheter un cornet de glace avant de retourner à la plage.
  • Metaponto, à l’est de Naples, dispose d’une gare qui a coûté 25 millions d’euros, financée par les fonds de l’UE, mais le dernier train part à 8h21 et il va à Rome. Pour aller ailleurs, il faut prendre le bus.
  • Les routes ne sont pas beaucoup mieux. Les travaux sur l’autoroute reliant Salerne à la Calabre durent depuis 29 ans. Ils ont été ralentis par l’explosion des coûts, la corruption et l’interférence de la mafia. Certaines parties de l’ouvrage ont dû être protégés par l’armée.

Ce n’est pas un échec régional, mais bien un problème national, parce que le tourisme aurait dû être une manne pour le sud de l’Italie, comme le pétrole en est une pour la Norvège. Et le Sud a désespérément besoin d’argent :

  • Le PIB annuel du sud de l’Italie n’est que de 15.000 euros par tête, alors qu’il est de 31.000 euros dans le nord.
  • Presque deux jeunes sur trois jeunes n’ont pas de travail dans le sud.
  • Au sein de l’UE, 68% des femmes travaillent; en Campanie, elles ne sont que 28%.

Quel est l’incidence de tout ceci sur l’Italie?

  • Dans les années 1970, l’Italie était la première destination touristique du monde, mais aujourd’hui, elle se retrouve à la 5ème place derrière la France, les Etats-Unis, la Chine et l’Espagne.
  • Au début des années 2000, 6% des touristes du monde se rendaient en Italie. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 4%.

Mais les Italiens ne semblent toujours pas prendre la mesure de cette perte d’opportunité:

  • Le pays n’a pas de ministère du Tourisme comme on en trouve dans d’autres pays européens.
  • Les gérants d’hôtels se disputent avec les tour-opérateurs, les entreprises du secteur privé et du secteur public sont aussi en conflit.
  • Les régions voisines ne parviennent pas à s’entendre. Les horaires des trains qui s’arrêtent en Calabre ne coïncident pas délibérément avec les horaires des ferries qui traversent le détroit de Messine, car la Calabre craint de perdre ses touristes au bénéfice de la Sicile.
  • Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, le gouvernement italien a injecté plus de 400 milliards d’euros à fonds perdus dans le Mezzogiorno. Quelque soit le critère que l’on choisisse, les choses sont encore pire qu’elles ne l’étaient il y a 60 ans, sanctionne Severgnini, qui espère que le nouveau Premier ministre, Matteo Renzi puisse changer cet état de choses.

« La même chose qui pourrait faire de l’Italie un bon pays pour les Italiens – des transports efficaces, la baisse des impôts, des prix équitables et le respect de l’environnement – transformerait aussi le sud de l’Italie et le reste du pays, en paradis pour les vacanciers ».


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