Pourquoi la France est-elle un pays de peureux?

Durant la campagne présidentielle française, les politiciens se sont adressés au pessimisme des Français, leur promettant de les protéger contre les capitalistes étrangers, des immigrés, ou les deux. En 2012, un sondage Gallup sur 51 pays avait révélé que la France était la championne du monde du pessimisme. Comment expliquer le fait que les Français sont si pessimistes alors qu’ils jouissent d’un bon équilibre entre la vie professionnelle et la vie privée, des plaisirs d’une cuisine excellente, que les investissements étrangers sont importants, et que les trains arrivent à l’heure, se demande Simon Kuper dans le Financial Times? Il pense qu’il y a deux raisons, l’une d’ordre individuel, et l’autre d’ordre collectif.

D’abord, les écoles françaises broient l’optimisme des jeunes Français, parce qu’elles ne font que souligner leurs lacunes sans jamais mettre en valeur leurs réussites. C’est la conclusion d’un ouvrage de Peter Gumbel, « On achève bien les écoliers », dans lequel il explique que les enfants ne sont jamais encouragés dans les écoles françaises, mais qu’au contraire, on leur fait redouter d’être un « nul ». L’école française est devenue un terrain anxiogène dont les jeunes Français ressortent marqués à vie. En outre, la compétition est exacerbée entre les enfants avec un système de notation qui dresse les enfants les uns contre les autres. Ce n’est peut-être pas un hasard si seulement 21% des Français pensent que l’on peut faire confiance à la plupart des gens, contre 60% des citoyens des pays nordiques.

Au niveau macro, c’est le déclin du statut international de la France qui suscite le pessimisme. Ce dont les Français sont les plus fiers à propos de la France se trouve soit dans le passé, soit à la campagne. La mondialisation se déroule en anglais, une langue qui n’est pas la leur, et lorsqu’ils veulent entrer dans le débat, ils peinent à comprendre le « globish ». Alors que les New Yorkais huppés insistent pour que les nounous enseignent le mandarin à leurs enfants en bas âge, leurs homologues parisiens n’en sont qu’à l’anglais.

Sarkozy est un marchand de peur, et il comprend les peurs profondes des Français. Le Front National s’est bâti sur la peur de tout, qui semble si commune en France. Les Français ont peur du changement parce qu’ils ont le meilleur style de vie de la planète, et qu’ils ont peur de le perdre, estime Kuper. « Ajoutez à cela une éducation à la française, et ils ont toutes les raisons du monde d’être anxieux », conclut-il.