Pourquoi la baisse de la TVA ne concerne pas le gaz ? La Vivaldi était de toute façon coincée

Derrière l’apparente victoire de la Vivaldi se cachent certaines frustrations. Il y a un grand perdant suite à l’accord conclu mardi matin : la classe moyenne qui se chauffe au gaz (et au mazout). Certaines langues se délient.

Dans l’actualité: l’accord de la Vivaldi face aux critiques.

Le détail: le gaz, l’étrange absent de l’accord.

  • Trop peu et trop tardif. Voilà comment résumer la principale critique des partis de l’opposition, logiquement dans leur rôle.
  • Mais dans La Libre, des participants aux discussions de l’accord conclu à 3 heures du matin dans la nuit de lundi à mardi se font entendre.
  • Une critique récurrente d’abord: la méthode De Croo. Lui qui avait promis de ne plus organiser de réunion marathon nocturne. C’était la dernière fois, a-t-il avancé, il fallait absolument dégager un accord avant le départ de la moitié du gouvernement fédéral à Oman et aux Émirats arabes unis, en mission royale. Il promet désormais des réunions mieux préparées. Les dossiers ne manquent pas: retraites, marché du travail, fiscalité, nucléaire…
  • La deuxième critique, elle concerne un accord qui ne serait rien d’autre qu’une série de « mesures sparadrap ». Chaque parti a pu obtenir ce qu’il était venu chercher (et qui était sur la table depuis des semaines).
    • Le CD&V, Vooruit et les Verts obtiennent la réduction de la TVA sur l’électricité de 21 à 6%.
    • Le PS obtient le chèque-énergie de 100 euros pour tous les ménages (même s’il voulait 200 euros initialement)
    • Les libéraux obtiennent une réforme à plus long terme sur les accises par le système du cliquet inversé. En outre, ils sont parvenus à limiter l’impact budgétaire qui reste toutefois conséquent: 1,1 milliard de dépenses supplémentaires (qui s’ajoutent aux mesures d’octobre dernier) pour 800 millions de recettes supplémentaires dues à l’augmentation des prix de l’énergie.
    • Tout le monde était déjà d’accord pour prolonger le tarif social jusqu’au mois de juin.
  • Ces mesures entreront en application le 1er mars. Elles devraient apporter à chaque ménage entre 150 et 165 euros. Tout se fera automatique sans demande spécifique.
  • En avril, le ministre des Finances Vincent Van Peteghem introduira son mini tax-shift: une réduction d’impôt de la cotisation spéciale la sécurité sociale compensée par de nouvelles hausses d’impôts: taxe sur les vols, droits d’accises sur le tabac et dispense de versement du précompte professionnel. Au bout du compte, avec ce tax-shift, le gain pourrait être de 300 euros par ménage, calcule la Vivaldi.
  • La baisse de la TVA intelligente est reportée à plus tard ainsi que le système de cliquet inversé: il n’est donc pas faux de dire que l’accord d’hier est une vision à court-terme.
  • La troisième critique : elle concerne la non-inclusion du gaz dans la baisse de la TVA. Pour un libéral, c’est clairement la faute des Verts: « Les verts ont exigé qu’on n’intègre pas la TVA sur le gaz dans le deal final, seulement sur l’électricité. Tout cela pour ne pas pousser à la consommation d’énergie polluante. Qu’ils aillent expliquer ça aux gens qui ne pourront pas payer leur chauffage cet hiver… ». D’autant que les Verts envisagent de compenser la sortie du nucléaire par des centrales à gaz, pointent d’autres libéraux publiquement.
  • Dans La DH, le vice-premier ministre Gilkinet (Ecolo) s’en défend : « L’urgence était de pouvoir aider tout le monde. Et comme tout le monde ne se chauffe pas au gaz, on a appliqué une baisse de TVA sur un produit qui concerne tout le monde : l’électricité. »
  • Une explication qui passe mal en Flandre où 2 millions de familles se chauffent au gaz contre 400.000 Bruxellois et 700.000 Wallons. La baisse de la TVA ne vaut toutefois pas pour le mazout non plus (surtout utilisé par les Wallons), mais il est vrai que le pétrole a moins augmenté que le gaz.
  • Dans Terzake, Petra De Sutter (Groen) a elle aussi affirmé que les Verts étaient pour l’inclusion du gaz dans la baisse de la TVA.
  • L’autre explication est budgétaire. L’inclusion du gaz dans la baisse de la TVA aurait fait exploser les compteurs. L’ardoise aurait été bien supérieure au 1,1 milliard d’euros. Or, ce point était défendu par les libéraux.
  • Un initié évoque avec nous l’intervention directe du Premier ministre Alexander De Croo pour bloquer la proposition du tandem Van Peteghem-Van der Straeten élaborée ces derniers jours, le CD&V s’étant montré trop offensif. Certains évoquent une proposition « qui n’était pas prête » et « pas entièrement calculée sur son impact budgétaire », mais d’autres y voient la volonté du Premier ministre de ne pas donner la victoire à ses partenaires. Quoi qu’il en soit, la non-inclusion du gaz n’embêtait pas trop les partis francophones.
  • Le fait est que tout le monde a pu sauver la face dans un accord qui ne satisfait complètement personne. La Vivaldi aurait de toute façon été critiquée pour sa trop grande rigueur ou sa trop grande largesse. Il n’est donc pas très étonnant que certains profitent de l’anonymat pour adresser quelques saillies à leurs partenaires pour leur faire porter le chapeau.
  • Cet accord de la Vivaldi va toutefois créer beaucoup de frustration parmi la classe moyenne, pas assez “pauvre” que pour bénéficier du tarif social, et pas assez “riche” que pour ne pas s’apercevoir de l’augmentation de la facture énergétique. Et puis bon, on se chauffe surtout de novembre à février, et pas de mars à juillet.
  • Sans compter, comme le montre Le Soir, que rien n’oblige les fournisseurs à réduire les factures d’acompte. Tout dépend aussi des relevés des compteurs ou de la date de régularisation. Si elle a lieu en février plutôt qu’en juillet, vous ne verrez pas de différence avant 2023.
  • Enfin, la Vivaldi a aussi manqué d’ambition et a reporté à plus tard une grande réforme qui doit enlever cette image qui colle à la peau de la facture énergétique : une feuille d’impôt déguisée.
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