Pour la Corée du Nord, Squid Game représente « la réalité bestiale du système capitaliste » du sud

Le régime nord-coréen considère la culture du sud comme profondément toxique et opposée aux mœurs traditionnelles. L’un de rares sites « médiatiques » du pays s’attaque à la série Squid Game, décrite comme un exemple du « capitalisme meurtrier » des frères ennemis. Un exemple frappant de la divergence culturelle qui se creuse entre les deux pays.

Squid Game fait un véritable carton ce mois-ci sur Netflix. La mini-série coréenne, qui montre les participants d’un grand concours composé de jeux traditionnels pour enfants mais avec des rebondissements mortels et une grosse somme d’argent à la clé, est devenue le plus gros succès de la plate-forme de streaming. Mais elle suscite des polémiques, la série étant accusée de provoquer un phénomène d’imitation dans les cours de récré’ d’Europe, où ces jeux innocents sont soudainement devenus violents. Mais en Corée du Nord, le succès de Squid Game est perçu plus sévèrement encore.

Une société « bestiale et compétitive »

Arirang Meari est l’un des rares sites Web ouvertement hébergés en Corée du Nord, et il se présente comme un média traditionnel, mais il s’agit en fait d’une pure plate-forme de propagande. Et celle-ci décrit Squid Game comme reflétant « la réalité du système capitaliste, un système qui traite les êtres humains comme autant de pions dans une partie d’échecs. » Il est vrai que la série relève d’une certaine critique de la société ultra-compétitive de Corée du Sud, mais l’auteur -anonyme- de l’article du Arirang Meari va bien plus loin: « Squid Game fait prendre conscience de la triste réalité d’une société sud-coréenne bestiale, dans laquelle les êtres humains sont poussés à la compétition extrême, et leur humanité est anéantie. »

Le média nord-coréen se limite toutefois à une interprétation très libre des grandes lignes du synopsis, et ne s’attarde pas sur le fait qu’un des personnages semble justement être un transfuge du nord ayant réussi à rejoindre le sud, mais qui se retrouve contraint de participer au jeu pour avoir une chance de subvenir aux besoins de sa famille. On n’en dira pas plus, afin de ne rien gâcher de l’intrigue.

Guerre culturelle

Si l’on peut se demander à quel lectorat s’adresse exactement le Arirang Meari, vu la très faible couverture numérique de la Corée du Nord, ce n’est pas la première fois que le pays attaque son rival du sud sur des sujets culturels. Kim Jong-un a déjà qualifié la culture sud-coréenne de « cancer vicieux » et a imposé une interdiction générale des feuilletons et de la musique du sud. Toute transgression de ces règles expose à des condamnations à la prison ou aux travaux forcés. Le leader du nord a particulièrement ciblé la K-Pop, la musique emblématique de Corée du Sud, dont il considère l’industrie comme exploiteuse et esclavagiste, faisant ainsi écho aux réels abus, sur le statut des chanteurs et surtout chanteuses par exemple, et qui ont effectivement fait scandale.

Cette véritable guerre culturelle envers l’industrie du divertissement du sud illustre à quel point les références se creusent entre les deux Corées. Le régime des Kim se considère en effet comme garant d’une culture coréenne traditionnelle et historique, opposée à celle du sud, décrite comme corrompue par le capitalisme occidental. Il n’empêche qu’en termes d' »opium du peuple » le nord est finalement bien plus littéral que son rival, avec une disette endémique et, selon certaines estimations, jusqu’à la moitié de la population adulte accro aux drogues de synthèses produites par le régime.

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