‘Nous ne sommes pas infidèles parce que nous cherchons quelqu’un d’autre, nous sommes infidèles parce que nous sommes à la recherche de nous-mêmes’

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Les psychologues affirment souvent que l’infidélité est  le produit d’un malaise dans le couple. Mais pour la thérapeute belgo-américaine Esther Perel, auteur de « Mating in Captivity » et qui travaille actuellement sur un autre ouvrage, «Affairs in the Age of Transparency », ce n’est pas toujours vrai. Elle constate que l’infidélité survient aussi  au sein de couples qui se qualifient d’heureux.

Perel, qui est née à Anvers, et qui parle 9 langues, affirme que c’est paradoxalement la relation fusionnelle que recherchent de plus en plus les couples qui est l’un des facteurs qui peuvent pousser les membres du couple à avoir une liaison. Le couple moderne a tendance à éliminer la nouveauté et le sens de l’aventure, et c’est précisément ce que recherchent souvent les conjoints qui trompent leur moitié.

Perel a vécu dans beaucoup de pays du monde, et cette expérience internationale lui a permis de s’écarter des idées convenues à propos de l’infidélité. Dans son cabinet, elle ne reçoit plus que des gens impliqués dans des adultères, et elle constate que la plupart du temps, ils sont parfaitement heureux en ménage. « Des gens qui s’aiment ont pourtant des liaisons ailleurs », dit-elle.

Selon Perel, le culte de la transparence, qui est flagrant dans notre monde, sévit aussi au sein du couple. Cette transparence est celle sur laquelle se base la proximité entre les deux partenaires : ils doivent tout se dire, et lorsqu’ils ne le font pas, cela signifie qu’ils ne font pas confiance, ou qu’ils ont un secret. Le couple repose sur la notion que chacun des deux partenaires doit combler tous les manques de l’autre, qu’il doit être le meilleur ami, ce qui est impossible. La vie privée de chacun des partenaires est ainsi limitée à la portion congrue.

Tromper l’autre est donc considéré comme le symptôme que quelque chose manque dans la relation. Si l’on est heureux dans son couple, on n’a aucune raison d’être infidèle à son partenaire, pense-t-on. Mais Perel constate que les partenaires infidèles sont souvent des personnes fondamentalement monogames et heureuses avec leur partenaire, qui un jour, transgressent un interdit.

Perel explique qu’en fait, les conjoints infidèles ne sont pas à la recherche d’un autre partenaire : ils sont plutôt à la recherche d’eux-mêmes. Ils cherchent un autre eux-mêmes.

Autrefois, on se mariait pour avoir accès à la sexualité, et il n’était pas question de changer de partenaire au cours de son existence, le mariage était un engagement à vie. De façon peu étonnante, compte tenu de ce cadre trop strict, l’adultère était fréquent. Mais comment expliquer que l’infidélité progresse toujours alors qu’aujourd’hui, le divorce est permis et qu’il s’est banalisé ? Tout simplement parce que les membres de beaucoup de ces couples infidèles ont une relation ambivalente : ils sont trop heureux pour se quitter, et trop malheureux pour rester ensemble.  

Dans le fond, la quête qui revient  le plus souvent, c’est le désir de se sentir vivant. Les liaisons ne sont pas une question de sexe à proprement parler, mais plutôt de désir, ce même désir de ressentir des émotions fortes, d’être vivant et de renouer avec des parties de soi que l’on avait perdues ou que l’on n’a jamais réussi à faire s’exprimer.

Il n’est donc pas question de trahison et le traumatisme, comme l’indiquent les discours moralisateurs servis dans ces situations, mais plutôt de perte ou d’inabouti. Les liaisons fournissent une occasion de différenciation, qui permet de libérer le partenaire de l’emprise d’un couple bien trop fusionnel.

Le mensonge qui accompagne l’infidélité est rarement jugé comme une attention bienveillante aux Etats-Unis. Pourtant, dans beaucoup d’autres cultures, ne rien dire ou conserver une certaine discrétion, est considéré comme un acte de respect.

Perel établit une distinction stricte entre l’adultère (ce qu’elle appelle une rupture de contrat) et les relations non monogames. Elle croit que dans le futur, nous donnerons une nouvelle définition à la monogamie, bien plus souple sur la question de l’exclusivité. « Les gens ne voient pas qu’ils ont un sens profond de l’intimité. Mais leur intimité se définit par la façon dont chacun soutient l’autre à écouter ses propres désirs. C’est donc une intimité basée sur la prise en compte d’une différenciation », dit Perel. L’un des plus grands axes de la relation est la façon dont le couple négocie le fait de faire des choses ensemble et séparément, explique-t-elle.

Enfin, Perel explique comment elle a elle-même réussi à surmonter les crises du couple au sein de son propre ménage : « Pour moi, c’est mon 4ème mariage avec mon mari, et nous avons complètement réorganisé la structure de notre relation, la saveur, la complémentarité. Il est devenu clair que nous allions ou bien entrer en mode de crise et tout arrêter, ou bien entrer en mode de crise et tout changer ».

Les patients qui se présentent à son cabinet sont d’ailleurs accueillis avec cette formule rassurante : « Votre premier mariage est peut-être fini, et en fait, je crois que les liaisons sont souvent un puissant système d’alarme pour une structure qui exige un changement. (…) Il s’agit d’une idée controversée, mais la trahison est parfois un acte régénérateur. C’est une façon de  dire «non» à un système pourri qu’il faut changer ».

Mais elle insiste bien sur un point : elle ne recommande pas l’infidélité, mais « pas plus que je ne recommanderais le cancer, et pourtant, beaucoup de gens comprennent finalement la valeur de la vie quand ils tombent malades ».  (via Slate)

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