Non, l’argent liquide n’est pas en voie de disparition

L’engouement pour le bitcoin et les monnaies virtuelles pourrait nous laisser croire que la tendance est à l’éradication de l’argent liquide. Mais il n’en est rien, montre une étude réalisée par la Banque des Règlements Internationaux. Elle indique qu’en dépit de la dématérialisation croissance de la monnaie, les espèces ne sont pas (encore) menacées de disparition.

C’est même tout le contraire, puisque son utilisation a augmenté dans le monde. L’Institution a constaté que la part des espèces est passée de 7 % à 9 % du PIB d’un groupe de pays qui incarnent 80 % de l’économie mondiale entre 2000 et 2016. Le groupe rassemble des pays développés et des pays en voie de développement, et aucun ne pouvait être désigné comme étant plus particulièrement responsable de cette tendance. Ainsi, depuis 2007, l’utilisation des espèces a régulièrement augmenté dans les pays étudiés, sauf dans quelques pays, tels que la Suède ou la Russie, où elle est en recul.

Les paiements de petites sommes ne sont pas la motivation

De façon remarquable, l’étude montre également que ce n’est pas le désir de régler des petits montants qui est à l’origine de cette hausse. Les cartes de crédit et de débit sont de plus en plus souvent employées pour régler ce type de transactions, et depuis l’année 2000, le montant moyen réglé par carte a été divisé par 2, passant de 61 dollars (environ 50 euros) à 36 dollars (environ 29 euros). De même, leur utilisation est passée de 13 % du PIB à 25 % dans les pays étudiés entre 2000 et 2016.

La crise financière a remis les espèces à la mode

La BRI avance deux hypothèses pour expliquer cette résilience étonnante des espèces. D’abord, le goût pour les paiements en argent liquide est plus prononcé dans les pays à population vieillissante. Mais il a aussi été renforcé par la crise de 2008. Beaucoup d’individus préfèrent désormais conserver leur épargne en liquide, en raison d’une plus grande défiance à l’égard des banques.

Ce phénomène serait corroboré par le fait que ce sont surtout les grosses coupures qui ont profité de la hausse de l’utilisation des espèces. Depuis 2007, la part des billets d’une dénomination au moins égale à 75 dollars (environ 61 euros) est passée de 4,8 % du PIB mondial à 6,2 %. Les coupures d’autres dénominations ont aussi progressé, mais à un rythme bien moins rapide, compris entre 2 et 4 %.

En Islande, un pays particulièrement affecté par la crise financière, par exemple, la part des espèces, qui étaient quasiment en voie d’extinction, avec une part inférieur à 1 % du PIB en 2007, atteint désormais 2,5 %.