Principaux renseignements
- La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, propose de suspendre temporairement les règles budgétaires européennes en raison de la crise avec l’Iran.
- Meloni préconise une approche européenne unifiée plutôt que des dérogations accordées à chaque pays pour faire face aux répercussions économiques potentielles de la crise.
- Cette proposition relance le débat sur l’équilibre entre flexibilité budgétaire et stabilité face aux chocs géopolitiques externes.
La Première ministre italienne, Giorgia Meloni, a suggéré à l’Union européenne d’envisager de suspendre temporairement ses règles budgétaires si la crise iranienne s’aggrave et a un impact significatif sur la croissance économique et la stabilité des marchés.
Approche unifiée
S’exprimant devant le Parlement le 9 avril, Meloni a souligné la nécessité d’une réponse européenne plus large plutôt que d’exemptions accordées à des pays individuels, selon Reuters. Elle a fait valoir que la discussion d’une suspension temporaire du pacte de stabilité et de croissance ne devrait pas être taboue. Tout en reconnaissant les défis budgétaires propres à l’Italie, Meloni a insisté sur l’importance d’une approche unifiée de l’UE pour faire face aux répercussions économiques potentielles de la crise dans la région du Golfe, qui menace l’approvisionnement énergétique mondial.
La proposition de Meloni met en évidence l’interdépendance entre les crises de politique étrangère et le cadre budgétaire de l’UE. Les règles actuelles exigent des États membres qu’ils maintiennent leurs déficits en dessous de 3 pour cent du PIB et qu’ils respectent les trajectoires de réduction de la dette convenues. L’Italie, soumise à des pressions pour assainir ses finances publiques, reconnaît qu’un choc énergétique prolongé pourrait rendre plus difficile la réalisation de ces objectifs.
Solutions collectives vs solutions isolées
La position de Meloni établit une distinction entre les instruments disponibles au niveau de l’UE : la clause d’exemption nationale, qui permet à chaque pays de s’écarter temporairement des exigences budgétaires dans des circonstances exceptionnelles, et la clause d’exemption générale, qui permet une réponse coordonnée au niveau de l’UE en cas de ralentissement économique grave. Sa préférence pour cette dernière reflète un désir d’adopter une approche collective plutôt que des solutions isolées.
L’Italie n’a pas encore activé sa clause d’exemption nationale. Le pays fait pourtant l’objet d’une procédure pour déficit excessif. Les prochaines projections économiques devraient montrer une croissance plus faible en 2026. Ainsi, le gouvernement devra trouver un équilibre. Il devra préserver sa crédibilité budgétaire. Il devra aussi protéger les ménages et les entreprises contre d’éventuels chocs liés aux prix de l’énergie.
Prévenir les comportements spéculatifs
Giorgia Meloni s’est également engagée à ce que l’Italie prenne toutes les mesures nécessaires pour prévenir les comportements spéculatifs sur les marchés de l’énergie. Elle laisse entendre d’éventuelles interventions. Celles-ci viseraient à limiter les profits exceptionnels des entreprises énergétiques en cas de flambée des prix. Cette position fait écho aux mesures prises précédemment par Meloni. Elle rejoint aussi celles de son prédécesseur, Mario Draghi. Cependant, de telles actions ont déjà fait l’objet de contestations judiciaires.
L’Union européenne a activé la clause d’exemption générale pendant la pandémie de COVID-19 (2020-2023). Elle a ainsi permis aux gouvernements de disposer d’une plus grande flexibilité budgétaire pour soutenir leurs économies. Giorgia Meloni a invoqué ce précédent. Elle affirme que des chocs exceptionnels justifient des ajustements temporaires des règles. Toutefois, le seuil d’un ralentissement économique grave à l’échelle de l’Union n’a pas encore été atteint. Ainsi, son intervention vise à orienter le débat de manière proactive avant toute décision formelle.
Pour Bruxelles, plusieurs questions restent centrales. Les autorités doivent déterminer si les conditions juridiques d’une plus grande flexibilité budgétaire sont remplies. Elles doivent aussi évaluer si la crise au Moyen-Orient justifie une réponse collective. Elles doivent enfin décider si cette réponse doit remplacer des mesures nationales fragmentées. De son côté, Rome fait face à un dilemme plus immédiat. Si la croissance ralentit et que les coûts énergétiques restent élevés, la trajectoire du déficit public pourrait devenir insoutenable, à la fois sur le plan politique et économique.
(jw)(fc)
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