Les médias sociaux et le terrorisme: bienvenue dans le réseau des informations bricolées

Ces derniers jours, les médias sociaux ont tenu un rôle important en ce qui concerne la diffusion d’informations sur la vague d’attentats qui affectent l’Europe. La semaine passée, un Germano-Iranien de 18 ans a commis une tuerie à Munich et lors de cet évènement tragique, les réseaux sociaux ont été à la fois une malédiction et une bénédiction.

Dans un premier temps, les réseaux sociaux ont fourni une mine précieuse d’informations et ont permis à la population de faire preuve de solidarité durant la période de lockdown instaurée alors que les incidents étaient en cours.

Les services de police ont eux aussi eu recours à Internet afin de rassurer les citoyens leur expliquant que tous les efforts étaient réalisés afin d’appréhender les agresseurs.

Cependant, sur Twitter et Facebook, des informations erronées sont vite apparues faisant état de plusieurs tueurs et de tirs dans le centre-ville.  Dans ce contexte, les médias traditionnels ont été obligés de faire preuve de réserve afin d’éviter la propagation de ces messages et de conserver leur fiabilité, mais surtout afin de ne pas semer la panique parmi les citoyens, explique le journal portugais Público :

Les médias, une arme pour les terroristes ?

« A ce stade, étant donné que l’Europe et le monde savent que la vague d’attentats mise sur pied par Daech est susceptible de continuer et que chacune de ces attaques cherche à avoir la couverture médiatique la plus ample possible, il faut faire preuve de prudence non seulement en ce qui concerne la manière dont ces évènements sont diffusés mais également en ce qui concerne leur classification.

Sans remettre en cause la liberté d’information, l’utilisation des médias est une arme qui, si elle ne se pourvoit pas de critères et d’éthique, se retrouve complémentaire des actes terroristes. Le cas de Munich a confirmé tous ces clichés. Malheureusement, d’autres attaques auront probablement lieu et nous devons être sur nos gardes ».

Les médias sociaux: le grand réseau des informations bricolées

Le journal italien Avvenire pointe l’irresponsabilité des commentaires sur les réseaux sociaux au sujet de la tuerie de Munich :

« En diffusant encore et encore les tirs du terroriste sur les victimes, un grand service a été rendu involontairement à la propagande djihadiste. Et dans la plupart des cas, ces diffusions ne venaient pas de journalistes mais d’utilisateurs qui ont fait tourner des vidéos et des photos manipulées. Il s’agit davantage du travail de participants au manège d’un réseau d’informations bricolées. Un terme doit être mis à ce cirque et les journalistes tiennent un rôle fondamentale dans l’écriture de ce nouveau chapitre ».

Sans les médias ou Internet, pas de terrorisme à grande échelle ?

« Avec des clichés et des généralisations grotesques, nous n’y arriverons pas, en effet, nous faisons le jeu de la propagation virale de l’illusion », écrit l’essayiste Johan Sanctorum sur Visionair België:

« Les médias jouent réellement un rôle clé dans cette dynamique, il est déplorable  cependant que ceux-ci ne s’en rendent pas compte. Cela paraît étrange et utopique, mais sans médias ou Internet, il n’y aurait pas de terrorisme à grande échelle : si personne ne savait qu’il s’est passé quelque chose à Nice, il ne se serait rien passé. Ou comment la rumeur se transforme en réalité, librement selon Jean Baudrillard (1929-2007), un philosophe dont moi, je peux recommander la lecture d’une manière urgente à François Hollande ».