Mario Draghi reçoit l’ordre du mérite en Allemagne: une décision qui ne passe pas

Isopix

La décision de décerner à l’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, l’ordre du mérite de la république fédérale d’Allemagne suscite un flot de critiques dans les rangs des conservateurs allemands.

Mario Draghi, considéré par d’aucuns comme le sauveur de l’euro en 2012, recevra la plus haute distinction civile allemande, vendredi à Berlin, des mains du président Frank-Walter Steinmeier. L’ordre du mérite est accordé à des citoyens allemands ou étrangers en récompense de mérites dans les domaines social, intellectuel, politique et économique.

« Les politiques menées par la BCE sous Draghi n’ont pas seulement lésé les épargnants allemands, elles ont aussi réduit les plans de pension de millions de personnes en Allemagne », a dénoncé dans les colonnes du tabloïd Bild Axel Fischer, un membre de la CDU, le parti chrétien-démocrate de la chancelière Angela Merkel. « A mon sens, il ne mérite pas une distinction honorifique de l’Allemagne pour cela », a-t-il ajouté, estimant que « sa politique (monétaire) avait peut-être aidé des pays du sud de l’Europe, mais pas la zone euro et certainement pas l’Allemagne. »

Le secrétaire général de la CSU, le parti-frère bavarois de la CDU, a aussi critiqué dans la presse l’ancien président de la BCE, dont la politique a peut-être stabilisé la zone euro, selon lui, mais au détriment des épargnants allemands.

La politique des taux d’intérêt négatifs

Mario Draghi a été président de la BCE de 2011 à 2019. Sous sa houlette, la banque centrale a été amenée à pratiquer une politique monétaire inédite pour tenter de soutenir l’inflation, à coups de taux d’intérêt négatifs et de rachat de dettes publiques et privées.

De leur côté, les écologistes allemands ont dénoncé l’hypocrisie de la CDU et de la CSU et leur « fétichisme » pour l’orthodoxie budgétaire. « Sans Mario Draghi, l’Allemagne n’aurait jamais pu avoir un budget en équilibre », a estimé le parlementaire vert Sven-Christian Kindler.